ACTE DEUXIÈME
BEREND
Mais s'il triomphe ?
WILLKM.
Tu le laisseras triompher !
BEREND, s'iodignant.
Si c'est là ta sagesse, tu peux la garder pour toi et pour ceux qu'elle satisfait!
WILLEM
Ce n'est pas la mienne, c'est celle de la nature.
BEREND
C'est celle des faibles et des lâches. Je n'en suis pas!
WILLEM
Tu n'empêcheras pas que notre instinct veuille notre bien, aveuglément, fatalement! Qui trompe son instinct s'amoindrit; qui le satisfait se développe! Qui l'affame agit mal; qui le rassasie agit bien! C'est une loi, ça!
BEREND
Elle est monstrueuse! Plutôt souffrir dix fois ce que j'ai souffert... que de devenir un criminel.
WILLEM
Un criminel... oui, c'est bien ainsi que la foule te jugerait. Mais toi, comment peux-tu prendre au sérieux ces anathèmes?... Voyons, parlons en hommes à qui les mots n'en imposent plus!... Il y a trois semaines, tu ne connaissais pas Annette; ellemême ignorait tout de toi, sauf ton existence... Vous êtes des étrangers l'un pour l'autre; tu ne l'as jamais reconnue, donc légalement, elle ne t'est rien non plus. Qu'est-ce qui Vempêche de t'unir à elle?
BEREND, reculant, avec un cri d'horreur.
Ah !... Mais ce serait la dernière des infamies!
WILLEM, brutalement.
Allons donc! Est-ce que la nature se soucie de ces étiquettes?... Est-ce qu'elle sanctionne le bien et le mal que les hommes se sont donnés ?... Est-ce qu'elle connaît autre chose que des attractions et des répulsions?... Est-ce qu'elle respecte le préjugé de la race et de la famille?
BEREND
Assurément, puisque de toutes les unions comme celles dont tu parles naissent des monstres, des Klaes Dissel... Ça aussi, c'est une loi!
WILLEM
La seule loi vérifiée, c'est que, tarés, deux êtres du même sang voient s'aggraver leurs tares dans leurs descendants. Mais sains, ils peuvent procréer aussi sainement que d'autres.
BEREND
Et la réprobation des hommes, elle correspond pourtant à quelque chose de juste! Elle est éternelle! Elle est universelle !
Eternelle, non pas. Aux époques primitives, et plus tard, chez les Egyptiens, ces unions-là étaient dans les mœurs... Universelle, encore moins! J'ai rencontré, moi, des peuplades océaniennes, qui, tout en les pratiquant, vivaient aussi heureuses et plus innocentes que bien des nations civilisées... Va, si c'est dans les permissions et les défenses édictées par tes semblables que tu cherches une loi absolue, tu ne trouveras qu'incertitude et contradiction!