‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 21 sur 85 · V. Append. D · texte numérisé non relu

V. Append. D

l^ LE RKYBLATBUR DU GLOBE

la couleur hagiographique de ce livre n'épouTantera pas. Ils y trouveront ce que nul ne s'était avisé de chercher, jusqu'en ce dernier siècle, dans la vie très ignorée et criminellement travestie de cet incomparable naTîgatour. Ils y trouveront la SAINTETÉ avec son triple caractère de prédestination, d'édification et de contradiction. Miùs, par-dessus tout, ils y trouveront, à toute |Ki^\ le signe de la plus prodigieuse exception.

S.ins doute les saints ne se ressemblent guère et Dieu A su rt- pandre Tinfinie variété de sa magnificence dans iWtO innombrable armée de ses amoureux persécutoiirs. Chacun d eux éclate, à sa façon, dans le ciel, avec K*r.u> SA per^mnalité glorifiée, éternellement singulier cî iMsscniMable de tous les autres. C'est un firmament p.us x.s>te ei plus lumineux que le firmament visible ci àl^r.t UMitos les êtiùles noyées dans la même irradiaiiov. V;,^ti:ique demeurent néamnoins épouvantable- ■,**'.., tîisuiiîos les un€s des autres par Tétemelle spé- .*;.^V;«; ,;o lev.r .'imouT. Mais, ici, c'est l'inouï dans la ^^^c, ..^*.îc cî Vo\cop*àv>n dans roriginalité même.

i.^,n^^^;^he iV-ionib r.e décou\Te pas seulement le N,s;>i\^;; Monde sur «a terw. il le découvre jusque dans ;c , ;/ i 'csî ;e plus exiraordinaire de tous les insensés »^c ..^ \.\ A cî ie paîs unique de tous les extravagants ,. A.. V. l>.>oiivc *^o sAîr.: Paul et de* deux saints Jean, ,v r.vv,'^ \^ ^V^c iic '.A i><-i\, jusqu'à déconcerter les p - . . , ,. js.. Y*> */;;'ïv.>ir> ôo Thsciocraphie. Cet in-

N «s . i^,\v«Ci;r .îc C7.v!\ lU^nno l'imagination chré-

.. ,s, .;,;;,; Ciu* '.c ;V;:.:r:Ar et foudroyant Apo-

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XI et XII de la seconde épttre aux Corinthiens offrent à cet égard les plus saisissantes analogies. Qui a souffert plus de travaux, plus de blessures, plus de prison, plus de dangers de mort, plus de flagellation, plus de lapidation, et plus de naufrages? et cela quatre siècles encore après qu'il a cessé d'exister parmi les hommes. A l'exemple du prédicateur de la Folie sainte, Christophe Colomb a été souvent en voyage, en danger sur les rivières, en danger des voleurs, en danger de sa nation, en danger des Gentils, en danger dans les villes, en danger dans les déserts, en danger sur la mer, en danger parmi les faux frères ; dans les peines, dans les travaux, dans les veilles, dans la faim, dans la soif, dans les Jeûnes, dans le froid, dans la nudité, et, pardessus toutes ces' choses extérieures, il est encore assiégé tous les jours par les soucis de toutes les églises. Je sais bien que ce que Je dis là va paraître insupportablement extravagant et que Je m'expose à l'accusation d'exagérer.

Ah 1 Pexagératiùn, ce mot des Iftches et des niais, que les hommes jetteront perpétuellement à la figure de quiconque aura l'audace de leur parler avec fermeté de quoi que ce soit I Les gens de cœur doivent le connaître ce mot d'une si abjecte puissance de négation. Le nolumus hune regnare ne s'adresse pas seulement à Notre- Seigneur Jésus-Christ^ mais à tous les fronts couronnés d'épines et surtout à ceux-là qui saignent le plus. Et quel h(MQ[ime fut plus couronné d'épines, plus roulé dans le buisson ardent de l'apostolat que Christophe Colomb qui donna la moitié du Globe à la sainte Église et qui, trois cent cinquante ans après sa mort, n'avait pas encore trouvé la moitié d'un écrivain catholique pour

lOJ

LB REVELATEUR DU OLOBft

raconter cette largesse I Mais le Dieu de tous les sais'' avait faim et soif de justice, il ne pouvait pas attendi* plus longtemps ; et cet historien est enfin venu.

Le Comte Roselly de Lorgues n*a pas eu peur f lEer jusqu'à Textrémité de l'exactitude historique et, a présence du plus majestueux ensemble de faits sonu^ turels dans une vie où Thérolsme déborde à chaque notant rhumanité, devant l'indifférence ironique ou $tcpide du monde entier et le mutisme expectant de la sût Église, il a osé conclure nettement à la sainteté telleftf l'Église Tentend et exige qu'on la démontre quandilsipt de mettre une poignée de poussière humaine sur ses» tels. Heureuse audace assurément puisqu'elle a réosi' L'Église qui est le ciel sur la terre ne hait pas qu'on fe fasse violence. La Papauté accueillit favorablement («ttf solitaire postulation de la conscience d*un chréti^ àx^ sans autorité; et elle reconnut magnifiquement à ff chrétien, — tout laïque qu'ilfût, — les droits etlemaaii! officiels de Postulateurde la Cause dont il avait eul"k* neur de solliciter, le premier, rintroducUondenotli Sacrée Congrégation des Rites.

