ACTE I, SCÈNE V I
sortions d'une même souche, ni physiquement, ni moralement!... Vous souriez?
VIVARCE
Non pas !
NESTE
Si!... Vous avez lu quelque part que la plus aimable de mes grand'mères, issue de l'auteur commun entre les Neste et les Gourgiran, fréquenta jusqu'à l'excès Crébillon le fils et Rousseau, d'Alembert et le jeune chevalier de Parny. Et vous pensez que, par là, mon sang s'additionna de philosophie naturelle et de libertine indulgence? Peu importe!... Ce qui est certain, c'est qu'ici je ne me plais plus que daiis le frou-frou de femmes dont mes jolies cousines entourent ma vieillesse. J'aime à considérer leurs gestes harmonieux, leurs corsages précis, leurs robes évasives, ce qu'elles ont d'idéal par les yeux, et de féHn, avec leurs blanches dents, leurs brillantes crinières où, sans doute, on s'électrise les doigts. Le spectacle de ces deux créatures me fait retrouver mes souvenirs les plus aigus de ce que m'a révélé leur sexe ordinairement incompris, toujours énigmatique... (D'un ton subitement
i8o l'énigme
grave.) Enfin j'en voulais venir à ceci : c'est que je m'émeus, je m'inquiète, je m'exaspère à les voir si semblables de sagesse apparente, quand je me répète que l'une d'elles, dans sa vie d'aujourd'hui, d'hier, de demain, cache la plus ténébreuse intrigue...
VIVARCE
Ah bah!,., vous m'étonnez!
NESTE, avec autorité.
Non!... J'aurais gardé cette observation pour moi, si j'avais risqué de vous apprendre quelque chose.
VIVARCE
Que prétendez-vous dire?
NESTE
Que le héros de l'aventure où l'une de ces folles est engagée, c'est vous.
VIVARCE
Moi!... En vérité, je me demande dans quel esprit vous vous livrez à cette plaisanterie... et comment je dois la prendre!