‹ Le rêveChapitre 72 sur 85 · ANATOLE FRANCE · texte numérisé non relu

ANATOLE FRANCE

Jean Marteau. — Le rêve de Jean Marteau n'est pas sérieux et il faut le prendre, je pense, comme l'auteur l'a conçu : un amusant tour de force pour accumuler dans le plus étroit espace possible le maximum d'étrangetés, d'invraisemblances et d'incohérences que puissent enfanter un cerveau détraqué et un estomac vide. Le rêveur à de très légitimes visions de ripaille en mêle d'autres plus nombreuses.

C'est une suite de scènes, les unes plus ou moins gastronomiques que légitiment les crampes d'estomac du rêveur ; les autres quelconques, mais toujours burlesques où les caractères du rêve se trouvent bien exprimés par l'incohérence et l'inattendu de leur succession et par le fait que le héros de cette aventure poursuit avec ardeur et sans savoir pourquoi un but qu'il ignore. Ce sont bien là des caractères de rêve, mais on se fe-

rail une idée très fausse si l'on jugeait d'après celui-ci qu'un rêve est d'autant plus ressemblant qu'il élimine plus exactement tout ce qui est naturel, vraisemblable et correctement jugé. C'est le contraire qui est vrai et celui-ci devient invraisemblable par l'accumulation des éléments burlesques et l'élimination systématique de tout ce qui serait sensé. Mais, je le répète, il ne faut voir là qu'un amusant tour de force.

Quant au long rêve de la Pierre Blanche, nous n'avons point à en parler ici, car ce n'est pas un rêve, mais un coup d'œil très réfléchi jeté sous couleur de rêve, sur l'avenir de l'humanité.

Thaïs. — Dans ce bijou littéraire se rencontrent quatre rêves et un grand nombre de visions qui ne se distinguent de ces derniers que par leur expression représentative, car, pour le reste, causes el effets, elles n'en diffèrent en rien. Deux de ces rêves nous montrent le pauvre Paphnuce en proie à l'objet abhorré de ses désirs qui s'introduit dans sa couche comme un succube : cet objet est une fois Thaïs, l'autre fois une femme peinte à fresques dans le tombeau égyptien où il s'est retiré. Deux conditions primordiales légitiment ces rêves : l'obsession d'une idée et le fait que; cette idée étant criminelle, est repoussée avec énergie chaque fois qu'elle se présente. L'auteur a sûrement aperçu la première de ces conditions qui est suffisante à elle seule. On peut se demander s'il a saisi toute la valeur de la seconde, car elle est dans le cas présent nécessairement liée à la première et ne lui a pas été surajoutée de propos délibéré.

Par le fait même que ces rêves réunissent au-delà de ce qui est nécessaire les conditions de leur production, et par le fait qu'ils appartiennent à une catégorie fort banale, ils ne nous arrêteront pas plus longtemps. II

n'en est pas de même des deux autres. Dans l'un, Paphnucc voit en songe une haute colonne et le Seigneur lui commande d'y monter. Au réveil, il se met en marche, rencontre une colonne et élit domicile pour des mois entiers sur son chapiteau. Si Paphnuce n'est pas le premier styliste, et qu'il en ait connu d'autres, la suggestion onirique est toute simple. Il n'en est pas de même s'il est le premier inventeur de cette forme particulière de mortification ; l'auteur ne nous renseigne pas sur ce point. Dans ce dernier cas, il faut que Paphnuce ait simplement donné une interprétation particulière et très précise à une suggestion vague de son rêve, aidé en cela après le réveil par les circonstances et par ses méditations.

