ACTE DEUXIÈME
à mon désir les années écoulées, il ne veut pas les voir!... Chaque geste, chaque parole de la pauvre enfant entretient l'illusion... Elle est là, tranquille et douce, qui luc questionne, et moi... ah ! comment dire les pensées qui m'assaillent!... Elle s'approche de moi, confiante, affectueuse... et des paroles d'ivresse s'étranglent dans ma gorge!... et mes mains tremblent du désir de l'enlacer!... et l'idée m'obsède d'écraser ma bouche sur ses lèvres!
(il s'atfaisse anéanti, les coudes sur la table et le visage dans ses mains. Après un temps, se redressant, la voix
sourde.) Le plus étrange, Willem, et ce qui m'a fait douter de ma raison, c'est que de telles pensées ne me saturent pas d'horreur... Non... je n'ai pas conscience de mon ignominie ! Je ne peux pas voir en moi un être monstrueux et contre nature!... Il y a des moments où j'aime avec toutes les illusions de la pureté... où Annette n'est plus à mesyeux qu'une femme comme les autres femmes. . . et où j'éprouve à toucher sa main une émotion aussi douce, aussi chaste... oui, aussi chaste... que si j'aimais pour la première fois!... Puis, quand je me ressaisis, quand ma conscience élève la voix, le dégoût et la douleur m'étouffent!... Ah I Willem... je n'en peux plus !... je suis à bout!...
Que puis-jé te dire, mon pauvre ami ? La vie que tu as menée au cœur de la jungle et des forets a ressuscité en toi les instincts primordiaux, violents, impérieux. Un de ces instincts devait tôt ou tard, en s'affirmant brutalement, te faire mesurer la distance qui te sépare des civilisés... Ton seul malheur est que cette communion de vingt ans avec la nature ne t'ait pas totalement affranchi des
lois et des principes de la société... Tu n'aurais, alors, vu dans la satisfaction de ton instinct qu'un devoir que rien n'entravait, et tu n'aurais pas connu la crise douloureuse dans laquelle tu te débats... Tu ©s la proie de deux forces ennemies : l'une ou l'autre doit triompher. Laquelle choisiras-tu?
BEREND
Choisir ? Mais je n'en ai pas le droit. Je suis un honnête homme. Je ne peux obéir qu'à ma conscience! -
WILLEM
Sache-le donc. Berend, cette force hérissée de remords, d'angoisses, d'obsessions, que tu appelles ta conscience, est une force mauvaise et tu ne dois pas lui obéir !
BEREND
Pourquoi mauvaise?
V^ILLEM.
Parce qu'elle porte en elle la douleur et l'amoindrissement! Parce qu'elle est mensongère. Cette force-là ne seconde pas la volonté souveraine de ton être : elle la contrecarre! Elle n'a pas été engendrée par toi aux sources profondes de ta pensée : elle t'a été transmise par l'hérédité... C'est encore, c'est toujours la voix des morts! Etouffe-la, cette voix persécutrice! Délivre ton esprit des fantômes qui le hantent, et laisse parler ton instinct!
BEREND
Et si je ne suis plus de foj'ce à lutter contre lui?
Tu ne dois pas lutter contre luit