‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 20 sur 85 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

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Cum hic agatu)- de SERVO DEI PLA^E EXTRAORDiMARio, tan in vita^ quam post mortem..,

(Postulatam signé par plus de six cents

ÉTÉQUBS )

La Critique historique est uue pythonisse sans trépied qui accommode ses oracles au goût du jour. Sa naïve îiînée, la grande Histoire, a tellement disparu derrière Tenflure de cette grenouille pédante et artificieuse et les âmes sont devenues si lâches peur la vérité que le Génie lui-même, avec ses cataractes de lumière, ne pourrait peut-être plus lui restituer sa vraie place. Le Document, ce monstre aux mille langues nourri dans la poussière des Archives d'État et des chancelleries, s'en élance avec fureur pour dévorer toute conception généreuse ou originale qui s'aventure au seuil de ces antres profonds. Une s'agit guère aujourdliui de ressaisir l'irrévocable Passé, de contraindre ce fantôme à revenir sur ses pas, et de lui redonner pour un instant l'étincelle miraculeuse de la vie. D'ailleurs, une science énorme ne serait pas ce qu'il faut pour accomplir un tel prodige.

Non certes I mais il faudrait absolument ce que n'en^eifrafl ;iuciiiip école: te désir enthousiaste de la vérité nppuyé sur le pressentiment dun plan divin. L'HisloIre. alors, cesserait d'être la « Bagalelle Tascinante » de l'incrédulité pour redevenir ce qu'elle fut dans Ips Saints Uvres r la transcendante inforinrilinn du Symbolisme providentiel.

N en un misérable lemp.s où les plus belles cejîse sur elles-mêmes au

Nous vivon intclligenci lieu de se pr ï.

C'est la s mal moderne. ! •

temps par ) rtes c^mu décédé, a r dans les scientifique, on peut la science n'a plus i.

sur lesquels elle se livre à gation que la pauvre enfant de Murillij acoomplil *iir lui-m<^me dans la lumière non métaphysique d'un rsyO» desoloil-El. comme rintelli^ence humaine dépa6fiéd^<: de l'rt iiriitii Uii''ol(^ique, a désormais sou nlisurde si!*? à la Aasp d'un anRÎe de vision épouvantable ment aigu. elle ne saurait poursuivre l'insecte subjectif qu'en s'enfonçant dans un rapetissement de plus en plus moléculaire de son champ d'observation et d'analyse étenielle-

Eh bien ! dans celle déroute générale de l'ofijerUvité (1) scientiQque, dans cette déb&cle de toutes Ici

«ment hors d'elles-même^ ■selle, nom moderne d'un 'héfilogie, rejelée dèslonj!- ■1 béquille d'un panilytiqn-' tacombos de l'inattentjuu ;cr en toute assurance ^wllo n'a plus qut» des siijrH léroTque beso^e d'investi-

1. On n'admirera jamais aiiaez cet étnnniint jsrgoa praMlen. L* canon Krupp do la philosophie allemande ne le cède en rien A l'iuT' canon. L«s Français s'en apercovroal peut-Aire quand leur lan^u' lerme et lumineuse se aéra définitivement enliiée dans ces Palii>' Mëolïdes inlellecliiels. Aloi-s, aans doute, on seivi prêt pour la ff" Tanche paciSque de l'imbécillité nationale.

données supérieures de Fesprit humain, lliistoire étant, quand même, et devant toujours être la première des sciences humaines, elle a dû nécessairement entrer, comme les autres, dans Vindéfini laminoir de la Critique et passer sous le couperet infatigable du Document. Il en est résulté le plus énorme déchiquètement de tous les faits et le plus inextricable amas de rognures historiques qui aient jamais imploré le coup de balai miséricordieux d un abréviateur intuitir. L'histoire d'un

peuple, d'un siècle ou d'un homme, — ce calque puissant du concept providentiel qnll est si nécessaire de voir de haut et d'ensemble que les Narrateurs inspirés se bâtissaient des solitudes dans le ciel pour le dominer

plus parfaitement ! — on la morcelle, on la détaille, on en isole chaque débris, chaque cassure, chaque atome, afin d'employer à cette besogne d'infinitésimale dissec tion la multitude toujours croissante des prétendus historiens acharnés à la recherche de ce que la langue populaire appelle la />e/i7eW/^, éternellement insaisissable sous les besicles de ces entomologistes pervers.

