‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 23 sur 85 · LE RÉVÂLATBUR OU OU>BB · texte numérisé non relu

LE RÉVÂLATBUR OU OU>BB

fardeau de peines qui aurait accablé tout un monde. Quand il parut devant Isabelle, meurtri de ses fers, destitué, vaincu, brisé, foulé aux pieds, la noble mu*éclata en larmes à l'aspect du Révélateur de la Créatioo et sentit l'énormité de son inconsciente ingratitude. Us pleurèrent ensemble, dit Thistoire, et ce fut toute l'apologie que le grand homme fit de sa propre conduite. Néanmoins, dominée par d'aveugles scrupules, elle ne lui rendit pas son gouvernement. Christophe Golomb souffrit encore cela sans aucun murmure et ce fût peutêtre la plus pénétrante de ses douleurs que ce déni de justice de l'admirable femme qui paraissait n'avoir reçu la couronne que pour partager sa gloire.

Et son projet de secourir le Saint-Siège ? Et son désir dévorant de délivrer le Saint Sépulcre? Qui poumit mesurer le surcroît de cette double déception? Poor Texécution des plans les plus vastes qu*un chi^tien ait jamais formés, il lui fallait immensément d'or et, nalfe ment, il en cherchait dans ce Nouveau Monde quira^ tant donné depuis à Tancien, au prix de quels sacrifices humains, hélas 1 et pour quels profanes usages! On lui fit un crime de cette recherche, comme de tant d'autres actions, sans vouloir comprendre le merveilleux dësiotéressement de cet admirable avare saturé du symlx>lique esprit des Écritures, aux yeux de qui ce métal était véritablement, comme il est dit dans l'Apocalypse. la matière même de la Cité sainte qu'il anibitionnait de construire I

Il y eut, dans cette étonnante existence deux faiblesses constatées par l^storien. Mais combien elles sont assorties au grandiose surhumain de Tensemble et combien elles font éclater Finexprimable beauté d*&me du héros capable de les ressentir ! « Ne vous moquez pas de vos faiblesses; — fait dire avec profondeur M. Barbey d'Aurevilly au principal personnage de son plus beau livre, — elles viennent toutes de la force de votre cœur. » L'une et Tautre des deux faiblesses de Colomb ftirent suivies de l'intervention directe de Dieu, réconfortant de ;sa bouche son témoin accablé. Ces deux circonstances lïurent précisément les deux points les plus élevés et xomme les deux cimes rayonnantes de cette histoire à laquelle rien d'humain ne ressemble. Il est impossible ^ile les regarder sans vertige et de les montrer sans tremblement.

Voici la première :

Le 25 décembre 1409, Jour anniversaire de la naissance du Sauveur, Christophe Colomb, à son troisième 'voyage, revenant de découvrir le Nouveau Continent,

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appelé par lui Terre de Grâce et arrivant à l'I malade et presque aveugle, trouve la colonie révolte et Tîle entière sur le point de se soulev< trésor, sans armes, sans troupes, sans cré moyens d'action, ne pouvant plus obtenir Te et compter sur personne, il subit les menaces dains de ses subalternes. Par surcroît, les 1 dehoi*s viennent se joindre aux ennemis di Une escadrille commandée par Ojeda^ l'ager mortel adversaire, a débarqué des troupes; i marcher contre sa résidence. Le chef des fa< traître Roldan, doit s'unir nécessairement à il n'espère se justifier qu'en écrasant son bi Aucune illusion n'est permise devant cette siti sespôrée. Aucune ressource du génie ne saun ter remède. La perte apparaît inévitable et im D'où pourrait venir un secours?

< Abattu et comme anéanti sous cette compl maux, se rappelant l'ingratitude de la Cour, la lance constante du roi Ferdinand, voyant soi privée d'appui en Espagne et de respect dan trouvant abandonné de chacun, dépourvu de U executive, sentant sa vie et celle de ses frères è d*hidaIgos intraitables, reconnaissant son h l'impuissance qui en était la suite, déplorant le des Indiens qu'éloignaient du christianisme des chrétiens impies, Christophe Colomb épn grande satiété des hommes.

