‹ Le réveil du catholicisme en Angleterre au XIXe siècle: conférences prêchéesChapitre 15 sur 54 · HUITIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

HUITIEME CONFERENCE

Le Père Ignace Spencer et les associations de prières pour r Angleterre ^ .

Dans nos entretiens de Tan dernier, — vous ne Favez pas oublié, mes bien chers Frères, — nous avons suivi d'un regard ému les phases de cette fermentation religieuse, faite de sincérité et de foi, qui, après avoir ébranlé les plus nobles âmes àe l'anglicanisme, aboutit, en 184S, à la eonvei'sion de Newman et de ses amis, et créa en Angleteire ce mouvement vers le catholicisme qu'on peutévalae», depuis lors, à près de dix mille abjurations par an.

1. Conférence du 13 novembre 190i. Voir Appendice E : Ouvrages à consulter sur Spencer.

Notice biographique. — Georges Spencer naquit à Londres le 21 décembre 1799, au palais de l'Amirauté. En octobre 1817, il entra à Trinity-College de Cambridge, où il prit le titre de maître es arts. En 1819, il visita la France et l'Italie avec son père et sa mère. A son retour, il se prépara à entrer dans le clergé anglican, dans lequel il reçut l'ordre de prêtrise le 13 juin 1823. 11 fut ensuite nommé recteur à Brington où il se dépensa avec une grande charité. Pressé de se marier, il opta, après mûre réflexion, pour le célibat. Vers 1826, se firent jour en son esprit des doutes sur la légitimité de son

Georges SPENCER En religion, P. Ignace de Saint-Paul, Passionniste.

Notre allention s'est longuement arrêtée, et avec complaisance, sur le chef incontesté de la généreuse phalange des tractariens : en Newman, nous avons admiré, avec la profondeur du sens religieux, la logique vigoureuse de Fesprit, la flamme et la tendresse du cœur, la haute droiture du caractère et la ténacité de la volonté, de sorte que nous avons salué comme un événement inappréciable son heureuse entrée dans le catholicisme. Après que nous Tavons vu si angoissé dans la recherche de sa voie, nous aimerons à le contempler marchant d'une foi assurée et avec un dévouement désintéressé à travers sa longue carrière. Mais, si attrayant que soit pour nous ce sujet, nous croyons, avant de nous y engager, qu'il sera plus utile de revenir sur nos pas, afin de découvrir Tagent mystérieux et surnaturel, qui, semblable au levain caché, souleva les âmes anglicanes dans le mouvement d'Oxford.

A s'en tenir aux apparences, ce mouvement fut

Église : il travailla à les éclaircir, consulta de divers côtés, et ne retrouva la paix de Tâme que par son entrée dans rÉglise catholique, au mois de janvier 1830. Il partit aussitôt pour Rome, étudia la théologie au collège anglais, que dirigeait alors le D' Wiseman. Ordonné prêtre à Rome, il fut successivement curé d'une paroisse pauvre, West-Bromwich, puis supérieur du collège d'Oscott. En 1846, il se fit passionniste et prit le nom d'Ignace de Saint-Paul. Après dix-huit ans consumés en missions, quêtes, œuvres de propagande, il mourut d'apoplexie le 1" octobre 1864. Il consacra toute sa vie à la prédication d'une croisade de prières pour le retour de rAngleterre à l'unité catholique.

tout spontané, produit par la seule action de la "force religieuse demeurée au sein de l'anglicanisme; il semble que les catholiques y soient restés tout à fait étrangers, puisque ni leurs prédications, ni leurs rares publications n'avaient atteint les docteurs de la célèbre Université. L'effort intellectuel, les recherches savantes, les controverses subtiles, dérobent même, tant elles y ont pris de place, la part qui revient à la grâce intérieure et aux soUicitations divines dans de si saintes démarches religieuses.

Ce sera donc faire un acte de vérité et de justice, que de raconter quelle fut l'intervention des catholiques dans cette mémorable tourmente anglicane, comment ils travaillèrent, par la prière et par la controverse, à ramener à la vraie foi leurs frères séparés.

La controverse n'y prit qu'une part très humble, à peine saisissable; mais le rôle de la prière fut immense par les grâces dont elle assura le concours.

La controverse fut maniée par Wisemari, dont nous dirons le zèle dans notre prochain entretien. La campagne de prières fut menée, et vous allez voir avec quelle ardeur, par le Père Spencer.