Le quatrième rêve est plus troublant. Paphnuce voit l'enfer sous la forme d'un fleuve de feu, et, dans cet enfer, il voit des courtisanes, des débauchés, des philosophes d'Alexandrie qui se promènent sur ses rives, causant et se livrant à leurs plaisirs habituels, sans paraître éprouver aucune souffrance, bien qu'ils soient entourés par les flammes, et soumis par les diables aux traitements que l'on devine. Certes, voilà une idée que Paphnuce n'a pu repousser pour la bonne raison qu'elle n'a jamais pu lui venir. Une pareille image ne peut faire partie, à aucun titre de ses clichés-souvenirs, pas même en y comprenant ceux qui ont pu se former dans son esprit pendant ses méditations. Faut-il donc condamner l'auteur comme ayant introduit un rêve inadmissible ? Il y a une échappatoire, et j'aime à croire que. sans se l'être nettement formulée, l'auteur l'a peutêtre intuitivement perçue. L'idée des supplices de l'enfer réservés à tous ceux qui vivent dans le péché est toujours présente dans l'esprit de Paphnuce, et, d'autre part, il a vu à Alexandrie Thaïs et ses amants, et aussi les philosophes païens et les chrétiens hérétiques

ti5Û LE RÙVE

cueillir toutes les douceurs d'une vie de jouissance, sans se douter qu'un jour ils auront à payer tout cela.

Ces deux idées se rapprochent dans un rêve, et leur coexistence, impossible dans la réalité pour Paphnuce, peut se réaliser dans une vision onirique où la logique n'a que faire.

Saint Satyre. — Le rêve raconté ici revêt d'une façon si exacte les formes réclamées par la théorie que je préconise, que l'on pourrait se demander si l'auteur n'a pas eu connaissance de mon premier travail sur ce sujet. Mais je n'en crois rien et si je présente la chose sous cette forme c'est pour insister davantage sur cette conformité. A quoi donc est-elle due? Uniquement, je suppose, à l'extrême pénétration de cet esprit subtil et à ce qu'il a conçu son personnage d'une façon si vraie qu'il ne lui a prêté que des actes et des pensées en accord avec sa mentalité et avec les causes qui agissaient en elle. C'est par la subtilité de son art qu'il a atteint cette précision presque scientifique et ce n'est pas une chose peu digne d'intérêt de voir comment l'intuition artistique peut parfois atteindre la solution ■des problèmes scientifiques.

Fra Mino est un moine chaste et de mœurs sévères ; il a connu cependant les joies de l'amour ; mais depuis longtemps sa robe d'ascète le protège contre les tentations de la chair. Cependant un soir, lui revient plus vif le souvenir d'une femme autrefois aimée. Il refoule •avec énergie les pensées profanes, mais reste triste, ce qui prouve qu'elles ne sont pas bien loin. Il va prier dans la chapelle auprès du tombeau de Saint Satyre et s'endort. Or, Fra Mino n'est pas un moine ignorant et grossier : il a de la littérature et fait alterner avec la j lecture des livres saints celle des beaux livres profanes | de l'antiquité, en sorte que les religions païennes et ,1a H

LE RÊVE DANS LA LITTÉRATURE Gôl

mythologie ne lui sont pas étrangères. Les désirs éveillés en lui par le souvenir de cette ancienne maîtresse et les visions qu'évoque ce tombeau de Saint Satyre, monument païen à peine christianisé par quelques croix surajoutées, s'unissent et se confondent pour susciter les visions de son rêve. Et il voit du tombeau sortir des nymphes et des femmes qui se poursuivent et se livrent sous ses yeux à une orgie amoureuse. Son désir contenu d'y prendre part attire enfin sur lui l'attention des faunesses ; mais le combat intérieur entre le désir de la jouissance et l'horreur du péché se traduit par une inversion de sa vision : les faunesses se transforment en horribles vieilles qui le fustigent et finalement l'abandonnent après l'avoir inondé d'urine puante. Tout est délicieux et irréprochable jusque dans les moindres détails de ce rêve, sauf ce dernier trait emprunté avec un peu trop de sans-gêne à l'Ane d'Or d'Apulée. Cette urine est réelle, puisque le moine la trouve au réveil ; ce ne peut donc qu'être la sienne. La façon dont il est mouillé ne peut guère lui laisser de doutes à cet égard, et, d'autre part, la condition physiologique où il s'est trouvé toute la nuit n'est-elle pas incompatible avec cette incontinence. Il y a là des objections auxquelles l'auteur eût mieux fait de ne pas donner prise.