€ Alors, humiliée jusqu'à l'amertume, chance! un tel poids d'afflictions, cette âme, qui avait terrassé l'effroi, maîtrisé l'épouvante, assoupli fut gagnée d'une tristesse mortelle. La vaillanc

lomb, jusque-là invaincue, défaillit tout à coup. Son esprit frémit d*horreur à l'image de l'assassinat qu'on lui destinait. L'instinct de la conservation survécut seul, et, pour la première fois, l'Amiral songea au salut de sa vie. Il résolut de se jeter avec ses frères sur une caravelle pour fuir à travers l'Océan la rage de ses ennemis. Mais, au milieu des mortelles angoisses de son cœur, cette Providence, qui tant de fois lui avait montré sa vigilance paternelle, vint personnellement à son secours. Dieu daigna parler à son serviteur éperdu. Une voix d'en haut lui dit : « Homme de peu de foi, relève-toi ; que crains-tu? Ne suis-je pas là? Prends courage; ne t'alandonne pas à la tristesse et à la crainte. Je pourvoirai âtout(l). »

« Et, en effet, suivant l'annonce de l'auxiliaire divin, ce jour-là même les choses changèrent de face soudainement, sans efforts et même sans initiative de la part de Colomb (2). »

J'ai prononfcé plus haut le formidable nom d*Élie, « semblable à nous et passible » dit saint Jacques. Cet autre serviteur de Dieu, cet autre témoin, — personiiage le plus mystérieux peut-être de toute l'histoire sa- ^^^^^e, — venait de confondre et de faire mettre à mort *^s neuf cent cinquante prophètes de Baal « qui mangeaient à la table de Jezabel ». La reine au fard sanglant, apprenant ce massacre, entre en fureur. Elle envoie un 'Messager dire de sa part à Élie : < J'en jure par mes

^« « O hombre de poca fe levantate que yo soy, no hayas miedo... ^«faerza, no desmayes ni temas : yo proveere en todo. » Lettre de -^^niral à la nourrice du prince don Juan.

^- Histoire de Christophe Colomb, par le Comte RoseUy de Lor- ^^«i, liv. III, ch. ▼.

DImjk : (Inmsia tu nibiras te même sort. > Id. — tônn fort Krati'l ^tcrivnin d6}& dté dont il esl utile de reproduira le» réflâiiouK, — ici. la ualure homaine pourra aunUimpler le protli^se de sa Talblesse. Ce prodiçe. Se v«l«l;

• lïllu trumbln. II Iromblu et s'enfuit. H irembU done Iflrroiir inouïe <|uo rfCcritiire nous laisse entrcToir àtn-

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'"S, mais que les traditions t ua ojooumeni de la faiur a été presque célébrée Élie avait eu peur au deli né. On e dit que le char de li do sa terreur, et que. w épouvantes de la terre, il , pour être soustrait à SH ur aurait obtenu des ailes

[xitir li'onvolur, et ses Riies seraient les roues du char (lu l'uii, UcUo InnliLion très antique consignée flans un vlinii llvr*' (i\li-AniOHienl rare, est un des documenis les plu» pr6iMtiux<iiu« ni luti possédions surla nature bumaine- RU« qui vmmU do n'ssiispiler le fils de la veuve; Éliele lir<»mtor valnuueur do la mort ; Élie dont l'Écriture elleinéniK Uitvfttl i<Mivlirer U gloire ; Ëlie qui avait bravé et ctilil'undu \olmb . Êll« qui av»il fi'riut' ut rouvert le ciel: Rllc qui «v«il rail lombpr d'en haut le l'eu d'abord, Veau ouaulle; £)te diutlle noui signifie Maître et Seigneur; ^Uu UvtutilH iHuutue JHiuus bomme peut-être n'avûi Iwnjbl^. dpv««t la menace d'uue femme dontilatût onulbiid» et iniuudo tos défV'ûseurs. El il se lamenlai' ilaus It' ilosorl, \>\. il s'assit, deuiawlanl la mort. ElcCl'omUnt cVlotil U nu-il mi il fuyait, et rÉcriture nou^ oLtlo -io- laiblcsso auiiuic b'S faiblesses Je saint Pierre

et le ccBur humain notis apparaît tel qu'il est, un monstre d inconstance (1) 1 »

