ACTE PREMIER
ÎRETJE, «
Mais, monsieur Berend...
MINEKE.
Prends donc, c'est fête pour tout le monde, aujourd'hui.
GRETJE, prenant le verre.
Alors, à votre santé 1
BEREND, levant son verre.
A la tienne, ma vieille Gretje... et à la santé du colonel t
MINEKE.
Oui, Dieu lui donne de longs jours!
GRETJE, buvant et riant.
Ça pique, ça monte au nez! (sortant, à Mineke.) Vous voyez bien, ce n'était pas la peine de vous tourmenter.
MINEKE.
Tu avais raison.
BEREND
Ah! je m'en vais fumer une pipe, (il prend une pipe
et l'allume. Il s'assied dans le fauteuil. Fumamt.) Ah!
qu'elle est bonne !... Et hier, elle était exécrable! A chaque bouffée... je me disais... c'est la dernière que je fume dans notre petit chez nous!... La dernière... la dernière... Tandis qu'aujourd'hui!... Ah!... C'est ça, le bonheur, des alternatives de sécurité et d'inquiétude... Autrement, l'âme s'engourdit... somnole... s'émousse... et ça devient rasant crôtre heureux !
MINEKE, s'appuyant contre lui.
Alors, tu es heureux ?
BEREND
Gomment ne le serais-je pas?... Dis donc, Mineke, sais-tu qu'il y a longtemps que je ne t'ai entendue ? Si tu me jouais quelque chose ? (Elle va au piano et prélude.) Oui, joue le Schlummerlied !. . . Chaque fois qu'une joie ou qu'une souffrance m'arrive, c'est cet air là dont j'ai besoin pour équilibrer mon bonheur ou consoler ma peine. Il y a en lui une douceur qui berce et qui exalte... Puis, c'est un vieil ami pour nous... on dirait qu'il fait partie de notre existence, qu'il est mêlé à notre amour.
MINEKE, tout en préludant.
Il l'est en vérité, Berend.
BEREND
Tu as raison. C'est lui que tu jouais la première fois que je t'ai vue. Il vivait encore dans nos oreilles quand nous nous sommes promis l'un à l'autre. .. Joue, Mineke, joue.
Elle joue une mélodie hollandaise d'un charme expressif, pur et mélancolique. Berend se tient près du piano. Quand Mineke se tait, Berend pose un long baiser sur ses lèvres. O» frappe à droite. Berend sort.