Maintenant nous allons regarder aussi rapidement^ possible la vie et la grande personnalité de Christopk Colomb à travers sa magnifique histoire telle queo:* Ta donnée le Comte Roselly de Lorgues. Seulemeiïi^ n'est pas inutile d'avertir que ce livre ne peut êtreifl^ ligible et croyable qu'à la condition d'avoir aupanvc^ nettoyé son cœur et sa mémoire des honteuses èlîfc'i^" Drations du protestantisme et de la Libre Pensée. E^''' déshonorant que les catholiques aient abandonné llû^ toire d'un grand nombre de faits essentiels pour l'Ègï" se et pour le monde à de viles plumes protestanteï o:

philosophiques, et^ cependant, il en estlamentablemen. ainsi. Pendant trois siècles, les portières de Gaïphe oni écrit tout ce qu'elles ont voulu et, il faut bien le dire, les plus zélés serviteurs de Jésus-Christ n'ont pas toujours attendu le chant du coq pour trembler devant la canaille. Le mot célèbre de Joseph de Maistre n*est certes pas trop fort, on pourrait môme y ajouter et ce n'est pas toujours aux ennemis de l'Église qu'on manquerait de respect. Christophe Colomb ne serait sans doute pas aussi sublime si on ne Tavait pas tant renié. Autour d'un front de martyr, il n'y a rien d'aussi beau que le nimbe d'une obscurité assez profonde pour que Dieu seul ait le pouvoir de la dissiper. Ce moment est enfin venu pour Christophe Colomb. Le Comte Roselly de Lorgues a fait pour lui ce que ce grand homme a fait pour la moitié de la terre. Il nous Ta découvert. N'eût-il fait que cela, c'est assez pour ne pas mourir. Protestants et libres penseurs peuvent désormais se mettre à cent mille et capitaliser leur venin, ils ne prévaudront plus contre la mémoire du Messager de l'Évangile, de la Colombe portant le Christ I

LA COLOMBE PORTANT LE CHRIST 1 Commua Christum ferens ! Aucune chose en ce monde n'est livrée au hasard, et la divine Providence n'est nullement étrangère aui noms que) doivent porter les chrétiens jusqu'à leur dernière heure, et sur lesquels ils seront crucifiés ou exaltés selon le caprice de llnconstante populace humaine. Presque toujours nos noms enveloppent et déterminent nos destinées. Même au point de vue surnaturel, il n'est certes pas indifférent de naître Bourbon ou de naître Turcaret. Ce que Ton appelle la lignée n'existe pas seulement sur les parchemins aristocratiques ou sur les registres de Fétat civil, c'est surtout une réalité dans nos âmes. C'est une réalité psychologique des plus pressantes et des plus invincibles. C'est un décret providentiel dont le quatrième commandement nous montre assez clairement la portée véritable dans le temps et dans l'éternité. Patrimoine d'honneur ou de honte, la vie morale en dépend à un tel point que le symptôme le plus évident de notre abaissement démocratique est précisément la négation de ce signe naturel de la solidarité des familles.

«^n^!» vetip^ xpsk 't i ii iUBi ii r r îTaRrra: :»■& flanœ je u fit >^<»miuic 'i^» tcnes^ ^"taûBsir f iznrxiTœ*saîBuâi&

pph^ fjfAnmh. B^sil tf i y ii mi i^r dfgiy &f «1 telle >; r«k T fAw mt u €6 anffii pmi ée> fines ^ue p«abie #:^.tt^ ^^HbertH&Mi. rime d» pt«$ miîeiBK assurémeit #}0V^ f^imiMr Km ea «fnelqiie Ime que ce soit. Les jofr eMrtrr ^rfi^ipsif^tes de la critiqQe moderne ne nuB- $\$i^fffA {MMf Afi te trmiTer très enfantme. mais les dirêii^m^ Hn Jfigerrmt autrement : et rhistoire de CcricHiib, je YhS rlH« n'f^ intelligible que pour em

Of/îni« ou Réprohns, Syrien de naissance, disent le? hnyUtifjfiphftfi, était un païen dune taille gigantesque fd fViiu !iH\9f'rX terrible qui avait résolu de ne mettre sa forr'/i; qu'au «crvicc du plus puissant roi de la terre. Apr/îH rllv/TH voynjffîs et diverses déconvenues, le naïf KAantllnlt par H\'ip(;rcc voir que les plus fiers avaient peur 'lu dl/ihhwft que le (li;iblo, — qu'il eut un instant la

LE SKATITKTR DE DIKT 10s

pensée de servir — tremblait lui-même au Nom de Jésus-Christ et à la vue de sa Croix. Il se fit donc chrétieo et fut baptisé à Antioche sous le nom de Porte-Christ [Christ ophùrtis). Après de laborieuses prédications accompagnées de miracles, il fut enfin arrêté et souflrït le martyre pendant la persécution ' de Temperem Dèce.

Son culte se répandit presque aussitôt dans Tunivers chrétien. Une croyance ancienne attribue à ce saint k pouvoir de détourner immédiatement tout malheur ou tout accident fâcheux et la piété chrétienne Ta mis au nombre des quatorze auxiliateurs ou apotropéens avec lesquels il partage ce privilège (1). Il était généralement admis au moyen âge qu*on ne pouvait mourir subitement ni par accident pendant la journée si Ton avait vu une image de saint Christophe. Christ ophortmi videos, disait un vers léonin passé en adage, postea tutus eas : c Regarde saint Christophe et puis va-t'-en tranquille. » Or, pour que la bienfaisante et miraculeuse statue fût aperçue du plus loin et par le plus de fidèles possible, on lui donnait une hauteur prodigieuse. On la plaçait poui la même raison aux porches des cathédrales ou à l'entrée des églises. Notre-Dame de Paris a possédé jusqu*en 1786, en ex-voto, une effigie colossale du Porte- Christ de 28 pieds de haut qui s*adossait, comme une tour elle-même, turris ipse, contre le gros pilier de la

1. Apoiropéeny du grec k-cvc^kw^ détourner. Dans la mythologie grecque, on appelait apotropéens certains dieux protecteurs, tels que les Averrunci des Latins. Lire Tintéressante brochure de M. Adrien Péladan, publiée à Nîmes, chei Tauteur, en 1880: Saint Chrietophe^ sa vie, son ct&lte^ ses miracles. Ce travail très complet donne toute la bibliographie et toute Ficonographie du saint martyr.

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tour de droite. Le grand nombre de lieux consacrés à saint Christophe par toute TEurope atteste encore le crédit extraordinaire de ce martyr.

