‹ Le réveil de l'instinct; pièce en trois actesChapitre 36 sur 66 · ACTE DEUXIÈME BEREND · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME BEREND

WILLEM

BEREND

Oui, tout de suite.

WILLEM

C'est donc grave ?

BEREND

C'est très grave.

WILLEM

Je t'écoute.

BEREND

La conscience est une drôle de mécanique. A certains moments de l'existence, on la scrute, on l'examine, rouage par rouage, on la regarde fonctionner, on croit la connaître parfaitement et pour toujours... Puis la vie passe... on souffre, on lutte, on se débat... et dix ans, vingt ans après, quand on observe de nouveau sa machine à penser, on ne reconnaît plus rien : tout a changé... les rouages d'autrefois ne sont plus là; ceux qui les remplacent ont des formes inconnues, inquiétantes... Alors la peur vous prend ; on se dit : tel acte qui jadis me semblait monstrueux me paraît presque naturel à présent; je suis prêt à l'accomplir ! Il faut donc que la vie m'ait dégradé ? qu'elle ait fait de moi une canaille?... Ou alors, est-ce ma raison qui est atteinte? Est-ce que je suis en train de devenir fou ?

WILLEM

Où veux-tu en venir? Qu'y a-t-il ?

BEREND

Il y a que je suis la proie d'une obsession effrayante... invincible!... Tu as entendu parler de ces malheureux qu'une démence meurtrière contraint, malgré leur volonté, malgré leur amour, à assassiner l'être qui leur est le plus cher?... Si atroce que soit Leur supplice, il est pourtant moins atroce que le mien!... La folie doit atténuer pour eux l'horreur de leur idée fixe... Tandis que moi, c'est en toute lucidité, avec la pleine conscience de mes actes et de mes pensées que je me sens glisser à la plus criminelle des passions t... Ma fille !... Le seul être au monde qui devait m'être sacré!... je... Ah! comprends si tu l'oses !... je ne peux pas t'expliquer une honte pareille !

WILLEM

J'ai compris, Berend.

BEREND

Alors, tu dois comprendre aussi ce que j'endure depuis trois semaines!... Ce qu'elles m'ont apporté d'angoisse et de remords suffirait à remplir toute une vie ! . . . Cent fois j 'ai voulu me reprendre, lutter. . . Est-ce qu'on lutte contre sa fièvre?... Pour fuir la tentation, je sors, j'arpente sans fin les bois... La nuit, je descends sur le port, je détache mon canot et je remonte le fleuve... Absurdité ! C'est en moi qu'elle est, la tentation, et je pourrais faire le tourdumonde, qu'elle ne disparaîtrait pas !... Sans cesse, cette ressemblance avec sa mère alimente, exaspère ma passion. Mineke!... Annette!... Ah! l'effort de volonté qui me ferait séparer ces deux êtres!... Mais non, je ne peux pas ne pas les confondre dans une même tendresse! J'ai beau opposer

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