Tout mon dessein, pour aujourd'hui, est de vous expUquer comment Spencer organisa la prière pour la conversion des anglicans, et quelle force cette prière apporta à l'entreprise aposto-

SPENCER ET LES ASSOCIATIONS DE PRIÈRES i49

lîque que ce fervent religieux poursuivait dans sa patrie.

Georges Spencer, — c'est ainsi qu'il s'appelait dans le monde, — appartenait à Tune des plus nobles familles de l'Angleterre. Il naquit à Londres, le 21 décembre 1799, au palais de l'Amirauté, où son père, le comte Spencer, avait succédé à lord Chatam comme premier lord. Ses proches tinrent, dans l'Etat, un rang si distingué, à travers tout le xix* siècle, que son propre neveu, lord Spencer, fut vice-roi d'Irlande et devint ministre du cabinet Gladstone en 1892. Cette haute naissance servira plus tard les intérêts de Dieu ; par Féclat dont elle environnera la personne de Georges Spencer, elle donnera plus de rayonnement à l'œuvre de prières dont il sera le promoteur infatigable, elle attirera l'estime d'une race fière sur l'humble froc religieux dont se revêtira le Père Ignace de Saint-Paul.

Rien de saillant ne signala la jeunesse de Georges Spencer. 11 parcourut le cycle des études convenables à son rang, et il termina à l'Université de Cambridge son éducation. Il était du nombre de ces natures complètes et équilibrées, qui grandissent sans heurt, et qui ne révèlent que dans les circonstances favorables les richesses

i50 LE RÉVEIL DU GATHOUCISME EU- ANGLETERRE

éoot elles sent dépositaires. Si grands que fuss^ort ses moyens intellectuels, Spencer ne devait jx^s donner, dans les travaux de Tesprit, la mesure de sa puissante vie; homme de cœur et de zèle avant tout, il lui fallait le contact des âmes, des pauvres à nourrir et des affligés à consoler, pour mettre en évidence les trésors de charité et de dévaueifteat dont la main de Dieu l'avait enrichi.

On s'en aperçut, en effet, sitôt après qu'il e»t reçu l'ordination anglicane en 1823. S'étant donaé à Dieu dans toute la sincérité de son âme, il prit à tâche d'honorer son ministère dans la petite cure qu'on lui confia à Brington. Tandis que ses p*»oehes n'y avaient vu qu'un riche bénéfice qui serait le point de départ de sa fortune, le jeune pasteur, au contraire, soudainement éveillé à sa vocation providentielle, ouvrit son cœur à toutes les inspirations d'xm zèle très pur et vécut en père tendre et généreux au milieu des ouaiUas confiées à ses soins. Sa religion prit nettement le caractère d'une piété très ardente. Dans les eonr tacts divins de la prière s'alluma la sainte flamme de la charité : dès lors, il fut le pourvoyeur des pauvres de sa paroisse; aux indigents il donnait son argent; aux malades, qu'il pansait de ses propres mains, il portait le soulagement; sa naai^ son ressemblait parfois à un hôpital, tant elle était l'asile de toutes les soufifrancesu. Invité à coBtrai> ter mariage, ainsi que. le font les ministres anglin

SPENCER ET LES ASSOCIATIONS I>E PfilÈRES 151

cans^ il refusa de s'engager, pressé qu'il était par la parole du grand Apôtre : a Celui qui n est point marié s'occupe de plaire à Dieu^ » 11 voulut, comme Paul, rester libre de vaquer aux choses de Dieu et de se livrer entièrement au bien des âmes, et il se promit à lui-même de garder le célibat.

Une vie si pure, si loyale, si apostolique, ne pouvait manquer de plaire à Dieu. Tant de vertus méritaient d'avoir pour récompense la plénitude de la vérité et de la grâce chrétienne.

Né anglican, en dehors de toutes relations catholiques, Georges Spencer, au cours même de ses études, ne s'était jamais posé de question sur la légitimité de son Eglise. Il tenait pour certain que le catholicisme était une corruption du christianisme, et cette persuasion, durant un long voyage à travers les pays catholiques, l'avait rendu indifférent et froid en face des plus belles œuvres liturgiques et apostoUques de l'Église romaine. Mais lorsque, par la franche sainteté d'un cœur droit, il eut établi Dieu au centre de son être et au sommet de sa vie, Dieu rayonna sur toutes ses facultés et fit lever la vérité sur ime existence qui se donnait si totalement à la pratique du bien. Ce fut par Tamour du bien que Georges Spencer arriva à la possession du vrai, par la charité qu'il conquit la vérité.

Page 1