INVESTIGATION SUR LES ÉTRANGES LUMIÈRES
Le journaliste raconte que le samedi 11 février, il est allé à Artliog, assister à une réunion tenue par Mrs Jones. Hors de la chapelle, sur la route, il y avait un petit groupe de gens qui épiaient les montagnes, attendant les mystérieuses lumières, dont ils ne mettaient pas en doute l'origine divine, au-dessus de la chapelle où Mrs Jones était en prières.
ce Je regardai aussi, dit le journaliste, mais je ne les vis pas. » La nuit était obscure, les sommets des montagnes cou- » verts de brouillards étaient cachés, mais les pentes infé- » rieures n'étaient assombries que par les ténèbres de la nuit, » et une lumière aurait pu aisément être vue. Je n'en vis » point ». Là-dessus, le journaliste se livre encore à quelques pérégrinations inutiles qu'il raconte par le menu. « A
(1) Cette explication par le feu Saint-Elme m'a rappelé ce passage d'un roman espagnol {Sœur Saint-Sulpice, par Palacio Valdès, trad. par M°° Th. Hue) : « Moi I Décidément, vous avez le feu Saint-Elme à la tête, aujourd'hui, cela se voit du reste... Il faut que le commandant (ajouta-t-elle en s'adressant à moi), ait pris bon nombre de petits verres. N'est-ce pas vrai? » Et au mot Saint-Elme un chiffre renvoie à la note suivante : « Sube San-Telmo à la garia. Littéralement : Saint- Elme monte au bout du mât. Allusion au phénomène météorologique connu de tout le monde, et qui symbolise dans l'argot sévillan le fait de s'être enivré, d'avoir perdu le sens. »
» Barmouth, vers 11 heures, je trouvai des centaines de » personnes sur la plage chantant des hymnes gallois et » attendant l'arrivée de Mrs Jones avec ses lumières. Ils » étaient condamnés au désappointement, car Mrs Jones » m'avait dit qu'elle restait à Arthog pour la nuit. »
Le dimanche 12 février, le journaliste a encore parcouru les prairies et les routes, de 7 h. 1/2 du soir jusque vers 11 heures, à la recherche de quelque signe des lumières brillantes de la nuit d'auparavant,
« Je ne Ads rien. Une vieille dame que je rencontrai sur la » route voulut m'expliquer leur absence et me rendit àt- » tentif au fait qu'il n'y avait pas de service ce soir à la pe- » tite chapelle d'Egryn dans le voisinage de laquelle elles » apparaissent souvent. Elle me fit remarquer en outre » que Mrs Mary Jones n'était pas sortie en mission ce soir, » mais qu'elle s'était contentée d'être une auditrice de la » congrégation de la chapelle de Dyffryn.
» Plus tard, je vis Mrs Jones elle-même, et je lui demandai » si les lumières apparaissaient toujours les nuits claires, » éclairées par la lune, ou si elles apparaissaient aussi bien 5) dans les nuits obscures et couvertes comme la nuit de ce » soir, — Elles viennent par toutes les sortes de nuits, « dit-elle, par les nuits obscures comme par les nuits clai- » res. J'en ai vu une ce soir sur ma route en allant à Dyffryn. » Peut-être vous n'avez pas été de ce côté. »
« Je reconnus que je n'avais pas été de ce côté, étant resté 1) dans le voisinage d'Egryn.
» J'ai été accompagnée chez moi par les lumières samedi » soir, et j'en avais une juste dans la voiture. »
Le numéro du 15 février du Daily Mail raconte que ce journal a envoyé un expert scientifique , Mr Bernard Redw^ood, pour étudier les lumières sur place. M. Redwood est parti avec un aide et les appareils nécessaires : le reporter des jours précédents, s'étant joint à eux, cela faisait une petite troupe de trois personnes mobilisée par le Daily
Mail pour l'étude des fameuses lumières. Avec des lunettes puissantes, M. Redwood inspecte les collines; il n'aperçoit nulle part de la lumière, excepté aux deux fenêtres de la petite chapelle d'Egryn où les Gallois sont en train de prier et de chanter avec une ferveur extatique. « Ah ! dit un » vieux Gallois, vous ne verrez pas les lumières ce soir; » car Mrs Mary Jones est partie. » Et effectivement les trois envoyés du Daily Mail ne virent pas les lumières, et effectivement aussi Mrs Jones était partie, elle était allée à un village éloigné de 15 milles. Cependant beaucoup de gens étaient persuadés que le voisinage de sa résidence allait continuer à être la scène des lumières, malgré son absence temporaire. Le long du chemin solitaire entre les montagnes et la mer, des douzaines d'observateurs zélés attendaient les lumières, mais à travers les ténèbres, il n'y avait aucun signe des bandes de feu maintenant bien connues. Hors de la petite chapelle d'Egryn quelques-uns des observateurs se joignaient aux hymnes qui étaient chantés à l'intérieur.
Cependant M. Redwood et ses acolytes choisissent l'endroit qu'on leur indique comme celui où apparaissent le plus souvent les lumières et s'y installent. « Nous avions » apporté, dit M. Redwood, les instruments les plus délicats, » capables d'être influencés par n'importe quelle condition » électrique extraordinaire de l'atmosphère , si petite fût- )) elle. Nous avions, par conséquent, la confiance que si » ces lumières avaient une origine électrique, nous serions » capables de la découvrir. » Mais voilà qu'il se meta pleuvoir, ce qui rend la position peu confortable. Les heures passent lentement; rien ne se manifeste. Pas d'autres lumières que celles de la petite chapelle à Egryn. De temps à autre, M. Redwood mettait à lépreuve ses instruments pour voir s'ils fonctionnaient ; il faisait jouer une puissante lampe électrique à main pour voir si ses instruments accusaient une déviation. Il venait de répéter cette épreuve, lors-'
qu'il fut assailli par deux hommes arrivant à toutes jambes et qui, ayant pris la lumière de la lampe pour les lumières de Mrs Jones, accouraient avec un appareil photographique pour les photographier !! Après cet incident, un grand moment s'écoula encore, sans rien d'anormal, lorque soudain, du côté du Nord, un éclat brillant apparut dans le Ciel, et ensuite un second : Le premier avait été suivi d'une détonation perceptible. La lumière brilla un moment ; elle ne semblait pas participer aux traits caractéristiques d'un éclair, mais elle ressemblait beaucoup à l'illumination produite par une lampe au magnésium. « Nos instruments » délicats ne bougèrent absolument pas, dit M. Redwood, et » il m'est impossible de conjecturer ce que ces lumières » étaient réellement. Il est évident, toutefois, qu'elles né » ressemblaient pas du tout aux lumières qui ont été vues » samedi soir et qui ont été décrites par le Daily Mail. »
Sur quoi le Revival number a publié le petit entrefilet suivant :