Voilà pour Fhistoire authentique et le culte pur et simple. Voici maintenant pour la légeude et le coite symbolique, J^éntends par là ce que l'esprit moderni

méprise, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus profond.

Ce même saint, de Réprouvé devenu Porte-Chruty s'installe au bord d'un torrent et passe les voyageurs sur ses épaules pour être agréable à son nouveau maitre, en le servant selon son pouvoir. Un jour, il entend une voix d'enfant qui l'appelle par trois fois : « Christophe, viens dehors et passe-moi. » 11 sort de sa demeure, charge l'enfant sur ses épaules, prend son bftton et entre dans l'eau. < Et l'eau s'élevait peu à peu, dit la Légende dorée, et l'enfant pesait sur les épaules de Christophe d'une manière excessive et son poids augmentait toujours, de sorte que Christophe commença à avoir peur. Et, quand eniln^ il eut passé la rivière et qu'il eut déposé l'enfant sur la rive, il lui dit : « Tu « m'a mis dans un grand péril, enfant, tu m*as sur- « chargé d'un si grand poids qu'il me semblait que si « j'avais eu le monde entier sur mes épaules je n'au- « rais pas eu un plus lourd fardeau. » Et Tenfant répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, car non « seulement tu as eu sur tes épaules le monde entier. « mais encore celui qui a créé le monde ; car je suk « le Christ, celui pour lequel tu accomplis l'œuvre que < tu as entreprise ; et, afin que je te donne un témoî- « gnage de ma parole, plante ton bâton dans le sable « et, demain, tu verras qu'il s'est couvert de feuilles et « de fleurs. » Et aussitôt il disparut. Christophe en-

fonça son Mton dans le sable, et le lendemain il le yit fleuri comme un palmier et couvert de dattes. »

Cette légende singulière a été fixée dès les temps les plus anciens par Ficonographie chrétienne dans toutes les contrées où le culte de saint Christophe s*est établi. Peinture ou statuaire, saint Christophe est représenté sous la forme d'un géant portant Fenfant Jésus sur ses épaules, passant la mer sans être complètement mouillé et s'appuyant sur un tronc d'arbre verdoyant orné de sa cime et de ses racines (1).

< Assurément, dans cette image du confesseur de la foi, rien ne rappelle Tapostolat ou le martyre. Cette représentation n'étant nullement applicable aux événements de la vie de saint Christophe, évidemment elle ne saurait porter que 'sur son nom. Or, on a donné à ce nom, réellement symbolique, une expression qui ne pouvant concerner le passé, nécessairement alors regarde l'avenir.

1. La tradition qui fait traverser à saint Christophe un simple fleuve paraît être d*origine germanique. «Pour trouver Tezacte re> présentation du colosse emblématique, dit le Comte Roselly de Lorgnes, il faut chercher aux pays méridionaui. Là, saiut Christophe est bien le géant qui porte Jésus et passe la grande mer, n'ayant de Fean que jusqu*à la ceinture, tenant en guise de bâton Tarbre mystique à transplanter, ou même ayant à la main la Croix qu'il va porter de l'autre côté de la mer. Le saint voyageur est tellement revètiz de ses attributs de missionnaire qu*il tient appendue à sa ceinture la gourde du voyage...

« Et il est si naturel de voir dans la mission catholique de Colomb Texplication de la figure de saint Christophe, que le premier géographe de Tépoque de la Découverte, Juan de la Cosa, en achevant de dessiner la carte du Nouveau Monde et de montrer le moderne progrès géographique dû à Colomb ; au lieu de nommer le vainqueur de la mbr tbnébrbusb, se contenta de peindre l'image symbolique du saint qui porte le Christ à travers la mer. A ses yeux la prédiction contenue dans cette religieuse figure était enfin réalisée. »

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< Ce fait implique forcément l'existence d*une pn^ phétie depuis longtemps mystérieuse dont on ignore à présent Torigine, mais sur laquelle a été nécessairemeD-. construit le type sculptural de saint Christophe, tel qw le produisit d'abord FOrient, et tel que le conserve encore le midi de TEurope chrétienne. De là, il est penni5 d'induire que cette prophétie fut peut-être contemporaine du martyre de saint Christophe. Il ne serait pas impossible que cette figure fût littéralement la reproduction en pierre de la prophétie du saint qui, le premier, prit le nom de Porte-Christ, et aurait annoncé qu'un jour un grand homme, portant aussi le Chri^1 dans son nom, transporterait effectivement la loi de Jésus-Christ à travers la mer Océane. Ceci expliquerai comment le génie oriental, donnant au saint martir l'emblème du saint voyageur annoncé, a taiUé un homme colossal, en rappori avec son œuvre gigantesque. Par une exception unique dans l'iconographie sacrée et les usages du culte, la piété populaire adopta ces attributs figuratifs de l'avenir. UÉglise a donné asile aux colossales efSgies de saint Christophe, qui, en rendant hommage au géant martyr de la foi, représentaient l'Apostolat futur d'un grand homme qui porteraii le Christ.

« Pour tout esprit sérieux, il devient évident : i' qu'une tradition mystérieuse a occasionné la figure de cette statue symbolique annonçant l'avenir, au lien de rappeler le passé ; et pour cela dépouillée de tou> les souvenirs de la vie apostolique et de la palme martyréenne de saint Christophe, et le représentant uniquement là surtout où il n'alla jamais, sur la mer ; lui faisant traverser les flots, tandis qu'il n'évangélisa que

sur la terre; 2^ que la connaissance de cette prophétie, cause de Teffigie colossale, s'étant perdue, on a postérieurement composé sur Teffigie elle-même une légende pieuse qui a subi des altérations et reçu des variantes selon les temps et les lieux. Il demeure certain que rOrient fut l'origine de cette tradition, et que^là, s'élevèrent les premières églises et les premières statues de saint Christophe.

< Décomposons Temblème ; les détails nous feront trouver aisément la signification de Tensemble.

