‹ Le réveil du catholicisme en Angleterre au XIXe siècle: conférences prêchéesChapitre 14 sur 54 · Conférence du 8 mai · texte numérisé non relu

Conférence du 8 mai

versité d'Oxford, condamné par les évèques de son Eglise, traité de faux-frère par toute la presse de son pays.

Le voilà donc à bas, notre grand lutteur; le voilà donc vaincu, cet ardent défenseur de Tanglicanisme ; et il tombe sous les coups de TEglise même qu'il a passionnément aimée et qu'il a si généreusement servie. Jamais sa grandeur d'âme ne parut avec plus d'éclat que dans cette douloureuse épreuve. Il montra bien, alors, qu'il n'était ni orgueilleux, ni vulgaire. Orgueilleux, il se fût révolté, il eût bruyamment rompu avec son Eglise qui le méconnaissait, il eût passé, avec fracas, dans le camp opposé. Vulgaire, il se fût découragé, il se fût abandonné lui-même, il eût renoncé à son projet de sauver Tanglicanisme en le régénérant.

Ne craignez point, mes Frères, ne craignez point pour notre Newman ; par la grâce de Dieu, il restera jusqu'au bout digne de lui-même ; il n'arrivera point au catholicisme par des chemins bas ; il n'aura jamais déserté la voie de l'honneur et de la piété, a Newraan est très calme », déclare son ami Pusey au lendemain des censures qui l'ont frappé. « Je n'ai conscience d'aucun ressentiment », dit Newman lui-même. 11 comprend qu'il doit souffrir pour la cause qu'il soutient. « J'ai proclamé, dit-il, un grand principe pour lequel il est juste que je souffre. » Il ne désespère de rien. « Dieu soit avec moi dans l'avenir, dit-il... Et il sera avec

moi si seulement ma main peut demeurer sans tache et mon coeur sans souillure... Je ferai mes efforts pour supporter toute humiliation personnelle, pourvu que je sois préservé de trahir les intérêts sacrés que le Dieu de grâce et de force a remis entre mes mains. » Telles étaient les nobles dispositions de Nowrman au milieu de Tannée 1841.

Mais, tandis qu'il avait jusqu'alors soutenu les intérêts de Dieu dans le feu des combats, il jugea que le moment était venu de chercher le silence, de se ressaisir dans le recueillement, de prendre plus nettement conscience de son état intérieur, d'avancer, dans son âme, par la prière et par l'étude, la solution des graves problêmes qu'il avait si.courageusement soulevés devant l'opinion. Cette retraite dura quatre ans et elle aboutit, en octobre 1845, à son entrée dans le catholicisme.

D'aucuns s'étonneront peut-être, mes Frères, que cet homme, si instruit de l'histoire religieuse, plus éclairé que personne sur les insuffisances de l'anglicanisme et sur les mérites de l'Eglise romaine, ait hésité si longtemps à faire le pas décisif de la conversion. N'a-t-il point résisté à la grâce divine, qui, visiblement, le poussait.^

Devant le mystère intime des âmes, notre premier devoir, mes Frères, est le respect absolu ; nous n'avons jamais le droit de soupçonner en elles ni lâcheté, ni déloyauté. Dieu les mène par les chemins qu'il a choisis, tantôt plus directs,

tantôt plus sinueux : il ne nous appartient pas de scruter ses desseins.

Il me semble pourtant que la constitution même du cœur humain nous permet de comprendre les lenteurs de toute conversion religieuse, et particulièrement les lenteurs de Newman. Cette démarche libre, par laquelle un homme intelligent fixe sa destinée, exige une longue préparation de Tesprit et du cœur. Ce que Foreille a entendu, il faut aussi que le cœur l'entende ; ce que l'esprit a saisi, il faut encore que toute Tâme le goûte. Que de préjugés à dissiper, que d'impressions à effacer ! Et comme la religion tient Tâme aux fibres les plus profondes, c'est un tempérament nouveau qui doit se substituer au tempérament ancien, c'est comme une seconde nature qu'il s'agit de créer. Or, s'il faut des mois çt des années pour qu'une chair humaine se transforme par l'assimilation, à plus forte raison faudra-t-il du temps pour refaire la trempe d'une âme, pour qu'une croyance cède la place à une autre croyance, pour qu'un amour s'implante dans le cœur à la place d'un autre amour.

Mais, s'il s'agit de Newman, le temps sera plus nécessaire encore. Je dirai même que, si sa conversion se fût accomplie rapidement, elle nous laisserait un doute sur sa profondeur. Car Newman s'était engagé à fond pour l'anglicanisme; les sentiments qu'il avait exprimes dans la con-

f reverse étaient le son rendu par toute son âme. S'il avait des apparences froides et calmes, c'CvSt que les passions religieuses s'agitaient moins à la surface qu'au fond même de son être. Son Eglise anglicane, il l'aimait éperduement; l'Eglise romaine, il l'abhorrait d'autant plus violemment qu'il jalousait davantage ses traditions et ses beautés. Changer la pente d'un tel cœur, retourner les pensées et les amours d'une telle âme, ce ne pouvait être ni l'affaire d'un jour ni l'œuvre d'un homme.