Il n'est certes pas déshonorant pour le plus grand homme du monde d^avoir tremblé comme Élieet d'avoir eu peur comme saint Pierre. Le Christ lui même « qui porta nos langueurs », ne voulut pas se soustraire à celle-là et FÉvangile affirme qu'il eut peur (2). Mais cette peur du véritable Homme fut en même temps la Peur d'un Dieu et tous les effrois imaginables du cœur humain sont comme les ombres mouvantes de cette substantielle terreur. Christophe Colomb était trop grand et trop exactement « configuré » à Jésus souffrant pour échapper à cette extrémité de la misère. Le trouble de son âme correspond exactement à la fuyante terreur d'Élie et finit de la même manière. « Le zèle m'a consumé et maintenant je suis seul », ditÉlie. — « J'ai sué le sang pour votre Église, Seigneur », dit Christophe Colomb. Le Seigneur les ranime l'un et l'autre par sa Parole ; c'est la même pour tous les deux : « Relève-toi, il te reste une longue route à faire ; » et les sublimes épouvantés continuent leur voyage « dans la force de cet aliment divin ».

Voîd maintenant la seconde faiblesse de Christophe Colomb. Le fait qu'on va lire excède tellement la nature et déconcerte si parfaitement nos habitudes d'admiration que la vieille muse banale de l'histoire* devient tout à coup silencieuse à l'aspect de ce Levîathan de magnificence. C'est le même fait que tout à l'heure, mais agrandi jusqu'à l'infini et cinquante fois plus solen-

1. PhysionomieM de saints , par Ernest Hello. 2: « Cœpit PAVERB. » Marc, xiv, 33.

152 LE rAvéiatbur du globe

nel. On dirait d'un chapitre d'Ezéchiel ou du Pentateuque ; et, en le lisant, ceux qui connaissent la Parole sainte croiront entendre palpiter les ailes de flamme de TEsprit de Dieu.

Je vais donc reproduire sans aucun commentaire, h^ la suite du simple exposé de Thistorien, le récit inté — gral de Christophe Ck)lomb.

Mous sommes au moment le plus terrible du quatrièm( et dernier voyage (1) :

« Le rapport de Pedro de Ledesma jeta Colomb une afTreuse perplexité. Il savait exposés les honunes qull avait h terre sans pouvoir les secourir. Il sentait là son frère blessé, ayant sous ses ordres une troupe^^ déjà éclaircie par la mort, par le désespoir, prête à la^^ révolte et qu'entouraient une multitude de sauvages^^ furieux. Les trois caravelles fatiguaient sur leurs amar— ***> res, chassaient presque sur leurs ancres. Il sentait que^r ^' percées à jour et faisant eau par toutes les coutures^- ^' elles ne pourraient soutenir un nouvel assaut de la tem — ^' pôte. Les équipages se livraient à leurs appréhensions^^ s sinistres. Quant à lui, au paroxysme de ses douleurs,^ ^> il fut atteint d'une fièvre ardente. Ia mer irritée, le ciel^ -^ rigoureux, persistaient dans leur inclémence. Il n'aper- — -"^' ccvait qu'angoisses et assombrissement parmi les équl— — ^' pages. 11 voyait autour de lui pleurer à chaudes larmes ^^ ^ los capitaines de mer complètement démoralisés.

« Au milieu de cette sombre désolation, Christophe^^ ^ Colomb fit elTort pour gagner la hune du grand mât et-:^** voir s'il découvrirait au loin quelque signe salutaire. ILMT H'

1. lli.tt. de Chri,y(. ColoD^h, par le Comte Roselly de Lorirue?, liv -"'• IV, oh. IV.

se retourna vers les quatre points de Thorizon, appelant les yents à son secours. Mais le brisement lugubre de la boule répondit seul à sa voix. Alors, cédant à Toppression de sa tristesse, il s*affaissa au pied de la bune, comme autrefois le propbète tombé sous le genévrier du désert, et qui, Tftme navrée^ demandait au Seigneur de le retirer de ce monde. Toutefois, Colomb ne murmura point et n'exprima aucun soubait. Son accablement fut trop grand pour se répandre en paroles. Il poussa des gémissements intérieurs et une transition insensible ramena de la veille au sommeil, sans avoir éteint sa pensée. L'affliction assiégeait son âme endormie, quand il distingua « une voix compatissante », qui lui disait (1): « O insensé I lent à croire et à servir ton Dieu, le Dieu