< Ce saint géant est un très grand chrétien, un héros du catholicisme. — Il porte au delà de la mer Jésus enfant, c'est-à-dire Taurore de TÉvangile sur la terre nouvelle.' — Le petit Jésus tient en sa main la boule du monde surmontée de la Croix. Cette sphéricité du globe résume d'avance le système entier de la Découverte. — La Croix surmontant le globe annonce Teffusion de rÉvangile parmi tous les peuples, — Le Géant catholique, le front ceint de l'auréole, indice de la sainteté, s'appuie, en traversant les flots, sur un tronc d'arbre florissant, portant des feuilles et des fruits, qui rappelle à la fois la verge fleurie d*Aaron, la racine de Jessé, le tronc de l'arbre du Salut, ce bois qui a sauvé le monde. — Il est à noter que cet arbre porte au sommet des pahnes dattifères, caractéristiques de l'Orient, et au bas, des racines chevelues, image de la transplantation, de la culture nouvelle. — En outre, la vieille devise latine de saint Christophe, exprimant la bonté de cet apôtre géant, à douceur de Colombe, et la Bonne Nouvelle dont il est porteur, dit : Oui tb

MANE VIDKNT, NOCTURNO TEMPORE RIDENT. CCS paroleS,

évidemment, impliquent le mouvement futur, le voyage

110 u aiviiAtHnt db euoBs

à wnir. et ne pearnlen laeune sorte se rapporter aa

« n est à rmarfoer, dit, en terminant, le Gomte R^ ^Hy de lATgu». que, depuis la DéeouTorte, les statues de satnt Christophe sont moins colossales et ses chapelles moin$ nombreuses qnVrant cette époque. On conserve colles qui esdsiaient : on en érige rarement de non- \ elles $%ms $on vocable. Maintenant, la gigantesqne effl- (rto a re<(n $on espHcalion. Dé sorm ais, on peut rendre au martyr syrien la palme de son triomphe^ la comonne de Ha victoire. Il noos reste seulement à vénérer en lui le u^aHyr de JéCTS-Christ, et probablement l'iste\ir wu r^HHNi^jtoi de celte prophétie mystérieuse que t^vlomb. le Rf^viHateur du Gtobe, ftit chargé d^àooonh pUr vt^x ♦

Ht Christophe Colomb pouvait être grandi, comUen iH^tto im^ph^tie écrite le long de dix siècles dans le bois ou dans la pierre ne le grandirait-elle pas I Je dirai pins luin (Hm\ment de fdeux et savants interprètes ont âi8tin^ tement aperçu Tluventeur du Nouveau Monde à travers le« t^ulgu^es et les figures du Saint livre. Mais, dans une dtH^IAlé qui ne sait plus ce que c*est que la Parole de iMeu» iH^tte espèce de vaticination archéologique doit avi^lr une pinrlih?^ plus grande et pénétrer un plus grand nombre d'esprits. Pour moi> qui ne répugne pas an merveilleux, je ue me sens pas infiniment éloigné dV cepter comme historique le récit naïf de la Légende (tot'ée et de cn^lre que la prophétie conjeciwrée par le sagace historien est simplement cet épisode de la vie du

l. Uistoit"^ d^ Ja i^i^ et d^s vo^^y^s d<: Chi-istophe Colomb, p^r

gigantesque passeur de rEnfant divin. La circonstance du fleuve au lieu de la mer a peu d'importance au point de vue symbolique, puisque, dans les deux cas> il s'agit de porter Jésus au travers d'une eau quelconque, mais d*une eau ennemie et qui ne peut être vaincue que par la force colossale du bon géant.

Quoi qu'il en soit, il est permis de demander quel bomme bistorique, quel béritier de gloire, quel naissant couronné, quel porpbyiogénète fut jamais de plus grande race que celui-là? La transmission pbysiologique d'un sang plus ou moins pourpre ou azur n'est pas absolument tout pour des penseurs spintualistes et providentiels. Au-dessus de la race pbysique, ils admettent encore une mystérieuse lignée des &mes à la manière *de la postérité d'Abrabam, ou, plus profondément encore, à la manière de saint Jean-Baptiste renouvelant le propbète Élie, dans Yesprit et dans la vertu de leur commune prédestination.

Cbristopbe Colomb a écrit lui-même : « Je ne suis pas le premier Amiral de ma famille. » Il aurait pu dire tout aussi bien qu'il n'en était pas non plus le premier prince, ni le premier propbète, ni le premier apôtre, ni le premier martyr et envelopper ainsi d'une seule étreinte d'amour filial l'imperceptible groupe des plus sublimes créatures bumaines. Assurément, cet Amplificateur de la Création n'est d'aucune façon le fils du Hasard, comme voudraient le faire croire les misérables Enfants-Trouvés de la Libre Pensée qui ont imaginé de supprimer la Providence pour écarter les inconvénients divins de la Réversibilité. Celui qui devait être l'Ambassadeur de Dieu et le Héraut de Jésus-Christ est venu au monde en son temps et à son heure comme

^ iJÉÉ^liiTifi' L

Les premières annéçs et la jeunesse de Christophe Colomb sont assez obscures. On sait seulement d'une manière certaine, qu'il naquît à Gênes (1) et que son père, Dominique Colomb, homme très pauvre et de rare vertu, frappé de l'intelligence extraordinaire de son fils, s'efforça de seconder la nature et de lui procurer l'instruction la plus complète qui se donnât alors. On ignore quels furent ses maîtres à l'Université de Pavie où il l'envoya et le profit que le jeune intuitif put

1. On sait qu'un assez grand nombre de YiUee ou yiUages ont absolument voulu être la patrie de Colomb. Savone, Caearro dans le Montferrat, PradeUo dans le Plaisantin, Oneglia, Finale, Boggiasco, Cogoletto, Quinto, et Nervi dans la Rivière de Qénea, ont été successivement ou simultanément éloquentes dans ce sens par la voix de leurs archéologues ou de leurs aubergistes. Cette prétention est simplement comique, mais ce qui lest énormément, c'est le récent travail d'un certain abbé Casanova, tendant à établir que Christophe Colomb est né en Corse. Cet abbé est peut-être le seul Corse aimé du journal le SièoU, lequel a publié sa petite scolie patriotique. Dans l'acte d'Institution de Majorât, fait le 22 février 1498, au proût de sa descendance, le grand Amiral extermine toute cette science en quelques mots : « Siendo yo nacido en Genova, dit-il, ciudad noble y poderosa por la mar. » — « C'est de là que je suis sorti et c'est là que je suis né, « délia lali, y en ella naci •»