Il y a là deux choses assez lamentables. D'abord, on ne tient pas du tout à la vérité. On désire nième ne pas la trouver, car, si on la trouvait, il n'y aurait plus moyen de courir après la petite bête et la vie serait insupportable. Ensuite, on rie croit même pas qu'il existe une vérité. L'auteur d'Eloa qui méprisait certainement Tentomologie, en sa qualité de grand élégiaque, a pourtant formulé lui-même le mépris de la vérité historique de manière à ne rien laisser à désirer aux plus exigeants pyrrhoniens de la science moderne. On peut lire cet éloquent réquisitoire du meurtrier contre la victime dans la préface de Cinq-Mars. M. de Vigny pense que

l'histoire toute seuirt n'est pas assez belle ni assez traie et que le droit d'un romancier est de l'arrau^r degr* ou de force sur le lit de Procust* de sa (»>nceptioti pei- Boniielle. Si l'Mstoiro résiste iin peu, on fait avancer la complaisant et commode document qui l'énervé ou qw la tronçonne et qui livre son cadavre informe, commi' un bloc d'argile, aux mains éclectiques du potier de 1" popularité.

Ah ! les épei qu'à l'aurore a la sainte simpl du Passé et qui il pour montrer . tre, ces entrai destin des peu Iteuriî préseni d'autres aussi (

éleeux qui luttent j «->'' Seigneur, les OEdipesi ^^ iroit au Sphinx iiiUg.^"' 5 leurs bras ensanglan *^^ ■ailles vivantes du mo^Ki*- L oraculaires pleines ^^ ils donc, aujourd'hui^^i- ' sont partis et beaueo *■?

ands et que la mort a ::^ïî'

pelisses dans ie«r tombeau. En ce moment, on ne v^c:^'' plus rien d'aucun côté et la pensée humaine est en^^'' ronnéo d'un silence tel qu'on a l'air de faire la veill -^^ des morts autour du cercueil de la société cbrétienr»- ^• Est-il donc désormais impossible d'écrire l'hisloïre ^ cette impossibilité a-t-elle pu devenir irrémédiable ^^^ moment même oii le plus earagé besoin de curiosil-^^^ historiques paraît être le dernier lambeau présentab^!^'^ de notre magnifique patrimoine iiitellectuer? Je ne ^^^ crois pas et je fonde mon incrédulité sur l'exceptionnel^^* vocation de ce siècle pour le roman. En effet, tout r^^** mancier est un historien réfractaire et anxieux qui rêv^^' — s'il a du génie — d'être l'annaliste, non du réel, ma^ " du possible humain, parce qu'il a l'illusion de croin^**' cela plus profond que d'être l'historien du po-w/é/e (^^^c

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Dieu, qui est le véritable réel de rhomme (1). Il ressemble ainsi à un superbe nimiiiant qui s'ayancerait dans un pâturage étranger, de toute la longueur d*une corde fixée dans la prairie de son maître. Ce rêve, infiniment plus ambitieux qu'on ne Timagine, a marqué coomie d'une estampille de royale folie le firont du dLx-neuvième siècle, exceptionnel en tout.

