‹ Le réveil du catholicisme en Angleterre au XIXe siècle: conférences prêchéesChapitre 8 sur 54 · Life of bishop Milner, p. d · texte numérisé non relu

Life of bishop Milner, p. d

années de lutte. Milner ne vit point l'heure du triomphe ; mais, lorsqu'il tomba, il était sur la brèche, et il avait sauvé l'Eglise d'Angleterre d'un nouveau péril.

Ce péril était l'asservissement de l'Eglise à l'État par la nomination des évéques. Tant que l'Angleterre n'avait connu les catholiques que pour les persécuter, du moins elle avait eu la pudeur de ne pas s'immiscer dans leur gouvernement intérieur, de leur abandonner le libre choix de leurs chefs spirituels. Si l'Angleterre traquait l'Eglise au dehors, du moins elle ne cherchait pas à amoindrir son principe de vie au dedans. Mais, en devenant plus libérale dans sa législation, en brisant les fers qui enchaînaient les pieds et les mains, n'allait-elle point enserrer les consciences dans de nouveaux liens ? En accordant aux fidèles la liberté civile et religieuse, n'allait-elle point confisquer à l'épiscopat son indépendance?

La question se posa dès 1799. Après que l'Irlande, par la suppression de son Parlement, fut devenue une simple province de la Grande-Bretagne, Témancipation des catholiques, tant Anglais qu'Irlandais, fut mise à l'ordre du jour. Mais, dans le plan du ministre Pitt, l'émancipation ne pouvait être accordée que si l'Etat gardait une certaine influence sur l'Eglise ; et cette influence ne pouvait être plus profonde que par une intervention officielle du gouvernement dans la nomination des

évoques. La Couronne ne ferait pas la nomination des évoques, disait Pitt, mais elle pourrait Tinfluencer en écartant les sujets qui ne lui plairaient pas. C'était établir le droit de veto.

Les évoques irlandais ne furent pas, tout d'abord, opposés à un certain veto. Car, réunis au nombre de dix dans le collège de Maynooth, ils avaient exprimé le sentiment que Fintervention du gouvernement dans la nomination des évéques, pour s'assurer de la loyauté des candidats, ne serait point à rejeter, pourvu que la juste influence des évoques et le consentement du Pape fussent réservés*. Si les évoques irlandais pensaient de la sorte, faut-il s'étonner que Milner ait lui-même hésité avant de prendre un parti définitif.^

Lorsque, en 1805, la question de l'émancipation se posa franchement devant le Parlement, et que lord Grenville demanda la nomination d'un comité pour étudier « la question catholique ^), la nomination des évéques fixa l'attention comme une partie capitale du problème à résoudre. Milner, alors évêque de Midland, et dont les précédentes controverses avaient signalé tout le mérite, fut mis au courant des solutions proposées. Défiant de ses propres lumières, il en référa à ses collègues dans l'épiscopat, et il consulta le Saint-Siège. De Rome on lui répondit qu'aucun souverain protes-

\. HusENBETH, Life of bishop Milner^ p. 123.

tant ne pouvait être admis à nommer des évoques catholiques; qu'à la rigueur cependant, un pouvoir négatif pouvait être toléré, pouvoir qui consisterait à mettre un veto sur la nomination des candidats désignés. Abusant de cette concession, certains laïques catholiques allèrent jusqu'à offrir au gouvernement la nomination des évêques, et des écrivains protestants ne craignirent pas de publier que les catholiques étaient prêts à subir cette sujétion. On en resta là en 1805; mais il était évident qu'un courant dangereux poussait un groupe important de catholiques vers la dépendance religieuse vis-à-vis d'un pouvoir protestant.

Cette tendance se manifesta clairement en 1808. Au moment où lord Grattan priait le Parlement de condescendre à la pétition des Irlandais et de discuter le bill d'émancipation, il se forma en Angleterre une Association catholique, qui, par son esprit, n'était que la reproduction de l'ancien Comité, En même temps, l'évêque Milner se rendit à Londres comme agent des Prélats irlandais, pour suivre de près les débats du Parlement. Entre V Association et l'évêque Milner recommença l'antagonisme de 1791; et si Milner fit triompher la cause de la discipline ecclésiastique, ce ne fut qu'à travers de laborieux combats ot souvent au prix de douloureuses humiliations.

Dès le mois de mai, ses idées furent indigne-

ment travesties dans. un débat de la Chambre des Communes, Le député Ponsonby affirma que Milner, le représentant de Tlrlande, « ne voyait aucune difficulté à reconnaître le roi d'Angleterre pour le chef virtuel de l'Église catholique d'Irlande; qu'il admettait qu'aucun évêque catholique iriandais ne pût être nommé sans l'approbation du Souverain, et qu'un évèque nommé par le Pap(*, mais désapprouvé par Sa Majesté, ne pût prendre possession de ses fonctions même spirituelles >, *. A cette nouvelle, Milner bondit d'indignation. « Jamais, dit-il dans ses Mémoires, on ne m'a plus odieusement accusé d'inconsistance, d'hétérodoxie et de schisme. » La situation était d'autant plus grave qu'il représentait l'épiscopat irlandais. Aussi fut-il accusé de trahir les intérêts catholiques, et ce lui fut une peine cruelle de recevoir, d'un prélat irlandais, son ami, de vifs reproches sur son attitude à Tégard du veto.

Sans tarder, il se défendit dans divers écrits, qui furent, malgré lui, livrés à la publicité. 11 tenta de maintenir la position moyenne, que, sur l'avis même de Rome, il avait prise. « 11 ne s'agit pas, dit-il, d'accorder à Sa Majesté un pouvoir positif, mais seulement un pouvoir négatif... Et je défie tout écrivain, ajoutait-il, de prouver qu'il serait dangereux à l'Eglise d'admettre dans le Souverain

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