114 LE RÈviLATEUR DU OLOBÏI

retirer de leur docte bavardage (1). A FAge de quatorze ans il était déjà marin et il le fut toute sa vie. Un précoce amour mystique de la nature qui le portait & la contemplation des œuvres divines et un secret instinct de découvertes géographiques lui firent préférer la mer aux travaux sédentaires et monotones de sa famille. Des hommes de son nom et de son sang s'étaient d'ailleois illustrés dans la marine militaire, c J*entrai tout petit i la mer, écrivait-il dans sa vieillesse, pour m'adonner i la navigation et j'ai continué jusqu'à ce Jour. Cette ca^ rière porte qui la suit à vouloir pénétrer les secrets de ce monde... Quoique je sois un très grand pécheur, li compassion et la miséricorde de Notre-Seigneur que j'ai toujours implorées^ couvrant mes fautes, m'ont tout à fait comblé. J'ai trouvé la plus suave consolatioi

1. L'antique Université de Pavie, au bout de quatre siècles, i'm enfin avisée de la gloire de Christophe Colomb. Cette TÎeUle mère s'est souvenue du plus illustre de tous set* flls et s*e8t décidée à Iii élever un monument en vue d'éterniser le souTenir dea deux ot trois années pendant lesqueUes elle allaita renfance da Tainqw de la mer Ténébreuse. Je ne connais pas la yaleur esthétique de ce monument. Les universités italiennes ne sont pas des piinessM d'Esté ou de Médicis^ et, d'ailleurs, le temps actael n*est pas à U magnificence. Je sais seulement qu'un butte de Colomb sonaonts o reliquaire de marbre, au centre duquel es trouve enfermée uns pvcelle des ossements de l'Amiral, offerte par S. Eao. rarcheTéqse di Banto-Domingo. L'inauguration de cette effigie a eu Ueu le 18 jvii

Quelque misérable que puisse être cette féts aa point de yiis ds U gloire catholique de Colomb, elle a, du moins la Taleor d'an témoignage à ajouter à une multitude d'autres en fisTear du plu sublime des Méconnus, après plus de trois siliclss d*obseiii«isitments et d'injustice. C'est quelque chose comme le retour delà conscience humaine prodigue. Cet événement de pea de portée tan ceci d'heureux qu'il servira à fixer authentiqiMmsnt un point cootesté de la vie du grand homme. Les moindres particularités dsTienBeit des choses très graves aux yeux de l'Église, quand U s'agit ds U einonisation d'un saint.

LE SBRTITftUR DB DIBU 115

à mettre tout mon soin dans la contemplation du merveilleux aspect de son œuvre, »

La première fois qu'un document historique permet de saisir sa trace^ il navigue sous le pavillon français. Il est déjà homme de mer et Tun des ofQciers du fameux Colombo, son grand-oncle qui commandait une flotte pour le compte du roi René contre le royaume de Naples en 1450. Vers cette époqueje roi René lui donnait un commandement personnel. Il guerroya quelque temps sur mer et c*est à Fissue d'un combat terrible en plein Océan et son navire ayant pris feu, qu'il dut se jeter à la mer et franchir à la nage l'énorme distance qui le séparait de la côte du Portugal où il aborda miraculeusement vers 1470. Il achevait alors sa trentetroisième année. A ce moment, commence, à proprement parler^ sa merveilleuse histoire.

Comme il serait ridicule de prétendre tracer ici une biographie détaillée et complète, nous allons presser les événements. Marié h Lisbonne peu de temps après son naufrage, à la fille d'un gentilhomme italien sans fortune, il dut interrompre ses voyages et se mit à faire des cartes et des manuscrits pour assurer le pain de chaque jour. Le Portugal était alors le pays des audacieuses expéditions de mer. Une immense curiosité portait aux découvertes lointaines un grand nombre de navigateurs. Madère et les tles du Cap-Vert avaient été rencontrées. D'année en année, les Portugais s'avançaient sur la côte occidentale de l'Afrique. Colomb, providentiellement porté, malgré lui, au centre des idées qui devaient agrandir ses vues, acquit des notions de plus en plus avancées sur l'Océan et les régions du Midi. Le pressentiment humainement inexplicable de

llr> LE BÉYBLATEUR DU GLOBK

sa Mission grandissait alors, silencieusement en lui. Quelque temps après son mariage, il eut occasion de reprendre la mer et de faire quelques voyages aux îles les plus avancées dans TAtlantique et put ainsi étendra le domaine de son expérience et Téchelle de ses con3^ " paraisons. Dès l'année 1474, sa détermination d*aller -^ la découverte des terres qu*il pressentait exister dan. ^

rouest était arrêtée. En 1476, ayant atteint sa quarai ^'

tième année, il résolut de tenter la réalisation de sor=:^ï^ plan. Pour cela, ses yeux se tournèrent naturellemec^Kit vers sa patrie. Les témoignages les plus positifs vent qu'il s'adressa d'abord au Sénat de Gènes. Mai les raisons cosmographiques sur lesquelles il 8*appuyai ne pouvaient être bien appréciées des nobles membre-^^^ de cette compagnie. Les progrès que faisaient chaqu -^^ jour les Portugais dans la géographie ne les avaiea^c^^ pas encore atteints.