Pour que cet homme se détache de l'anglicanisme auquel il a voué sa vie, pour qu'il se pénètre de sympathies catholiques au point de se livrer à ce romanisme qu'il a si fièrement combattu, il faudra que, durant quatre années, il se soumette à la double action de la grâce et de la recherche intellectuelle.

Comment il plut à Dieu de travailler cette âme, comment, elle-même, elle déploya pour la vérité sa puissante activité, voilà, mes Frères, ce que je me propose de rechercher avec vous ce soir.

Il y a peu d'hommes sur qui Dieu ait aussi visiblement agi que sur Newman. Car, tandis que, dans la plupart des conversions, la grâce s'associe des influences humaines. Dieu semble s'être réservé pour lui seul la transformation intérieure de cette

grande âme. Sur cet homme silencieux, solitaire, qui, dans le feu même de Faction, ne se livrait jamais tout à fait, on ne voit pas que Fapostolat catholique ait jamais exercé son empire. Newman, en effet, n'avait jamais cherché, il avait plutôt fui les bienfaisantes impressions que les rites augustes de notre culte provoquent dans les âmes sincèrement religieuses. 11 n'avait jamais entamé de controverses avec nos docteurs ; il ne s'était prêté qu'avec peine aux entrevues d'hommes modestes comme le converti Spencer. Jamais anglican uv s'était plus jalousement attaché à son Eglise.

Mais, de bonne heure, Dieu l'avait marqué ; durant de longues années, il l'avait attiré ; lorsqu'il en prit possession dans l'Eghse romaine, il fut évident que cette conquête n'appartenait qu'à lui seul.

Dès avant la période des tracts, la grâce avait touché le cœur de Newman. Par les sentiments de sincère religion et de très vive piété qu'elle lui avait inspirés, par les amitiés pures et saintement chrétiennes, comme celles de Froude et deKeble, qu'elle lui avait ménagées, par les études si loyales et si profondes sur l'histoire du christianisme auxquelles elle l'appliqua, elle avait préparé dans le jeune maître d'Oxford une conscience d'une inflexible droiture, une âme ardente, capable d(* pousser le zèle et le dévouement jusqu'au sacrifice, un esprit admirablement doué pour explorer

et éclaircir les questions religieuses. Durant les huit années que dura la polémique soulevée par les tracts, Dieu guida par la main son serviteur dans la voie de la vérité : 11 se découvrit à lui graduellement dans les livres et dans les controverses; Il développa en lui l'ardeur apostolique dans les écrite et les sermons qui émurent alors si profondément TAngleterre ; 11 lui façonna un cœur de saint par ces pratiques austères de piété et de pénitence qu'il lui inspira d'adopter dans sa vie privée. Déjà l'œuvre de Dieu était fort avancée, lorsque, la campagne des tracts terminée, après le désaveu de son attitude militante par les anglicans, Newman se retira à Littlemore : c'est là que Dieu allait achever en lui son ouvrage.

Littlemore était un hameau situé à trois milles d'Oxford et dépendant de la paroisse Sainte-Marie, dont New^man était le pasteur. New^man avait toujours eu beaucoup de zèle pour les habitants de cet humble village. Pour leur faciliter Faccomplissement des devoirs religieux, il y avait bâti une chapelle en 1836, et il y entretenait à ses frais un ministre du culte. Ce lieu solitaire était pour lui plein de charmes ; déjà il aimait à y séjourner pour méditer plus à loisir ses importants travaux. 11 s'y installa tout à fait en 1842, et tel était son désir d'y vivre désormais caché, qu'il y fit transporter sa riche bibliothèque.

Son premier soin fut de s'envelopper de silence

et de chercher l'oubli dans une impénétrable solitude. 11 n'en sortit que le dimanche, et encore la première année seulement, pour aller donner le sermon à Sainte-Marie d'Oxford. Dans cette retraite profonde, il admit à peine quelques intimes, ceux dont Tâme traversait les mêmes tempêtes que la sienne, ceux dont le cœur battait à l'unisson du sien. La curiosité des indiscrets lui était à charge, et il souffrait des tentatives faites pour pénétrer le mystère de sa nouvelle existence. « La bète blessée, disait-il, se réfugie dans quelque tanière pour y mourir, et personne ne la lui dispute. Laissez-moi en paix, je ne vous tourmenterai pas longtemps. » De ces longues journées de Littlemore, aucune heure ne restait inoccupée. Le temps en était fidèlement partagé entre la prière et Tétude. La prière surtout tenait une large place ; avec les différentes parties du Bréviaire romain, elle marquait les pauses de Thymne que chantait à Dieu la vie de ces fervents solitaires. A l'office divin, on ajoutait les litanies, les examens de conscience, les méditations; l'exercice de la confession s'y pratiquait avec humilité ; le mystère de l'Eucharistie s'y célébrait avec foi, et on y communiait dévotement. Vous eussiez dit un monastère catholique, avec son silence claustral et l'expression ininterrompue de la louange divine. On en avait, d'ailleurs, adopté toutes les austérités : les jeûnes, les privations, là simplicité, la pauvreté même, puisque ces