1. Voici le texte original de ce discours qui est, sans aucun doute, le monument le plus glorieux de toute la littérature espagnole :

« O ! estulto y tardo â créer y à servir à tu Dios, Dios de todos ! «c que hizo él mas por Moysés ô por David su servio? Desque nasciste « fliempre él tuvo de ti muy gran cargo. Cuando te vido en edadde «c que él fue contento, maraviilosamente hizo sonar tu nombre en la « tierra. Las Indias, que son parte del mundo, tan ricas, te las diô por «c tuyas: tu las repartiste adonde te plugo, y te diô poder para ello. De «c los atamientos de la mar Océana que estaban cerrados con cadenas « tan fuertes, te diô los llaves ; y fuiste obedescido en tantas tierras, y « de los cristianos cobras te tan honrada fama. Que hizo el mas alto K pueblo de Israël cuando le sacô de Egipto ? ni por David, que de * pastor hizo Rey en Judea ? Tornate â el, y conosce y a tu yerro: su ^ misericordia es inÛnita : tu vejez no impedirà a toda cosa grande: ^ cnuchas heredades tiene él grandisimas. Abraham pasaba de cien ** «nos cuando engendro à Isaac, ni Sara eramoza? Tu Uamasporso- ** <3orro incierto : responde, quién te haaâigidotanto y tantas vec^s, *^ Dios^ 6 el mundo ? los privilegiosy promesas que dà Dios, no las *^ <tuebranta, ni dice despues de haber recibido el servicio que su in- ** tencion no era esta, y que se entendie de otra manera^ nidà marti- ** c*ios pordarcolor à la fnerza : él va al pie de la letra : todoloqueél ^ promete cumple con acresceutamiento. Esto es uso ? Dicho tengo *^ lo que tu Criador ha fecho por ti y hace con todos. Ahora medio ** tnuestrael galardon de estos afanes y peli^ros que has pasado sir-' ** viendo â otros. »

« de tous I Que fit-il de plus pour Moïse ou pour David « son serviteur ? Dès ta naissance, il prit toujours le

< plus grand soin de toi ; lorsqu'il te vit parvenu à F&ge € fixé dans ses desseins, il fit merveilleusement sonner « ton nom sur la terre. Les Indes, cette si riche portion € du monde, il te les a données comme tiennes; tu les « as distribuées comme il t'a plu ; et en cela, il t'a trans- « féré son pouvoir. Il t'a donné les clefs des barrières « de la mer Océane, fermées jusque-là de chaînes si for- « tes 1 On obéit à tes ordres dans d'immenses contrées ;

< et tu as acquis une renommée glorieuse parmi les « chrétiens 1 Que fit-il de plus pour le peuple dlsraêl, € lorsqu'il le tira d'Egypte? et pour David même, que, « de simple pasteur, il fit roi de Judée ? Rentre en toi- € même et reconnais enfin ton erreur : la miséricorde « du Seigneur est infinie ; ta vieillesse ne fera pas obs- «. tacle aux grandes choses que tu dois accomplir. Le « Seigneur tient en ses mains des héritages nombreux € et très grands. Abraham n'avait-il pas passé cent ans € lorsqu'il engendra Isaac ? et Sara elle-même était-elle « jeune ? Tu réclames un secours incertain : réponds, « qui t'a tant et si souvent affligé ? Dieu ou le monde ? € Les privilèges et les promesses que donne Dieu, il ne « les annule pas et le service une fois rendu, il ne dit « point que l'on n'a pas suivi ses intentions, qu'il Vcn- « tendait d'une autre manière et il n'inflige pas le mar- « tyre pour donner couleur à la violence. Il se tient au « pied de la lettre : tout ce qu'il promet, il l'accomplil « avec accroissement. N'est-ce pas son usage ? Voilà ce « que ton Créateur a fait pour toi et fait avec tous. « Montre maintenant la récompense des fatigues et des « périls que tu as endurés en servant les autres. »