Le Lys Rouge. — Le rêve que nous trouvons ici tient en quatre lignes et, en lui-même, il est bien insignifiant ; mais ce qui est d'un plus haut intérêt, ce sont les réflexions que met l'auteur, à celte occasion, dans la bouche, d'un tiers personnage.

La comtesse Martin est la maîtresse de Robert Le Ménil et elle l'aime sincèrement. Robert est d'ailleurs un écrivain de talent, parfait gentleman et tout à fait digne d'elle : et cette liaison est de tout repos. Mais pour son malheur, la comtesse appartient à cette classe d'oisifs qui emploient leurs trop longues journées que

ne suffisent pas à remplir les obligations mondaines, à interroger leurs sentiments, comme l'hypochondriaque scrute le jeu de ses organes.

L'oisiveté est mère de la littérature, disons plutôt dune certaine littérature. Non que les auteurs de ces romans soient des oisifs, pas plus que ceux qui les lisent, mais la psychologie spéciale qui défraie leurs livres et qu'ils analysent avec tant de finesse est celle des gens qui n'ont rien à faire. Leurs héros ignoreraient ces inquiétudes morbides, ce vague à l'âme, ces désirs lancinants de donner satisfaction à des besoins artificiels s'ils étaient obligés de travailler dur pour vivre ou si seulement ils avaient su mettre dans leur vie un intérêt ayant pour base un devoir. Je m'excuse de cette digression et je continue:

Donc, pour les raisons que je viens de dire, et à la suite d'une discussion futile, la comtesse en arrive à plaquer Robert et prête l'oreille à un autre sentiment que lui inspire M. Dechartre. Or, au moment où Robert lui semble une chose lointaine, presque oubliée, il lui apparaît en rêve dans une situation d'ailleurs assez banale où elle fait effort pour le rejoindre, mais sans y parvenir, et l'auteur fait suivre le récit de ce rêve des réflexions suivantes :

« Il (Dechartre) s'était depuis longtemps inquiété des images formées pendant le sommeil et il croyait que ces images ne se rapportent pas à l'objet qui nous occupe le plus, mais au contraire à des idées délaissées pendant le jour... » « Ce que nous voyons la nuit, ce sont les restes malheureux de ce que nous avons négligé pendant la veille. Le rêve est souvent la revanche des choses qu'on méprise ou le reproche des êtres abandonnés. De là son imprévu et parfois sa tristesse ».

Anatole France touche là le vif de l'explication vraie ; il se rencontre avec ceux qui ont soutenu, non sans raison, que les impressions qui alimentent nos rêves

sont celles que nous avons perçues pendant que notre esprit distrait était occupé ailleurs. Mais le fond de la vérité est au-delà ; les idées qui nous reviennent en rêve sont moins celles qui ont été délaissées et méprisées, c'est-à-dire en somme les indifférentes, que celles •qui ont été refoulées, soit par le hasard des circonstances, soit par nous-mêmes de façon délibérée ou inconsciente.

On n'a pas le droit de lui dire que ses personnages ont eu des pensées autres que celles qu'il raconte puisqu'ils sont fictifs et qu'il est maître de leur faire penser ce qu'il veut. Mais il eût introduit dans son analyse un trait psychologique plus finement, plus profondément fouillé et approché de plus près la véritable théorie du rêve s'il eût écrit en meilleures termes quelque chose comme ceci :

La comtesse ignorait que les idées qui surgissent pendant le sommeil sont souvent celles que nous n'osons pas nous avouer à nous-mêmes. Mieux instruite, elle se fut demandé si ce retour de Robert dans son rêve, ces efforts pour le joindre sans y réussir, n'avaient pas «ne signification inquiétante et s'il n'était pas imprudent de s'abandonner en toute quiétude à un nouvel amour sans plus se soucier de son premier amant que s'il n'existait pas. Elle aurait compris que sous son calme apparent se cachait une inquiétude qui eût dû être pour elle un avertissement.