Refusé par Gônes, Christophe Colomb passa, dît-on, S^ ^ Venise où il ne fut pas plus heureux. Il s'adressa alorsr-*'^^ à Joam II, roi de Portugal. Ce prince, qu'on surnom— ^' mait le Parfait y à cause de sa grande pénétration^ dis — ^' cerna bientôt dans la personne de Colomb et dans ses^ ^^ propositions quelque chose d'immense et de supérieur.. '^'^^' Mais les conditions posées par ce dernier lui paraissant* -^^ inacceptables, il ne se détermina pas sur-le-champ, Une^^ ^ commission scientifique — hélas ! il en existait déjà,^ -*' — fui chargée de l'examen de son plan et, naturelle- — ^^ ment, conclut au rejet de cette nouveauté, toutefoiîg=^ ^^ sans pouvoir convaincre le Roi que l'énormité des pré^ — - '^' tentions de l'Inventeur emp<}chait, seule, de tenter:^ ^ renlreprise. Après d'assez longs délais, un des con^ — - -" seillers lui suggéra le moyen de concilier son désir -^

d'expédition avec ce qu'ils appelaient la dignité de la couronne. Ce moyen consistait à munir secrètement du plan et des instructions de Colomb un bon pilote portugais et à renvoyer à la découverte dans la route indiquée. Connaissance prise de la terre que cherchait cet étranger, on ne serait plus obligé de lui accorder une bien grande récompense. Le Roi eut le malheur de consentir à cette félonie.

Ici, le Surnaturel d* exception, le Surnaturel particulier à la Mission du Révélateur, fait apparition dans son histoire. Colomb fut invité à déposer sans retard le détail de son projet avec les preuves à Tappui, en un mot, tous les moyens d'exécuter son entreprise. Aussitôt un des plus habiles capitaines de la marine portugaise fut dépêché vers TOccident. Mais ce qu'on n'avait pu ravir à lHomme de Dieu, c'était le don mystérieux, reçu d'en haut, pour l'accomplissement de son œuvre. Le succès était providentiellement attaché à sa personne €t LUI SEUL pouvait découvrir le Nouveau Monde. On comprit cela beaucoup plus tard.

« La personne de Colomb et sa découverte, dit le Comte Roselly de Lorgnes, étaient les deux termes d'une céleste mathémathique. » Jtien ne suffisait, humainement, pour la découverte. 11 fallait la personne de celui qui portait, inscrite jusque dans son nom, cette vocation miraculeuse. Je sais que cela est tout à fait incompréhensible et, par conséquent, tout à fait absurde pour la plupart des hommes de ce temps d'égalité, qui, voulant ressusciter l'antiquité en haine du christianisme, n'ont réussi à substituer au polythéisme païen qu'un polythéisme ridicula de vanités exaspérées et impuissantes. 11 faut être trois fois docteur pour savoir aujour-

118 LS BÂriULTIUR DU OLOBB

d'hui ce que c*est que la persomie humaine, celle pgantesque royauté solitaire que l'Égalise avait reconstruite tout entière des reliefs déshonorés du festin de Tantale, ramassés dans le sang du Fils de Dieu. La personne humaine n*est plus rien désormais qn*uBe unité mathématique sonsFayéugle despotisme dn Nombre.Que voulez-vous que comprenne aux Yocations surnaturelles et aux divins esclavages de l*amoor, cette abjecte esclave de Topinion^ et qu'espérez-vous produire en elle en lui parlant de sa grandeur et des ëte^ nelles particularités de sa prédestination ?

Le navire du traître monarque, épouvanté de l'immeih site de r Atlantique, et d'ailleurs battu par la tempête* rebroussa chemin et retourna honteusement d'où fl était parti. Le Révélateur du Globe, profondément ulcéré de cette déloyauté, réalisa secrètement ce qui pouvait lui revenir du chef de sa femme morte depnii peu et, vers la un de 1484, s'enfuit de Lisbonne avec son jeune fils Diego. Quelques années après, Joam II, içpre nant que Colomb était en instance à la Cour de ùnr tille et pressentant Fénorme perte qu'allait faire a couronne, voulut renouer les négociations au point oà elles avaient été interrompues et sur le môme pied de grandeur. Tout fut inutile, le Portugal jierdit U moitié du monde.

Il y avait alors à une demi-lieue de Palos» en vue de rOcéan, un humble monastère de Franciscains dédié à la Mère de Dieu. Il s'appelait Santa-Maria-de-la-Rabida. Ce monastère, maintenant abandonné, est peut-être destiné à devenir, quelque jour, un lieu de pèlerin^ pour toute la terre, car c'est là que fut élaborée devant Dieu, dans le silence amoureux de la prière, la plo>

grande pensée de la chrétienté. En juillet 1485, le Père Gardien de ce couvent, frère Juan Ferez de Marcheûa vit arriver un voyageur accompagné d'un petit enfant, venus tous les deux à pied. Ge voyageur fort écarté de sa route, demandait un verre d'eau et un peu de pain pour son flls. Interrogé, il répondit très simplement qu'il venait d'Italie et qu'il allait à la Cour voir les Rois afin de leur communiquer un projet important. Le Père Gardien, vivement int^ssé, engagea rétranger à entrer dans le clottre pour s'y reposer un peu. Ge voyageur était Christophe Golomb. A dater de cette rencontre, le patriarche des Missionnaires appartient de droit et de fait h la famille franciscaine dont il porta le saint habit jusqu'à son dernier jour. Frère Juan Pérez n'était pas un homme ordinaire. La reine Isabelle dont il avait été quelque temps le confesseur, ne l'estimait pas seulement comme religieux d'une sainte vie, comme guide spirituel et grand théologien, elle* le tenait pour habile astronome et excellent cosmographe. Une sainte intimité s'étabUt entre ces deux hommes que l'histoire ne séparera plus (1).

Christophe Golomb reposa son corps et son &me dans oette maison de paix. Il y travailla à son perfectionnement intérieur. Il voulait par la prière^ la pureté^ devenir moins indigne d'accomplir l'œuvre immense

1. Le monastère de la Rabida, presque entièrement ruiné, a été restauré, en 1855, par les ordres et aux frais personnels de Mgr le inc de Montpensier. Autant que possible la cellule du P. gardien luan Ferez de Marchena a été rétablie dans son premier état. On j 7oit le portrait de Christophe Colomb et quatre tableaux retraçant les scènes principales de sa vie. Il est infiniment honorable pour ce srince d'Orléans d'avoir payé, au nom de la France, la dette d'hon- MUT qu'oubliait d'acquitter l'Espagne.