humbles pénitents tâchaient de suffire eux-mêmes à tous les besoins de leur communauté. L'intention qui les animait tous se révèle dans une belle parole de Newman : « Efforçons-nous, disait-il, de faire avancer et de sanctifier Thomme intérieur. Là, nous ne pouvons avoir tort. »

Quand une âme est à ce point soumise à la grâce, Dieu agit puissamment sur elle ; et, à vivre si saintement, on ne peut manquer de voir clair dans les questions religieuses. C'est pourquoi Newman, à la faveur de la retraite, et pleinement sous la main de Dieu, subit insensiblement cette évolution intérieure qui le conduisit au catholicisme. Ce qu'il y avait de réel et de profond dans son âme, ce qui avait été le fruit de ses longues contro- \ erses, prit lentement le dessus sur ce qu'il y avait de factice et d'emprunté, sur ce qu'il tenait de ses premières années. Car, chez tous les lutteurs de la pensée, il y a lieu de distinguer ce qui est à la surface de ce qui est au fond. Ce qui est à la surface, la formule de leur position intellectuelle, demeure invariable tant qu'ils font face à l'ennemi ; pendant ce temps, inconsciemment, se produit un travail intérieui* qui met au point les idées et prépare la possession de la vérité. Les luttes achevées, une fois que le silence s'est fait, les hommes de combat prennent conscience du progrès qui s'est opéré en eux-mêmes et entrent en possession de la vérité qui s'est lentement développée au-dedans.

Newman n^échappa point à cette loi qui régit la vie intellectuelle des âmes ; il ne prit que par degrés conscience des sentiments qui, du fond de son cœur où ils avaient germé, montaient peu à peu à la surface, et en chassaient des attitudes créées par des sentiments désormais supplantés. Ce qui était ù la surface, ce qui allait disparaître chez Newman, c'était son amour passionné pour Fanglicanisme avec son instinctive répulsion pour le catholicisme ; ce qui était réel au fond de son âme, ce qui y croissait tous les jours, ce qui allait bientôt dominer tout son être, c'était la souffrance causée par Fétat de l'Eglise anglicane, qu'il avait tant aimée et qu'il désespérait de rajeunir, c'était l'admiration qu'il avait pour Rome et Tinclination secrète qui le portait invinciblement vers le catholicisme.

Voyez comme il tient d'abord à l'anglicanisme : « Anglican je suis né, dit- il, anglican je veux mourir. » Et il parle dans la sincérité de son cœur. Il ne veut pas que Rome fasse des conversions parmi les anglicans. « Si vos amis, écrit-il à un catholique, veulent mettre un abîme entre eux et nous, qu'ils fassent des conversions. » Il ne voit point dans ses sympathies pour Rome un motif de quitter Fanglicanisme. En quatre sermons, pit)noncés à Sainte-Marie d'Oxford au mois de décembre 1841, il explique comme on peut aimer Rome sans cesser d'être anglican. « Rome, dit- il en substance, c'est Jérusalem ; l'anglicanisme, c'est

Samarie. Or, pour être de Samarie, on a encore des moyens de salut ; car le Seigneur donna, dans la personne d'Elie, un prophète qui parlait en son nom à Samarie. »

Cependant ces assurances ne lui donnaient point la paix à lui-même. Il avait, sur la légitimité de sa position, de telles inquiétudes, qu'il a pu écrire plus tard ce mot révélateur : « A partir de la fin de 1841, je fus sur mon lit de mort, en tant que membre de FEglise d'Angleterre. » Et pourquoi cette agonie intérieure ? Parce que sur lui s'exerçait chaque jour davantage la fascination de Rome. « L'Eglise d'Angleterre a tort, disait-il, et 1(* devoir est de se joindre à Rome. » Et, dans uiu^ lettre intime, il confesse à quel point Rouk» Tattire : « Le siècle, dit-il, est en mou^ement vers quelque chose, et, malheureusement, la seule communion religieuse qui, parmi nous, dans ces dernières années, a été en possession de ce quelque chose, est l'Eglise de Rome. »

T(*ls étaient les sentiments contradictoires au milieu desquels se débattait la grande Ame» d(^ Xewmann. Ce fut l'œuvre pacifiante de la grâce, dans la solitude d(^ Littlemore, diî faire taire les uns el de donner aux autres plus de consistance^ vl d'empire. Bientôt l'anglicanisme cessa d'être aimé par devoir; en même temps la haine du r()manisnH^ cessa d'apparaître comme une obligation d(^ conscience. Puis ce fut de l'indiftérence pour Tangli-

canisme, avec un amour croissant pour Rome.