« J'étais, dit Colomb, comme à demi mort en entendant tout cela ; mais je ne sus trouver aucune réponse à des paroles si vraies ; je ne pus que pleurer mes erreurs. Celui qui me parlait, quel quHl fût, termina en disant : « Ne crains pas ; prends confiance ; toutes ces « tribulations sont écrites sur le marbre, et non sans <• cause (1). »

1. No temas, confia : todas estas tribulaciones estaa escritas en piedra mârmol, y no sin causa. » Quarto e tiltimo viage de Colon, — Tout homme un peu familiarisé avec le langage enigmatique des Ecritures retrouvera dans ce discours le double caractère auquel se reconnaît toute parole divine, c'est-à-dire, l'actualité éternelle dans le sens historique et V universalité absolue dans le sens symbolique. Les expressions de don des clefs, d'héritages^ et les noms de Moyse, de David et d'Abraham nous avertissent d'ailleurs de l'énorme importance de ce texte dont l'Eglise nous dévoilera quelque jour tout le mystère.

La fin de Christophe Colomb est bien connue. Tout le monde sait que ce grand homme fut abandonné du misérable roi qu'il avait fait le plus puissant de la terre, et qu'il mourut dans la plus obscure indigence, après avoir été chargé de fers et livré aux plus vils outrages qui aient été endurés par un mortel depuis la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La glorieuse magnificence morale de ces faits demeure ignorée, mais, enfin, ces faits eux-mêmes sont connus. Ils resplendissent au fond des ténèbres diaboliquement accumulées sur cette infortune à laquelle rien d'humain ne pourrait, sans ridicule, être comparé. L'ingratitude colossale de Ferdinand épuise, du coup, Fimagination. Depuis Judas riscariote, il n'y avait eu rien d'aussi complpt. Il y a là un tel repli d'iniquité, qu'on est teiîté de supposer que la prompte déchéance de l'Espagne en a été le châtiment et que la Justice de Dieu a vengé, sur toute une nation, les inénarrables offenses de son deuxième Précm^eur. Car l'Espagne entière fut aussi coupable que son Roi. A part deux ou trois hommes absolument sublimes et qui poussèrent le dévouement

'^' iiisérable qui ne se cr^-l dit-il. grâce k Dieu, »:m le monde à qui aura S- ^ . Dieu, notre Seigneu^c^ence comme auparavai^^'

jusqu'à l'héroïsme do la plus parfaite abnégation, Christophe Colomb, qui jetait sur les épaules de l'indigenle (bastille, une parure dlles et de contiDcnts aussi vastes que quatre fois l'empire d'Alexandre, ne put trouver dans tout ce peuple ni un semblant de pitié pour ses malheurs, ni une grimace de sollicitude pour sa mémoire. Quand il n'eut plus rien à donner on le juges un serviteur inutile. Quand il tomba en défaveur, ■i^ n'y eut pas jusqu'à en droit de l'outt le contera quelqi pouvoir de ne reste avec saj et il châtie sur ;. >

Vers ta fin le voyage, le plus doi^^-

loureui et le e tous, comme aussi U — s

plus chargé de i Is, se voyant naufrages,

trahi, malade, aba . )us sur un point de cr---^

Nouveau Monde qu on lardoniie pas d'avoir dé^^

couvert, il écrit une dermei lis aux Rois Catholique * et « l'énorraîté de l'injustice, l'excès de l'ingratilud— ^ commise contre lui», l'attend sentsur sonpropre sorC:^- Le caractère épique de ses n ïlheurs, la gigante$qu -^ poésie de ses épreuves de mer, l'iniquité qu'il subit — ■ assurément la plus încomparalle après celle des juil^SS envers Je Sauveur, le transportent au delà du temps et le Révélateur du Globe, se plaçant au point de vu * de la postérité, déplore la destinée mortelle de Chris tophe Colomb. Il s'écrie : «J'ai pleuré jusqu'à présen.— — ' sur les autres ; maintenant que le ciel me fosse misér^S'

corde et que la Terre pleure sur moil... Qu'il pleui •■

sur moi, celui qui aime la charité, la vérité et la }u^^'

tice. » Ce n'est point la Gastille ou l'Europe que le Messager de la Croix convie à pleurer sur lui, c'est ce globe entier qu'il a découvert : « Que la Terre pleure sur moi(l) ! »