120 LE RÊVBLA.TBUR DU GLOBE

dont il se sentait chargé. Indubitablement, ce fut là qull acquit cette connaissance variée desœuvres théologiques dont il fit preuve depuis. Tout homme du monde qull était encore, il aspirait du fond de son cœur à célébrer la gloire de Jésus-Christ. Le franciscain reconnut en lui la marque d'uiïe élection providentielle. C'est pourquoi il s'intéressa à sa destinée et s'y attacha d'un dévouement qui ne finit qu*avec lui-même. Touchant et poétique épisode de Fexistence la plus surhumaine qui fut peut-être jamais ! Le souvenir de cette retraite et de cet ami dut réconforter plus tard le navigateur de Dieu, dans les solitudes et les abandonnements de sa Mission. Le Sacrement était loin alors; Tappel religieux d'aucune cloche n'arrivait plus à lui à travers les espaces bouleversés de l'immense mer, et cette Ame chrétienne, plus immense et plus solitaire encore, dut avoir à souffrir les pesantes agonies et les noires tentatious de la méiancoUe des exilés. Âh ! Dieu fait les grands hommes à la taille de leur destinée et il mesure pardmonieusement les consolations terrestres à ces enfants gâtés de la douleur ! . . .

Christophe Ck)lomb prit enfin congé du vénérable Gardien et se mit en route pour Gordoue où résidaient alors Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Gastille que leurs sujets et l'Europe contemporaine désignaient déjà sous ce seul nom magnifique conservé par lliistoire : les Rois Catholiques î

-V son arrivée en Espagne, en 1485, CShristophe Colomb v^t environ cinquante ans et commençait d'être un rielllard. « Panni les contemporains, trois écrivains s^rlont nous ont laissé de sa personne trois descripttoBs diaprés lesquelles il est permis de s'en former une ^d^etrèsiçpTOximatîve. Ce sont: — d'abord, son second Ws, don Fernando Colomb, devenu son biographe ; — Puis, rarohichronographe impérial Oviedo, à qui ses '^UcUons de page de llnfant don Juan permirent de l'af^ïcevoir souvent ; — et enfin, le célèbre Barthélémy "*s Casas, lequel, ainsi que son père, en avait reçu des ^tités personnelles. Chacun de ces historiens dont ^cun n'a copié les autres, fait à sa manière le signalement plutôt que le porirait du grand homme. Toutefois ^Virs détails trop abrégés, se complètent par d'autres -^naoignages qui ont aussi leur importance : tel est ce- ^ du Milanais Girolamo Benzoni, qui visita le Nou- ^^u Monde pendant que les souvenirs de son Inventeur

"Vivaient encore, et put s'y entretenir avec nombre de '^ïis ayant jadis servi sous ses ordres. Les historiens, '^ parfait accord sur la physionomie de Colomb, la for-

122 LS RBVBULTEUa OU OLOBS

me de ses traits, la couleur des yeux, le teint, la dietelure, diffèrent quelque peu au sujet de sa taille. Cependant des renseignements précis devaient exclure le plus léger doute. Christophe était d'une taille élevée, cdi est certain. On sait d'ailleurs que llntrépide Barthéleoay Colomb^ doué d'une constitution athlétique^ par conséquent d'une stature assez haute, était moins grand que son fr^re atné. Las Gasas^ qui les connaissait ïn et Tautre, le dit positivement (1). »

Je voudrais, en m*aidant de ces données .malheureusement incomplètes et du portrait attribué à Antonio del Rincon, évoquer cette auguste physionomie foe rÉglise catholique va peut-être proposer à la véniratifli de tous ses peuples. Je ne me dissimule pas que eeb est fort difficile et quelque peu téméraire. C'est une étrange et profonde attestation de notre néant qœ Textrème difficulté de reconstituer d'une manière ccr taine la ûgure mortelle d'un grand homme, lorsque quelques siècles seulement nous en séparent et si l'ir^ le plus sublime n'a point accompli le miracle de nous la conserver. Cette difficulté devient môme TimposslUe absolu quand il faut remonter un peu haut ^^ans riûstoire.

A une certaine profondeur, il est vrai de dire que te anciens nous sont plus proches que les modernes. Adam, de qui nous tenons tout ce qui est de Thomme* est infiniment plus notre père que celui par qui nou? fûmes immédiatement engendrés et qui ne pouvait nous transmettre, en surcroît du patrimoine commun de Thumanité, que le triste contingent des particulari-

l. Hist. de Ghr, CoL, par le Comte Rosellj de Lorgnes, L I, duiL

LB SSRVITBUR DB DIXU 123

tés de sa détresse. La science contemporaine, cette galère capitane de tous les forçats du matérialisme^ a récemment constatée pour lui donner le nom bénin d'atavisme, le retentissement physiologique de cette haute loi spirituelle qu'elle ignore très fermement.

Eh bien ! ce sont précisément ces grandes figures, si effacées'par le temps,que nous serions le plus ailèrés de connaître ! Moïse et Abraham, par exemple,— si près de nous par toutes les habitudes de notre éducation el de notre pensée qu'ils semblent adhérer à notre diair et à notre sang, — nous sont tell^nent ineonBiis, quant à la forme extérieure, que c'est une espèee de rère de s*en souvenir et quils ont Tair de n aroir Mé rétdés à nos âmes aveugles que pour sernr d*aliiiieDl élemd à notre plus irrémédiable curiosité. Que di^je ? JUÀïït^ Seigneur lui-même, ce Verbe de IMea ikit diair, ce féritable Homme en qui nous avons Télre, le uMNiv^tment et la vie, nous est si totalement ineimnu par les tniU de son Visage qull fout être un grand saint pour en deviner quelque chose et que c'est la ^os giorfeose des faveurs divines de TentreToir senlemeol daaf la plus brûlante des extases !