Newman suivit dans son propre cœur cette lente transformation, et, comme il la prit pour Tœuvre même de Dieu, il la considéra sans frayeur et sans regret ; il en remarqua aussi les symptômes dans les dispositions de ses amis, et il ne s'affligea point, il ne protesta point. Il sentait bien qu'un souffle d'enhaut, celui qui l'avait toujours inspiré, le poussait vers une rive où il n'avait pas, tout d'abord, pensé aborder ; il voyait avec une égale clarté que c'était le souffle de Dieu, et que ce souffle, invinciblement, Fentraînait au catholicisme romain.

En môme temps qu'il se soumettait aux influences intérieures de la grâce, il ne négligeait rien pour s'éclairer lui-même, tant il était persuadé que, dans la conquête de la vérité, Fhomme doit prêter à Dieu le concours de ses propres efforts. A travers les livres, il interrogeait l'histoire ; les yeux fixés sur les événements qui se déroulaient devant lui, il recueillait les leçons du présent. Dans toutes ses recherches, il était conduit par l'espoir de trouver dans l'Eglise anglicane une voie moyenne qui le conduirait, sans Rome, à un christianisme intégral. Tentative noble, mais vainc ; car il vit bientôt que la logique des faits le mènerait fatalement au protestantisme ou au cathoUcisme.

Le premier fait qui remplit son âme d'amertume fut Fentente conclue entre l'Eglise anglicane et le gouvernement prussien pour établir un évèque protestant à Jérusalem. Que son Eglise pût conclure une alliance avec le protestantisme, que l'archevêque anglican de Cantorbéry pût avoir la faiblesse de donner la consécration à un protestant, que le siège nouveau érigé à Jérusalem pût être rempli à tour de rôle par un anglican et par un protestant, \'oilà ce qui dérouta tous ses calculs de régénération pour rÉglise anglicane ; voilà ce qui lui donna la douloureuse conviction que la pente de son Eglise n'était pas vers la vérité. Car, à ses yeux, rien n'était plus éloigné du vrai christianisme que le protestantisme.

Pour lui, l'Eglise du Christ se composait de trois portions qu'il tenait pour également catholiques : l'Eglise romaine, TEglise orientale, l'Eglise anglicane. Il professait que la gloire de l'Eglise anglicane consistait en ce qu'elle pouvait se proclamer l'Eglise sœur de l'Église romaine, une branche vivante de l'Eglise universelle. Or, par son accord avec le protestantisme, TEglise angUcane se déjugeait elle-même, elle arrachait à son front, de ses propres mains, sa brillante auréole. Nevsrman, dans Télan de sa foi, adressa à l'archevêque de Cantorbéry une courageuse protestation ; mais ses paroles, si autorisées et si sincères qu'elles fussent, restèrent aussi impuissantes à conjurer Tévéne-

LA CONVERSION DE NEWMAN i'H

ment redouté qu'à guérir la profonde blessure faite à son cœur.

Sur ces entrefaites, comme il étudiait à nouveau rhistoire de Tarianisme, il ne put se défendre d'une comparaison entre l'état religieux du iv*^ siècle et celui du xix®. Il y avait, au iv® siècle, à se partager le monde chrétien, des ariens, des semi-ariens et des catholiques romains. Les ariens d'autrefois, se disait-il, ce sont les protestants d'aujourd'hui ; les semi-ariens du passé, ce sont les anglicans, qui font d'inutiles efforts pour tenir une voie moyenne entre l'erreur et la pleine véi'ité : Rome est toujours Rome. Rome est toujours Rome ; ce mot résonnait à son oreille comme" une obsédante exhortation.

Un nouvel incident accentua bientôt l'impression fâcheuse qui, de plus en plus, l'éloignait de l'anglicanisme. Avec quelques amis, il avait entrepris de publier une série de Vies de Saints anglais. Mais, à peine la première eut-elle paru, que le livre fut accusé de romanisme. « Donnez-nous des vies de Saints, s'écrièrent les critiques ; mais que ces vies ne soient pas si romaines. » Sur quoi Newman répondit : « Nous n'avons point de oies de Saints qui ne soient romaines ; toutes fourniront matière à la même accusation. » On ne pouvait, en effet, fouiller dans les vieux souvenirs de l'Angleterre, sans trouver l'amour de Rome imprimé dans le cœur de ses plus illustres Saints. Aussi

Newman, en face d'un fait si manifeste, ne put-il" contenir cette réflexion pleine d'une mélancolique tristesse : « L'Église d'Angleterre ne peut plus supporter la vie de ses Saints. »

Sous des coups si multipliés, qui le frappaient toujours au mêmp endroit, Newman sentit que sa confiance en l'Église anglicane était ébranlée, que ses anciennes convictions se dissipaient une à une. Sa religion n'avait fait que grandir, son christianisme n'avait fait que s'affermir; c'était la foi dans son Église qui avait chancelé, et peu à peu avait surgi, en sa place, une foi nouvelle dans l'Église romaine.

