II. CE QUI EST PERMIS
La tolérance du rêve est presque infinie : une interdiction absolue, deux ou trois défenses relatives et c'est tout ; et à cela se réduisent en somme les interdictions du paragraphe précédent. Tout le reste est permis. En fait de tableaux isolés, il n'en est guère qui ne puissent prendre place dans un rêve, puisqu'il suffit que ses éléments ne soient pas totalement étrangers au rêveur. Tous les processus psychiques, l'attention, l'imagination, la mémoire, le raisonnement, l'idéalisation, la matérialisation, la symbolisation, les cérébrations incons- i ciente, automatique et même créatrice, toutes les émo- | tions, tous les sentiments y peuvent trouver place et I dans les conditions les plus variées conformes ou opposées à celles de l'état de veille. On y peut détester ses amis et ses proches, sympathiser avec ses adversaires et perpétrer les actes les plus odieux ; rappellerai-je i ici ce vieux Garibaldien qui avait Xapoléon III en horreur et se réveilla un jour écœuré de s'être livré en rêve sur sa personne à des pratiques de sodomie. On y peut retrouver des souvenirs perdus et créer même des compositions artistiques ou scientifiques qui ne sont pas sans valeur : cependant, il ne faudrait pas abuser de cette dernière permission, car ce sont là des faits exceptionnels.
La difficulté esl moins d'écarter ce qui est inadmissible que de faire bon usage de ce qui est licite pour donner au rêve ce je ne sais quoi qui distingue le vrai du faux, le vécu de l'imaginé, le réel de l'artificiel. Mais pour cela il n'y a point de recettes précises à fournir ; c'est en s'observant et en lisant, en méditant les observations bien faites que Ion s'y fera la main. Tout réside dans un dosage convenable du banal et de l'imprévu, du correct et du saugrenu, du coordonné et de l'incohérent, du logique et de l'absurde, du terne et du brillant, du vu et du pensé, de l'exprimé et du sousentendu, etc., dosage qui, tout en étant extrêmement élastique, demande un certain doigté.