L'étonnante infortune de Christophe Colomb était donc connue et racontée avec plus ou moins d'agrément par la troupe des historiens et des romanciers qui se sont, jusqu'à ce jour, occupés de lui. La société moderne, si magnifique pour le génie, comme on sait, et si royalement désintéressée avec ses grands hommes, avait même la charité de s'en indigner. Personne ne doutait que Christophe Colomb n'eût mérité un meilleur sort, et tout le monde pensait avec attendrissement que ce grand cœur dût trouver extrêmement amëre l'injustice qui le privait de la gloire immédiate et du profit temporel de ses découvertes.

Le Comte Roselly de Lorgues nous fait voir bien autre chose en lui que cette guenille de l'ambition déconcertée. Christophe Colomb n*avait nul besoin des récompenses humaines. Son historien nous le montre afl'amé d'une seule gloire, la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ.« On s'est toujours mépris, nous dit-il, sur la pensée intime et le véritable but de Christophe Colomb, quand on a cru qu'il cherchait simplement à découvrir un Nouveau Monde. Jamais la découverte n'a été pour lui un but, mais uniquement ua moyen de s'assurer les ressources nécessaires au rachat ou à la conquête du Saint Sépulcre... Sa vénération des

l, « Yo he Uorado fasta aqui à otros; haya misericordia agora él « Cielo, y LIore por mi la Tierra... Uor« por mi qaien tiene caridad^ « verdad y justicia. » — Lettre aux Rois CatholiqueSf datée de la Jamaïque le 1 juillet 1503.

160 LE RévéLATBUR DU GU>BB

Lieux -Saints lui coûta dix-huit années d'efforts, d< patience, d'humiliation, de gène, de privations, di luttes contre les dédains de la science et la défiance de±^

cours. » Ce fut là, la cause de ces conditions en appa

rence exorbitantes qui épouvantaient les rois et lb^3 faisaient repousser de partout.

Il alla ainsi, de royaume en royaume, souffrant e^K dénué, comipe il convenait à un ambassadeur du Ro=3 des pauvres, auprès des autres rois qui ne le trouvaien t

jamais sufOsamment accrédité. Infatigable à la façoi 1

des Mages adorateurs, conduit comme eux par uni étoile, mais une étoile plus brillante que la leur^ ceUi que l'Église a nommée TÉtoile du matin ; il cherch; comme eux, par toute la terre^ la grotte mystérieuse où devait nattre la Jubilation des peuples et, pctndan~ t dix-huit mortelles années, il ne rencontra sur tous les=: s chemins de la chrétienté que des cavernes de voleur^^ s ou des escarpements d*imbécillité dédaigneuse. Malgr^^ les deux défaillances sublimes que j*ai dites, jamai: son espérance ne fut lasse, jamais son âme ne dit son corps : C'est assez, reposons-nous ; le Père de lî Patience et la Mère des Douleurs ne peuvent pas e3dge: davantage d'un pauvre homme conçu dans le péché.

Soutenu par la grâce de son invincible prédestination il ne paraît pas avoir jamais connu^ pendant cette longue reeherche, ni ces découragements, ni ces lassitudes qui vont si bien à la faible nature humaine et que lî gloire des Héros de la terre est de ne point écouter et d< fouler aux pieds quand ils mènent, comme disait Tu renne, lews cafrifsses tremblantes là où elles ne saven pas f/urllcs vont aller. Son espérance et sa patienc* furent indéfectibles comme l'Église elle-même, coiuni

cette Église militante qu'il ambitionnait d'affranchir des indignes entraves de la politique européenne et dont il voulait assurer l'universelle dilatation I Et pourtant, qu'il eût été facile de perdre courage 1 Quelle meilleure occasion y eut-il jamais de n'avoir plus de patience, de se rouler par terre comme Jonas découragé et de crier au Seigneur: Meliusest niihimoriquam vivere! Môme après qu'il lui eut été donné de réaliser ses étonnantes découvertes, l'inexorable rigueur des desseins de Dieu sur le monde l'empêcha d'en retirer les fruits merveilleux que son âme apostolique en espérait. Des troisgrands rêves dont sa charité s'était enivrée : Tévangélisation des Indiens, l'affranchissement temporel de la Papauté et la conquête du Saint Sépulcre, il n'en vit pas un seul s'accomplir et mourut submergé dans l'amertume de cette ineffable déception.

