Rom.,VilI
ment des conversions; elles ne sont ni si éclatantes, ni si nombreuses, comme si le souffle qui ranimait la flamme catholique au sein de l'anglicanisme s'était épuisé, comme si les mains de Moïse priant sur la montagne étaient tombées de lassitude et avaient cessé de soutenir ceux qui combattent dans la plaine.
Et c'est parce qu'il avait été frappé de ces coïncidences, que le grand Pontife d'illustre mémoire, Léon XIII, recueillant comme un précieux héritage la pensée de Spencer, résolut, en 1897, de raviver la prière attiédie et créa l'Archiconfrérie qui nous réunit ce soir, confiant à la paroisse et au Séminaire de Saint-Sulpice les destinées d'une œuvre dont il escomptait déjà les conséquences pour la gloire de l'Église.
La prière chrétienne, ce mouvement d'ordre surnaturel qui se déroule silencieusement dans le secret des âmes, serait-elle donc la force par excellence capable d'atteindre et de changer profondément les cœurs? Oui, mes Frères; et nous n'en saurions douter. La prière est plus puissante que les amies ; car les aimes, en pliant les corps par violence, irritent les âmes au lieu de les conquérir. La prière est plus efficace que la science; car la science, si elle éclaire l'esprit, n'a pas le don de toucher les cœurs, ni de les tirer de la froideur stérile. La prière est plus agissante que l'éloquence elle-même; car l'éloquence, si elle remue Hiomen-
SPENCER ET LES ASSOCIATIONS DE PRIÈRES iôa^
lanément les cœurs, ne crée pas autour d'eux celte atmosphère de bienfaisante chaleur nécessaire à la lente pénétration de la grâce de conversion. Seule, la prière atteint les âmes dans leur fond, par une influence insoupçonnée, mais réelle, persévérante, triomphante, d'autant plus assurée de son succès, qu'elle ne froisse point par des coups qui mettent Tâme en garde contre son action.
Et comment s'exerce cette vertu cachée de la prière.^ Cette action est-elle si mystérieuse que nous ne puissions d'aucune manière en saisir le mécanisme divin?
Pour expliquer Favantage réel qu'a la prière sur la parole, en fait d'influence sur les âmes, on a coutume de dire : « Tandis que la parole touche le cœur des hommes, la prière touche le cœur de Dieu et rincline à transformer le cœur des hommes; dans la parole, c'est le prédicateur qui agit, au lieu que, par la prière, c'est la force même de Dieu qui enti*e en ligne. Le chrétien qui prie est donc tout-puissant, parce qu'il détermine Dieu lui-même à accomplir sa propre volonté. »
Mais il est à remarquer, mes Frères, que le cœur de Dieu, à notre égard, est toujours un cœur touché. C'est un cœur de Père : il est donc tout imprégné d'amour, de miséricorde et de bonté. Nous n'avons point à l'amollir, point à l'apaiser, point à l'inchner : car il est tendre, il est patient, et sa pente naturelle le porte vers les hommes. Ah ! ce sqnt
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nos cœurs qui sont durs, ce sont nos coeurs qui sont révoltés, ce sont nos cœurs qui s'égarent dans des voies de perdition qui nous éloignent de lui. Ce sont donc nos propres cœurs qu'il faut changer, qu'il faut tourner vers Dieu, qu'il faut ouvrir à Dieu.
Aussi la prière, considérée dans son fond, est-elle moins un acte par lequel Thomme va toucher le cœur de Dieu ,qu'une démarche par laquelle Fhomme va se faire toucher le cœur par la main paternelle de Dieu. Oui, c'est nous, mes Frères, nous que la prière touche, nous que la prière attendrit, nous que la prière apaise, nous que la prière pénètre de grâce divine, nous que la prière élève et fortifie, nous que la prière arme pour Faecomplissement des tâches austères. La prière n'a point pour eflet de nous dispenser du travail, en mettant Dieu en mouvement pour qu'il tienne notre place ; la prière a pour effet de nous grandir en nous divinisant, de nous remplir de la vertu même de Dieu, pour que, par lui, nous soyons à la hauteur de tout notre devoir. La prière transfigure l'homme qui prie.
Je vous entends, mes Frères, car vous me dites : « Si la prière est à ce point personnelle, comment serait-elle sociale ? Si elle a pour effet de transfwmcr celui qui prie en le rendant meilleur, comment peut-elle être utile à d'autres? Que devient la prière d'intercession ? Comment des catholiques en prière
peuvent-ils espérer qu'ils obtiendront la conversion des anglicans? »
La difficulté n'est qu'apparente. Non seulement le caractère personnel de la prière ne l'empêche pas d'avoir un résultat social; mais nous devons être assurés que, plus elle est personnelle, plus elle est sociale ; c'est dans la iriesure même où elle nous rend meillem's, qu'elle devient agissante autour de nous. Car Dieu nous honore à ce point que, lorsqu'il exauce les prières que nous faisons pour les autres, c'est par nous, par notre influence même, qu'il se plaît à agir sur les âmes pour lesquelles nous intercédons.
C'est un mystère que nous comprendrons sans trop de peine si, éeoutant les leçons de la foi et celles mêmes de la nature, nous sommes avertis des étroits liens qui unissent tous les hommes.
Avez- vous jamais médité, mes Frères, le dogme si consolant de la Communion des Saints? Déjà, dans l'Evangile, le Christ en esquissait les grands traits, lorsqu'il disait à ses disciples : « Je suis le cep de la vigne, et vous en êtes les branches ^ » Ce que les rameaux sont au tronc de l'arbre, voilà ce que nous sommes au Christ; ce que les rameaux attachés au même tronc vivant sont entre eux, voilà ce que nous sommes entre nous. Une même sève circule dans le tronc et dans les branches : les