Onmepardonnera de tels propos si Ton veut considérer que la fiction idéale dont le roman moderne parait être la suprême et définitive extension a tout envahi depuis soixante ans au moins, sciences naturelles et sciences morales. On a fait des romans astronomiques ou économiques aussi bien que des rmnans historiques. Ce serpent d'Aaron a dévoré tous les autres serpents et c'est la Critique, dont le devoir strict était de le Eure crever d'inanition, qui lui a coupé les morceaux. Ueflèt naturel de cette ripaille a été un afTaiblissement inouï de la raison et une famine intellectuelle comme il ne s'en était jamais vu. Lorsque vhit le Malherbe de la critique historique, Augustin Thierry, on se persuada tout de suite que personne avant lui n'avait jamais rien compris à l'histoire, de même que Boileau s'était persuadé qull n'y avait pas eu de poète en France avant le premier Malherbe. Alors, on fit descendre à la hâte de toutes les pyramides de la Tradition les siècles défunts qui n'eurent plus désormais à contempler que riml>érile acharnement d'une armée d'investigateurs vCTmlcnlaires à la conquête de l'enfantillage univoseL Aujourdliai,

1. Le Passé, dit Saint-Bonnet, c'est le Possible, mcs%tré à la ture humaine. On ne pevt pas faire tenir pliu de fanaiére é»m» moins de mots. MaUienreiueBiestf il ajovte ceci: fArenirn^Ué^ passera pas. Ce grand philosophe est-U dof.c daLi le» lecrets de

Dieu ?

l'épreuve est faite, on a beaucoup marché sur une fausse piste et la lassitude est infinie. On commence à discerner qun le roman ne donne que le roman et jamais rhistoin?; que le Passé qui nous contemple — disait IJonaparte — ne se révèle qu'à dea cont^mplatfurx comme lui et non pasâ des critiques pleins d'inventions z enfin, qm? le pins puissant effort (l'un homme de génir^ serait (le remonter simplement à la Tradition et d'y* faire remonter avec lui tout ce que le fagaUsme dc^ Tanalyse a laissé subsister de cœurs intuitifs et d'in — tellîgences prime-sautifres.

Gela me ramène très naturellement à l'Histoire d^^^ Christophe Colomb, par le Comte Roselly de Ltirgues j — ■ histoire venue, comme on sait, après tant de romans -- — tant d'anedoctes, tant de critiques, tant de polémiques z — — La liste en serait furieusement longue, à ne commencec^^c"" que par Fenimore Cooper et Washington Irving, 'L!V='^^ flnetise et l'imagination humaines s'y étaient épui8ée^=^='' dans les deux mondes. Le Comte Roselly de l^orgues— -^ très séparé du troupeau des idolâtres du subjectif, es^^*-

à la fois un savant sans microscope et un contemplateur

Aussi, son histoire s'échappe-t-elle h chaque insfan^^*^ de l'inanimé document pours'élancer danslasplendeuci^ vîvanle de l'aperçu et du jugement définitif d'oîi ell^^=^ finit par ne plus descendre. Mon dessein n'est certes pa^=^* de refaire de la fantaisie historique ou Htlérah-e su^^^ un livre déjà ancien et dont il a ét^ beaucoup parlé - — C'est en me plaçant au point de vue très spécial de l^^*canonisation que je veus, à mon tour, contemple^*" Christophe Colomb dont voici, en vérité, la seule hîs- — toire. Je viens de relire cette lamentation incomparablt» - J'ai mieux vu cette tète effrayante à force" de beauté» -

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cette face de Méduse de la profonde horreur et de la profonde pitié : horreur pour les bourreaux et pitié pour la victime. Il y a bien aussi la sainte allégresse du martyr, mais c'est FÉglise seule qui peut nous la montrer dans le nimbe surnaturel dont elle éclaire les élus.

Et maintenant, si on pense qu'il soit inopportun et sans actualité de parler de Christophe Colomb, je demande ce qui peut passer pour actuel et opportun, puisque voilà tout à l'heure quatre cents ans que ce cadavre gigantesque est étendu sur l'horrible dalle glacée de la morgue de Cas tille, sans qu'aucune justice humaine ait pu découvrir encore le vrai nom de ses assassins.