A mesure que ce travail s'était opéré dans son âme, il s'était, par degrés, détaché de FangUcanisme. Non seulement il avait suspendu les tracts, mais il avait encore supprimé son active collaboration aux revues anglicanes, il avait mis fin aux conférences théologiques qui se tenaient chez Pusey, il avait cessé d'ouvrir sa maison aux réunions du soir, il avait diminué ses sermons de Sainte-Marie et leur avait graduellement donné un ton de tristesse qui résonnait comme un accent d'adieu. Vint enfin une heure, au commencement de l'automne 1843, où il lui sembla que la loyauté lui faisait un devoir de ne plus conserver, dans l'Église anglicane, une situation qui ne cadrait plus avec l'état de son âme. Lui, pasteur de l'église Sainte-Marie d'Oxford, n'était plus assez^

anglican pour garder un bénéfice et une charge qu'il ne possédait qu'à litre d'anglican. 11 se rendit à Londres pour signer sa démission, et le 24 septembre il fit entendre pour la dernière fois sa parole dans cette chaire de Sainte-Marie, d'où il avait tant de fois fait retentir des accents si pieux.

Ce fut pour le lendemain qu'il convoqua, à Littlemore, les nombreux amis auxquels il voulait adresser son dernier adieu. Toute l'élite d'Oxford descendit au petit hameau où se cachait Newman ; son humble chapelle s'ouvrit ce jour-là à ce que l'Angleterre avait de plus distingué dans la religion et dans les lettres. Pusey présidait le service.

Quand Newman monte en chaire, l'angoisse serre tous les cœurs ; car si tous les assistants savent le sens de la scène qui va se passer, ils sont dans l'attente troublée des paroles qui vont jaillir du cœur de ce grand conducteur d'âmes. Dans un silence fait d'émotion et de sympathie, Newman s'exprime d'une voix modérée, mais distincte, parfois hésitante, avec de longues pauses durant lesquelles il semble faire effort pour se maîtriser. Il rappelle toutes les scènes d'adieu rapportées dans la Bible, entre autres celles de David et de Jonathas. Vers la fin, les sentiments qui l'oppressent éclatent dans une plainte déchirante que je vous demande la permission de \'Ous lire, mes Frères, afin que, dans ce long récit, un écho du

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moins de la voix de Newman puisse arriver jusqu'à vous.

« O ma mère, ô ma mère, s'écrie-t-il en s'adrèssant à cette Eglise anglicane dont il avait été jusque-là le fils le plus dévoué, d'où vient que tant de belles choses ont été versées sur toi et que tu ne peux les garder? D'où vient que tu portes tes enfants et que tu n'oses pas les avouer? Pourquoi n'as-tu pas Thabileté d'utiliser leurs services, ni le cœur de te réjouir de leur amour ? Pourquoi tout ce qu'il y a de généreux dans le propos, de tendre et de pénétrant dans la dévotion, tes fleurs et tes promesses, tombe-t-il de ton sein et ne trouve-t-il aucun asile dans tes bras ? Qui t'a marquée de cette note, d'avoir « des entrailles qui avortent et des mamelles qui se dessèchent » ? Tes enfants^ le fruit de tes entrailles, qui t'aiment et voudraient travailler pour toi, tu les regardes avec crainte, comme un présage de malheur, ou bien tu les a en aversion comme une offense, ou, au mieux, tu ne fais que les supporter, comme s'ils n'avaient droit qu'à ta patience. Tu les fais se tenir « tout le jour oisifs » ; c'est à cette condition que tu les supportes. Ou bien tu les invites à aller où ils seront mieux reçus, ou tu les vends pour rien à l'étranger qui passe. »

Dans cette scène émouvante, le cœur eut le dernier mot. « mes Frères, dit Newman à ses amis, cœurs si bons et si chers, ô amis qui me voulez

du bien, si jamais vous avez connu quelqu'un dont le partage ici- bas a été de vous aider par ses écrits et sa parole à agir ainsi, si jamais il vous a dit ce que vous saviez ou ce que vous ne saviez pas sur vous-mêmes, s'il vous a expliqué à vousmêmes vos besoins intimes et vos propres sentiments, et si en vous les expliquant il vous a réconfortés, s'il vous a fait sentir qu'il y a une vie plus haute que cette vie quotidienne, un monde plus beau que celui que vous voyez ; s'il vous a encouragés, s'il a mis un frein à vos passions, s'il a ouvert une voie à vos recherches, s'il a apaisé vos perplexités, si ce qu'il a fait ou ce qu'il a dit vous a jamais inspiré quelque sympathie pour lui ; oh !.. . oh ! souvenez-vous de lui dans les temps à venir, quand même vous ne l'entendrez plus, et priez pour lui, afin qu'en toutes choses il connaisse la volonté de Dieu et qu'en toutes circonstances il soit prêt à l'accomplir. »