L'Humaine Tragédie. — Dans ce même livre du Puits ■de Sainte Claire, où se trouve Saint Satyre, sont racontés deux autres rêves : l'un, celui des Pains Noirs, ne vaut pas qu'on s'y arrête ; l'autre au contraire mérite toute notre attention : c'est celui de Fra Giovanni dans Y Humaine Tragédie.

Fra Giovanni, jeté dans un cachot et à la veille d'être pendu pour avoir proclamé des vérités qui ne sont pas

celles reconnues par les puissants de son siècle, voit apparaître en songe une roue gigantesque formée comme un bouquet par des banderolles sur lesquelles sont inscrites des devises relatives à la morale et à l'origine ou à la fin des choses ; et toutes ces devises se terminent par ces mots : « Ceci est la vérité ». Les banderolles sont colorées, toutes de nuances différentes ; il n'en est pas deux qui soient identiques et toutes les couleurs imaginables sont représentées sans ordre aucun, dans un indescriptible chaos. Et tandis que le moine regarde cette roue sans y rien comprendre, la roue se met à tourner, d'abord lentement, puis plus vite et quand la vitesse est assez grande pour que ses diverses parties deviennent indistinctes, elle apparaît d'un blanc éclatant, comparable au disque argenté de la lune. Ainsi le moine reconnaît la vérité de la parole du Dr Subtil, que si la vérité est blanche, cependant elle n'est pas pure.

Voilà certes un rêve ingénieux et intéressant et, du point de vue de la critique ordinaire, lui demander davantage serait ergoter. J'y consens; mais n'oublions pasque nous sommes là pour ergoter, pour traiter les plus charmantes fantaisies de l'imagination à la manière d'un juge méticuleux et rébarbatif soumettant une thèse à son argumentation. Cela bien établi, commençoas. Et d'abord, à qui s'adresse ce rêve ? Oui doit-il convaincre ? Si c'est le moine, il dépasse le but ; si c'est le lecteur, il ne l'atteint pas. Fra Giovanni est ignorant et simple. Pour être convaincu que la vérité pour être blanche n'est pas pure, disons plutôt simple, il n'a pas besoin que Ton refasse devant lui une expérience de physique. Et celle-ci n'ajoute rien à la valeur démonstrative de l'argumentation, pour la bonne raison qu'il ignore ce qu'il y a de vrai dans cette expérience. Si les bandelettes n'avaient pas été colorées et que la roue en tournant fut devenue tout aussi blanche, il n'eût pas

été moins convaincu. Or, rien n'empêchait qu'il en fût ainsi, puisque nous sommes dans le rêve et non dans la réalité.

Si le rêve s'adresse au lecteur, plusieurs objections se dressent. Ces couleurs dont sont teintes toutes les bandelettes sont ce qui rend la roue blanche. Or, elles sont indépendantes de la nature des devises morales auxquelles elles sont ajoutées et ce n'est pas parce que les couleurs des bandelettes se fusionnent en une teinte blanche que les devises inscrites sur les bandelettes se fusionneront pour constituer la vérité. Il y a là deux faits indépendants réunis tout au plus par une relation symbolique qui n'a pas plus de valeur démonstrative qu'une lointaine comparaison.

Demandons-nous maintenant si Fra Giovanni pouvait avoir le rêve que l'auteur lui prête. Ce rêve est formé d'éléments précis et singuliers agencés d'une façon très élaborée nécessaire pour que le but soit atteint. Or, ni ces éléments, principes de physique et propositions scholastiques, ni leurs laborieux agencements ne sont dans les facultés du moine. Je sais bien que l'auteur s'est réservé une échappatoire dans les toupies colorées que font tourner les polissons de Viterbe et dans les enseignements du Dr Subtil. On pourrait admettre à la rigueur que le moine ait admiré dans .ses courses à travers les faubourgs de la ville les toupies qui en tournant devenaient blanches tandis qu'au repos elles montraient les bandes colorées distinctes ; et l'image mentale de cette vision aurait pu se superposer dans son rêve à celle de la roue et lui donner ses couleurs et son mouvement ; de même les arguments spécieux du Dr Subtil auraient pu laisser dans son esprit une trace qui se serait objectivée en rêve sous la forme des inscriptions des bandelettes. Mais avouons que ces échappatoires sont étroites, tortueuses et encombrées d'obstacles ; et reconnaissons que le rêve de la roue eût