€ Celui qui ne croit pas au surnaturel, » dit le Comte Roselly de Lorgnes, « ne peut comprendre Colomb ». C'est, sans aucune exception, ce qui doit être dit de tous les saints et cela est d'une exactitude si rigoureuse qu'il n'est pas même possible de concevoir un saint en dehors de la notion transcendante d'une Providence qui gouverne ce monde par des moyens naturels en vue de résultats perpétuellement surnaturels. Le miracle historique qui n'étonna jamais que les imbéciles ou les hommes de peu de foi, pousse Tongtemps à l'avance ses racines dans une multitude de faits d'ordre naturel ; et il éclate à son heure comme une résultante divine de tous ces faits coopérateurs. Dieu qui est le maître absolu de sa Création, dans ses opérations ad extra, agit à pçine plus librement que l'honmie, et les miracles par lesquels se manifeste quelquefois son imprescriptible suzeraineté, ne peuvent jamais, catholiquement, être considérés comme une violence imposée à notre libre personnalité. Il est écrit que l'homme peut faire violence au ciel, mais il ne paraît pas que Dieu se soit réservé de faire violence au cœur de l'homme, même

MM étatfi amfedfair âe MMilkbaiMe f«iaal*4erbaaiae,leEûl inascendant. ki» M» ûifin «t bomuD, qui s'appelle U sainteté se Iniu» pÊriàHKiaenl realûé et il esi difficile alors que le fflirarle, <:'e*L^-dire l'appuitioQ de riofim daDs le riiil, no m pnjduUf p«s cl'iute Taçoa pins ou moiu l'icUUiiile.

ht vlenx de lire pour la seconde fois ceUe vie de Chri»lopli» Ooirmib et, en vérité, Je n'ai vu aucune vie de mIiiI. 0(1 le nilraclo golt plus fréquent et, pour ainsi dire, [iliix h«(k;v/, I,h Kunialurcl divin et son corollaire, le «"iM iiiilurrl illiibull(nie y flambeui à toute page. Seuleiiifiil. llHNti (l^^|ll^^ll!llt l'iiii ot l'aulre daus les propor-

lions les plus exceptionnelles et les plus gigantesques. G est une spécialité inouïe dans le miracle. Il n*y a ni malades guéris, ni morts ressuscites, ni, en général^ aucun des prodiges de la loi de gr&oe, — du moins pendant la vie du thaumaturge (1). Le Messager de TEvangile, par une mystérieuse rétroaction providentielle, semble se rattacher à l'ancienne Loi, et c*est surtout à Moïse qu'il fait penser. Il révèle la Création» il partage le monde entre ?es rois de la terre, il parle à Dieu dans la tempête ; et les résultats de sa prière sont le patrimoine du genre humain.

Christophe Colomb, le plus inondé de gloire parmi les hommes de bonne volonté, projette continuellement le surnaturel comme la respiration même de son obéissance. Investi de la plus prodigieuse de toutes les missions, sa bonne volonté est en équation parfaite avec 3on mandat et tous les actes naturels de sa vie ont un retentissement immédiat dans Tordre surnaturel le plus élevé. Chargé de réaliser l'événement le plus considérable qui se soit accompli depuis la Pentecôte et ]ui doive vraisemblablement s'accomplir jusqu'à la [in des temps, l'Inventeur de l'Amérique arrive le Sixième depuis six mille ans que Dieu fait des hommes. Le Comte Roselly de Lorgnes qui rencontre ici le sublime, n'hésite pas à tracer cette ligne de fronts quasi iivins : Noé, Abraham, Moïse, saint Jecûi-Baptiste^ saint Pierre... Christophe Colomb I On voit que Taaecdote du pilote génois devient une histoire assez grandiose.

Un étonnement Immense est réservé à tous ceux que

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