Ces paroles d'adieu portèrent à son comble l'émotion de l'assemblée ; les sanglots éclatèrent de toutes parts; les assistants sentaient qu'en Newman ils perdaient plus qu'un ami, ils perdaient un père ; car, depuis dix ans, toute l'Angleterre avait prêté une oreille attentive et sympathique à cette puissante voix qui s'était élevée du sein d'Oxford. « Je rentre le cœur brisé, écrivit Pusey le soir même de cette journée. La foule sanglotait sans contrainte. Si nos évêques savaient

seulement quels cœurs fidèles ils sont en train de briser ! »

A dater de ce jour, Newman fut perdu pour Tanglicanisme. Sitôt que la nouvelle de celte sécession se répandit, ce fut une impression de stupeur dans toute F Angleterre. Pour rendre la désolation qui atteignit alors toutes les âmes, un des professeurs d'Oxford a écrit : « C'était comme si, au-dessus d'un homme agenouillé dans le silence de quelque vaste cathédrale, la grande cloche, sonnant à toute volée, venait tout à coup à se taire. »

Elle se tut désormais, en effet, cette cloche dont la voix pénétrante avait si puissamment remué le cœur de l'Angleterre ; elle se tut pour TangUcanisme. Mais va-t-elle être condamnée pour toujours au silence ? Ne va-t-elle pas émigrer dans le beffroi encore solitaire du catholicisme, et, d'un branle vigoureux, annoncer à tout l'univers la renaissance de l'Eglise romaine sur la « terre des Saints? » Oui, mes Frères, mais pas encore. Deux années de silence vont s'écouler avant que Newman, maintenant détaché de l'angUcanisme, entre résolument dans le sein du catholicisme.

De ce qu'il avait quitté son Eglise, Newman ne concluait pas à la rigoureuse obligation de cher-

cher un refuge clans FEglise de Rome. Une si grave démarche ne devait être faite qu'avec la pleine certitude de la vérité du romanisme : or il éprouvait encore des doutes à cet égard. « J'avais été grandement trompé, dit-il ; comment pouvaisje être sûr de ne Tètre pas une seconde fois ? Quelle preuve avais-je que je ne changerais pas encore, lorsque je serais devenu catholique? » Dans cette perplexité, il multiplia ses prières, il redoubla ses pénitences; mais il s'abstint de se joindre à aucune Eglise. Il avait la douce confiance que Dieu agréait la sincère religion de son cœur, et il espérait qu'un jour viendrait où ce Dieu de bonté ferait enfin luire sur son âme la pleine vérité. En attendant que Dieu le mît dans sa voie, il continua, dans l'ermitage de Littlemore, la vie austère et studieuse dont il offrait silencieusement à Dieu le mérite.

Quelle difficulté pouvait donc arrêter un homme si consciencieux, et dans le fond si chrétien, au seuil de l'Eglise catholique romaine.^ Lui-même s'en était expliqué en 1841, dans le tract qui avait soulevé contre lui de si rudes tempêtes. Il reprochait au cathohcisme d'avoir indûment accru, par des dogmes nouveaux, le fardeau de la foi. Par là, disait-il, a été altéré le christianisme primitif. Pour que le romanisme lui eût paru acceptable, il eût fallu le dépouiller d'abord de ce qu'il appelait des superfétations et des erreurs.

Aiguillonné par sa conscience, tourmenté d'une attente qui se prolongeait et mettait peut-être son salut en péril, il résolut d'aborder de front la difficulté qui se dressait devant lui comme une infranchissable barrière. Et la question se posa dans son esprit sous la forme suivante : Y a-t-il incompatibilité entre rimmuta>bilité de la croyance religieuse et la réalisation d'un certain progrès du dogme? 11 se souvint alors que les Pères de l'Eglise, et particulièrement saint Vinfeent de Lérins, avaient exquissé une théorie du développement de la doctrine chrétienne, et que, récemment, Wiseman l'avait rappelée à ses lecteurs. Après en avoir fait, durant près de deux années, l'objet de ses méditations solitaires, il résolut, vers la fin de 1844, de mettre par écrit les idées auxquelles le conduirait logiquement l'étude approfondie de ce principe fécond. Et de ce labeur intellectuel, qui dura près d'une année, et qui ne fut interrompu que par la prière et par le plus indispensable repos, sortit ce livre d'une richesse hicomparable auquel Newman donna modestement pour titre : Essai sur le développement de la doctrine chrétienne. Je vous dois, mes Frères, d'exposer ici l'idée fondamentale d'un ouvrage qui acheva la grande œuvre de la conversion de Newman, et qui reste pour nous, catholiques, une mine de grand prix que nous commençons à peine à connaître, à apprécier et à exploiter.

