ACTE I, SCÈNE VII I
GÉRARD
Eh bien! pourtant, celui qui me prendrait ma femme, je le tuerais sans une hésitation, comme je suis prêt à me faire tuer pour elle, ou pour défendre mon pays, mes biens... ou simplement le gibier que Raymond et moi nous avons sur nos terres.
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Moi qui ne reconnais même pas à la société le droit de mort, je crie de toute ma force que ce droit ne saurait appartenir à l'individu... Certes, je sais qu'il est inutile de discourir contre ce que les aveuglements de la passion peuvent faire tout à coup commettre... Mais je dis que vos propos à froid sur l'homicide conjugal, avec leurs allures de grands principes, ont beau être appuyés par la loi, admis par les mœurs, ils n'en prennent pas moins leur source dans l'égoïsme le plus boueux. L'homme ou la femme, les époux ou les amants, qui se décernent à eux-mêmes le mandat de justicier, ceux-là, dans la minute rouge, incarnent tous les péchés capitaux : l'orgueil, l'envie, la colère, la luxure
sombre des images qui montent au cerveau!...
Si ce sont vos théories qui ont raison, alors c'est que le fond de l'âme humaine est imperfectible. On continuera à polir l'extérieur des gens et à vernir leurs aspects, pour que tout cela craque et tombe à la première secousse de l'intérêt personnel, pour que le mâle et la femelle de l'époque des cavernes réapparaissent soudain dans les temps actuels, faisant saillir, de dessous l'inanité du sourire, les éternelles dents de guerre et de proie... Mais, décidément, nous ne parlons pas le même langage. Bonsoir!
LÉONORE
Oh! vous n'allez pas déjà vous retirer?
GISELLE
Pourquoi êtes-vous si pressé?
GÉRARD
Seriez-vous vraiment froissé de nos convictions?
Oh! pour cela, voici trop longtemps que je vous connais conmie vous êtes !... Mais il y a des