été à sa place dans l'esprit d'un docteur rompu aux querelles scholastiques et doublé d'un physicien averti ; ce qui démontre par là même, qu'il n'est pas à sa place dans l'esprit simple d'un moine sans culture. Mais dirat-on, de quel droit reprocher son caractère merveilleux à un rêve introduit dans un conte fantastique où l'on voit des anges et des diables parlant et agissant?

Il y a deux sortes de fantastique : un, simple et naïf, relativement facile à manier puisqu'il n'est astreint à d'autres règles qu'à celles de l'esthétique littéraire où l'on fait apparaître à son gré des génies, des fées et des diables qui ne s'embarrassent pas des lois de la nature : c'est celui des Mille et une Nuits et des Contes de Fées. L'autre, plus moderne, plus affiné et d'un maniement moins simple, dans lequel le trouble n'est pas dans les lois de la nature, mais seulement dans le cerveau isolé de l'ambiance par le rêve ou hanté par des hallucinations pathologiques. Quand on use de ce dernier, on est astreint à tenir compte des lois de la physiologie et de la psychologie.

Auquel de ces deux fantastiques, ce conte fait-il appel.

S'il appartint à la première sorte, je n'ai rien à objecter et me contente d'exprimer le regret que l'auteur ait eu recours à cette forme de fantastique relativement grossière. S'il appartient à la seconde, la critique reprend ses droits. Je ne tirerai pas argument du pain qu'un ange apporte au moine au bord de la fontaine, car l'ange n'existait que dans son cerveau et le pain avait été sans doute oublié là par une ménagère imprudente qui a été bien marrie de ne pas l'y retrouver. Il en est de même pour le don d'éloquence mis sur les lèvres du frère par l'attouchement d'un charbon ardent. L'ardeur des convictions et la fougue du prosélytisme font de ces miracles. Mais je n'en saurai dire autant, ni •de la forme pénétrante et élaborée que prennent les

doutes du pauvre frère lorsqu'ils lui sont présentés par le Dr Subtil, ni du rêve de la roue qui n'est qu'une forme particulière et bien trop savante pour lui des inquiétudes qui se font jour dans son esprit.

Que conclure de tout cela ?

L'auteur ne nous dit pas à quelle forme de fantastique il s'est adressé et laisse au lecteur le soin de le deviner. Plutôt que de croire qu'il n'a fait appel qu'à la première, ou qu'il a fait des fautes en appliquant la seconde, je préfère admettre que, de propos délibéré ou inconsciemment, il a fait intervenir à doses inégales les deux formes : au point de vue littéraire, c'était son droit, au point de vue philosophique c'est peut-être à regretter.

. De ce qui précède, il résulte que les auteurs des siècles passés et en particulier ceux du xvne, ont, dans leurs œuvres, donné aux songes une place importante, mais lui ont assigné une fonction tout à fait en opposiiion avec les règles d'une saine psychologie, tandis que les modernes, tout en se rapprochant davantage de la vérité, ont réduit le rêve à un rôle épisodique, cherchant en lui un prétexte à des descriptions, à des conceptions plus libres où l'imagination s'abandonne à la fantaisie, dégagée du souci de se plier aux règles de la vraisemblance physique ou morale. Ce rôle a été le plus souvent mal compris ainsi qu'on vient de le voir par les exemples qui ont été donnés en parcourant sous ce point de vue le roman moderne. Mais ces critiques éparses ne laisseraient dans l'esprit du lecteur qu'une impression confuse et des données incertaines. Il faut maintenant reprendre la question d'une façon dogmatique et résumer les conclusions qui se dégagent de notre étude. Nous allons indiquer ce qui est défendu, ce qui est permis, ce qu'on doit demander au rêve.

Page 1