Newman comprit que la vérité chrétienne ne s'est point dressée au milieu des temps et ne traverse point les siècles comme un bronze inaltérable dans ses formes figées, impassible au milieu d'un monde où tout s'agite et se meut vers le progrès, inaccessible aux influences qui marquent leur empreinte sur toutes les choses d'ici-bas. Il vit nettement qu'elle avait été donnée à l'humanité comme un germe vivant capable de grandir; qu'elle avait été jetée, d'En haut, dans Fesprit et dans le cœur de l'homme comme une semence féconde, destinée à croître et à se développer par un progrès voulu de Dieu à travers tous les âges. Ainsi la vérité religieuse, loin d'être froide et insensible comme le bronze, serait vivante, active, toujours riche de sève, gardant sa vitalité par son progrès, conservant son identité immuable à travers des frondaisons nouvelles et avec des fruits de plus en plus savoureux. Rien du passé ne tombe ; ce qui fut porte ce qui devient, comme les branches pleines de vie portent les jeunes rameaux. Les pousses nouvelles ne sont point une addition du dehors ; elles étaient contenues dans la primitive vertu du germe, et elles ne s'épanouissent que par l'action de la force intérieure. L'histoire de l'Eglise nous permet de prendre sur le fait ce progrès continu de la pensée chrétienne, qui grandît toujours sans se trahir jamais : la croissance fut visible dès le temps des Apôtres; elle se poursuit

d'un mouvement ininterrompu, et les conciles, par leurs définitions, ne font que noter et consacrer les résultats de ce travail intérieur de la foi.

L'erreur peut se glisser de deux façons dans la croyance : ou bien par des innovations téméraires, qui introduiraient dans les symboles des adjonctions étrangères à l'esprit de la foi ; ou bien par une obstination invincible, qui comprimerait la poussée légitime de la sève vivante et arrêterait l'essor spontané de la vérité. C'est pour préserver l'Église de l'un et de l'autre péril, c'est pour démasquer les nouveautés pernicieuses et pour rassurer les timidités ombrageuses, que le Christ a dû fonder dans l'Église un pouvoir enseignant, dont l'office n'est point de créer des dogmes nouveaux, mais de déclarer, par définition, si telle formule, qui se produit à un instant de la durée, appartient ou non au dépôt sacré de la Révélation.

Par cette suite de réflexions, Newman arriva à se convaincre que le concile de Trente, dans ses nombreuses définitions, n'avait pas innové dans la foi, mais avait seulement confirmé des croyances qui, implicites au début de TÉglise, étaient devenues explicites par le lent travail de la pensée chrétienne. Il ne vit pas moins clairement la nécessité, pour la vraie Église, d'un magistère infaillible qui, par l'assistance du Saint-Esprit, tranche au moment opportun les questions débattues.

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A mesure que Fesprit de Newman s'ouvrait à cette lumineuse doctrine, ses doutes se dissipaient, sa foi se raffermissait, son âme retrouvait la paix; Tamour définitif de TÉglise de Rome s'enracinait dans son cœur. Car, mes Frères, derrière ces pages si nourries de savoir et d'une logique si serrée, se débattaient les graves intérêts d'une grande âme, se déroulait le drame poignant d'un homme qui brisait les dernières attaches de son passé pour se livrer à la vérité. Il est vrai qu'il gardait dans son cœur le mystère des luttes intérieures, dont il était tout à la fois le champion et l'enjeu; car il écrivait quatorze heures par jour, sans que personne pût pénétrer l'inviolable secret du travail auquel il s'appliquait. De temps en temps, néanmoins, il laissait entrevoir Fissue prochaine de ses combats. Au mois de mars 1845, il écrivait : « Je suppose que Noël ne se passera pas avant la rupture. » Un mois après, il laissait entendre qu'il allait enfin tout briser. « Mes yeux se mouillent de larmes, disait-il, à la pensée de toutes les choses aimées qu'il faut abandonner. » Ses anciens amis redoutaient le moment fatal de sa sécession. Pusey, surtout, s'attristait pour le coup que cette conversion allait porter à sa « pauvre Eglise ». Ce «sera une déchirure comme jamais elle n'en a connu », diseiit l'illustre ami de Newpan. Dans sa naïve droiture, Pusey ne pouvait croire que Newman passât au catholicisme

sans un dessein particulier de Dieu. « Newman, disait-il, a une mission spéciale à remplir; quoiqu'il passe à TEglise romaine, en croyant, et non en réformateur, il n'y est conduit par la Providence que pour y accomplir une grande œuvre. » Comme on sentait imminente Theure de sa conversion, les amis et-les parents de Newman redoublaient près de lui leurs supplications pour le retenir : mais son parti était pris, sa conviction était faite, et, bien qu'il fût très touché des efforts tentés pour arrêter ses pas, il ne permit point que sa démarche en fût retardée.