Il a plu à Dieu que l'image de son ^ns grand leni' teuî* dans les temps modernes noos tbX à peine mofAi inconnue que la sienne propre. Pûnitanl. eéUil la grande époque des apothéoses de la face htunane. De César Borgia à Françtris l**, tiMit ce qui parai avoir quelque relief dus la boue du «ècle fot muxmfttalisé par le phénix de l'Arianliqne qui renainatt alrjr» de toutes les cendres impures qœ le «piritoalisait fhnitent du moyen âge avait dispersées pendant mille ans aux quatre vents du deL QmsIUf^ CâAfMh foi oobfié

124 LE REYELATEUR DU 6LOBR

par les maîtres de Tart, comme il fut oublié par le? maîtres de la terre et comme il devait Têtre si longtemps par rinjuste histoire, si maternelle à tant d aTortons fameux et qui ne résiste ordinairement aux Humbles que pour conforter les Superbes et les Dégoûtant.

Voici donc, je crois, tout ce qull est possible de conjecturer de la personne physique de Colomb sous le nimbe probable de sa future gloire d'apôtre et de confesseur de Jésus-Christ.

Grand par la taille, comme il convenait à ce type réalisé de Tancienne prophétie du Porte-Christ, roune par la force patiente et calme, ses attitudes et sa dé^ marche le faisaient paraître plus grand encore et pre^ que formidable lorsque Tenthousiasme de Tamour oc l'emportement de son génie secouait ce puissant raisseau d'élection divine, bâti pour rompre les ailes de toutes les tempêtes. « Homme noble et d'autorité, ce que son pourlll et contenance montrait fort bien >, dil Ovî(m1o (1), il avait ce que ne donne nulle éducation et nulle superbe, c'est-à-dire ce très grand air qui lire soudainement un homme du milieu de cent mille hommes, comme si la main du Seigneur — qui était attc Jeafiy dit l'Évangile — apparaissait tout à coup sur lui, lumineuse, éblouissante, irrésistible... Cette manière d'être, mille fois plus étonnante qu'on ne le suppose, est le signe sensible par lequel furent toujours manifer tés les rares êtres créés pour commander et c'est ausâ le stigmate surnaturel de cette sorte de choix di>in qui s'est toujours appelé la noblesse parmi les hommes.

Le visage de Colomb, « rostre autoritaire, rostrf^

1. Histoire naturelle et générale des Indes^ 1. II, ch. m; traddf Jean Poleur, valet de chambre de François !•'.

autorizado », suivant l'expression d'Herrera, était d'un ovale très pur. Les pommettes un peu saillantes et les joues arrondies sans embonpoint ni maigreur, décrivaient avec le menton à fossette une ligne assez allongée pour que la partie inférieure n'eût rien de cette lourdeur sensuelle qui déshonore tant de faces idéales et qui est si choquante, par exemple, dans la maison de Bourhon et dans la maison d'Autriche. Il n'est fait mention de barbe dans aucune description et, certes, si l'aimable héros qui voulut toute sa vie ressembler à un enfant en avait porté, nul doute que ses contemporains, ennemis pour la plupart, ne nous en eussent informés, par une sorte d'intuition haineuse d'un vague ridicule. La barbe paraît avoir quelque chose d'hiératique et d'oriental qui ne convenait pas au Révélateur apostolique de l'extrême Occident.

Le front très vaste, — coupole surélevée de ce tabernacle de lumière, et nettement bombé au-dessus de l'arcade, devait étonner, chez un tel homme d'action, ceux qui ne savaient pas ou qui étaient incapables de comprendre Flndicible don de contemplation de ce disciple du Verbe. Les sourcils déliés et légèrement froncés, comme l'arc bandé de quelque divin sagittaire, tempéraient, par le repli habituel et quelque peu mélancolique de la plus auguste méditation, Textrôme douceur de la physionomie, sans exprimer toutefois ni dureté ni menace. D'ailleurs, ils abritaient des yeux d'une telle paix et d'une si sereine candeur que les serviteurs infidèles, contre lesquels l'Amiral eut à combattre toute sa vie, ne tremblèrent jamais devant ce bon maître chez qui les larmes de Tuniverselle pitié divine éteignaient presque aussitôt la flamme des plus dévo-

126 ut rAvbuitbur du globb

rantes indignations, c Tes yeux sont comme les yeux des colombes », dit le blen-aimd du Cantique. Et qm donc a été plus semblable que Christophe Colomb i cette figure biblique de la méditation gémissante et inépuisablement miséricordieuse! Ses yeux, du Uen clair et noyé de la dilection contemplative, ameot cette teinte, étrange à force de douceur, que les Espagnols expriment par le mot garzo qui correspond dans notre langue à la nuance minérale qu*on appelle Arif de lune et dont le nom seul donne la sensation du rêve I

Le nez aquilin, révélateur de la grande race de TAisbassadeur de Jésus-Christ, se terminait par des narintt ouvertes et palpitantes de héros qui avaient Tair tf aspirer la douleur ambiante, atmosphérique, et se déployaient au-dessus d*une fine bouche aux coins élevés, à la lèvre inférieure imperceptiblement débordante, comme on le remarque chez la plupart des hommes dont la bonté va jusqu*à la tendresse. Dieu est jalooi de la bouche humaine, on le voit à toute page de l'aih ciennc loi^ et :;*est à la bouche que le Serpent s'adresse pour faire tomber les Premiers Coupables. « La bouche du Juste est la veine de la vie, » dit Salomon et «h matrice de la sagesse (1). » C'est Torgane privilégié de Tamour humain aussi bien que de Tamour eucharistique et c'est dans la bouche ouverte de David que s'envolait l'Esprit du Seigneur (2). Il semble donc que ce soit surtout à la bouche que Jésus voudra reconnaître ses justes^ au premier rang desquels apparaît Gbiistophe Colomb^ très doux prince et prophète de la loi de

U Prov. X, 11, 31.

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