S'il est vrai que l'humilité est la marque la plus sûre de la sincérité des cœurs, jamais conversion ne fut plus sincère que celle de Newman. Car il voulut que tout fût simple dans la cérémonie de son abjuration. 11 ne la fît point annoncer; elle s'accompht dans Tombre de son ermitage de Littlemore ; il ne permit qu'à deux de ses disciples de s'associer à son acte et d'y participer. Il n'appela point un évêque, ni même quelque religieux en renom. Dans les premiers jours d'octobre, il écrivit seulement à un pauvre religieux passioniste, le Père Dominique, de venir à Littlemore, le 8 au soir, « pour une œuvre qui intéressait le service de Dieu » : rien de plus. Ce Père Dominique était un Italien d'obscure origine, <[ui, dans son enfance, avait été berger près de Viterbe. De bonne heure, la grâce l'avait poussé à prier pour

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la conversion de TAngleterre, et, depuis qu'il était religieux, il n'avait cessé de demander à Dieu le retour des anglicans à la foi catholique. Après d'amers déboires et de profondes tristesses éprouvés à Londres dans l'accomplissement de sa mission, le Père Dominique allait comprendre enfin le sens de sa vie en arrivant à Littlemore.

Il y parvint, malgré une affreuse tempête et sous une pluie battante, le soir du 8 octobre. Il ne faisait que d'entrer dans le salon austère et séchait ses habits auprès d*un grand feu, lorsque Newman, grave, modeste, le regard illuminé par la joie, apparut, et, se jetant aux pieds du Père, lui dit simplement : (c Mon Père, daignez tne bénir et me recevoir dans l'Eglise de Jésus-Christ. »

L'illustre soUtaire de Littlemore commença alors sa confession, que sa conscience délicate, désireuse de tout éclaircir, prolongea bien avant dans la nuit. La prière se poursuivit jusqu'au matin. U y reçut de si fortes impressions de grâce, qu'il écrivit dès le matin à un ami : « Oh ! si ma foi atteignait seulement la dixième partie de la certitude intellectuelle que j'ai de posséder la vérité ! »

Le 9 octobre, au soir, avec ses deux intimes, il prononça son abjuration devant l'image du Christ et reçut, suivant le rite de la sainte EgUse, le baptême sous condition. Le lendemain, dès l'aube, les trois nouveaux convertis communiaient pour la première fois à notre mystère de l'Eucharistie,

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et sentaient le Christ se révéler à leurs âmes « dans la fraction du pain. »

C'en est donc fait : Newman est catholique.

"Sans plus tarder, il va quitter Littlemore, il va rompre avec tout un passé qu'il a si noblement aimé ; puis il se rendra à Oscott, où l'attend cet évêque, d'esprit élevé et de cœur généreux, qu'est Wiseman, et il se plongera, comme une humble unité, dans ce milieu catholique qu'il ne connaît pas, auquel il se donne avec la confiance aveugle que là est la vérité.

Il y vécut quarante-cinq années de vie catholique, sans que jamais aucun doute ne vînt altérer la paix et le parfait contentement de son cœur. Et ce n'est pas un médiocre arg*ument en faveur de rÉglise catholique, qu'un homme aussi éclairé et aussi loyal que Newinan, une fois catholique romain, ait si longtemps éprouvé le calme d'un voyageur enfin entré au port.

Je n'essaierai pas, mes Frères, de vous décrire Témotion considérable que produisit en Angloterre ce simple fait qu'un homme avait changé de religion. Parce que cet homme était Newman, le bruit s'en répandit avec la promptitude et l'éclat d'un coup de foudre. Au dire de Pattison, « on eut la sensation d'une fin subite de toutes choses, sans le commencement de rien de nouveau. » L'historien Leccky déclare « qu'il n'y a pas eu de plus grand événement religieux depuis les Stuarts. » Et le

grand homme d'Etat que fut Gladstone, depuis sa jeunesse ami et admirateur de Newman, assura que cette conversion <c faisait époque dans l'histoire de rÉglise d'Angleterre. »

Nous aurons à dire, mes Frères, ce que devint Newman, et quelle part il prit, comme catholique, dans le mouvement de l'anglicanisme vers rÉglise romaine. Pour ce soir, afin que ce soit Newman lui-même qui ait parmi nous le dernier mot, je vous lirai seulement les effusions de joie par lesquelles il célébrait lui-même le bonheur de sa conversion. 11 s'adresse à l'Eglise catholique romaine.

« O toi, dit-il, que j'ai longtemps cherchée, que j'ai trouvée bien tard, désir de mes yeux, joie de mon cœur, vérité après tant d'ombres, plénitude après tant d'avant-^oûts, ô toi, mon foyer après tant d'orages, venez donc à elle, pauvres voyageurs; car c'est elle, et elle seule, qui peut vous dérouler le secret de votre existence et le sens de votre destinée. »

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