La contradiction des hommes le poursuivit jusque dans le repos de son j épulcre, à lui, et les sublimes dispositions testamentaires par lesquelles cet incompar£Ll)le serviteur de l'Église essaya de prolonger son ax>ostolat, furent violées en ces trois points essentiels. Ei:i. ce qui regarde la délivrance du saint Tombeau, le Comte Roselly de Lorgnes raconte l'angoisse de Christophe Colomb assiégé de cette pensée à toutes les épo- T*x€s de sa vie, et dans les circonstances même où r ^utravagance humaine d'un tel projet éclate le plus na^Lnifestement. Dans sa sublime lettre aux Rois Catholi- TUes, datée du lieu de son naufrage, le 7 juillet 1503, îi^ voulant pas, par dignité chrétienne, reparler d'un Pï^ojet déjà sacrifié par l'ambition de Ferdinand à d'incôi^ins agrandissements en Italie, il ne l'appelle point

P^r son nom, il ne le nomme pas, tant il est connu des

Rob, auU M peoste oonme da p«B qBDÛfin dn SalDtM Ëerilami, l'exposa due tai tra nslnri d» ^vAb- (li!ur roUée <J'iii»e figure tribliqne. D donne k U qnestiai dM lÀtm BtinU, allendant Imr délivrance, riaugï du HHUveur lui-même, attendanl. ie* bras uorertâ, diirmit UjuI le jour, le peuple incrédule. Il dil: ■• L'autre ttffalre lu plus importante, reste là. les bm? ouïetls. (ippolmill on la tenue pour étrangère jusqu'i «ttt heurn (i). »

(Vont par rohuptision itc de cette peusée qos

f:iifti»tiipli« IVilorabréai lui toutes les pensées at

tiiiiln In fnrvour mlUlanl oyen Age qui finit hislo-

rlriiifiiii'iil (ilul, et (iin "stueuse porte de brome

Hfl ri'formu nur »'m cercui urne des héritiers sordi-

il«i nt illHMlpntinir!>, les lAcb it inurôdules Temps moilcmopi iittmiillrent, pourcoi mcer. qu'il eût esbaléson ilnrnliT niniplr et qu'il eût 61 clouô sans aucun fnsis itmn«iti«fPtiuoll. avec les Ter» dont le chargea laboiiiiiialiln «fîâlArnU\-<Ho flupUis ingrat de tous les priaces.La inltilH PtMisiSo uofiilplus reprise après lui par personne, pdiMii ijuflrt momie vieillissait et que les Ames se râpe- I tRMniil lin pUiN i>ii pluK, deseeiidaient en chantant des cbi>- «p» iihitliiiM ver* la d^cnVpltude irréligieuse des derniers ■l^flll>■. l,iMi l(\nii'iilnlih"'S hiàldriffis ^;iii^ clirirlianiaDB \\\\\ *» atml tttmni l« l&ohe d'enseigner l'histoire an dUitmtvl^utn «IM», itous avaient parikitement caché cetu mnHUlrtwHW' updVUlP d« r*le de Christophe Colomb- A\\\\\ In immtln, j* on>ts, l'ignorut, et cependant elle l'iolAlti tt i^l>H\)Ufi miiutto daits le$ documents de toa*^

\ - Kvif^uili tuAKH' ».•!,» .Iw a.1 tv^lam iBcivdiUiiiii qui gra*^

sorte que le Comte Roselly de Lorgues nous présente à pleines mains. Aujourd'hui, les historiens de la mèma école et de la même doctrine continueront, cela n'est pa& douteux, le même coupable silence. Mais, du moins, ils ne le pourront pas sans honte, après une si grande évidence, et cette honte est, hélas I la seule barrière que la vérité trahie puisse opposer en ce monde au débordement imbécile de ses innombrables persécuteurs.

Parmi les catholiques de notre génération, ceux qui ont ce yif sentiment des analogies historiques par lequel Tesprit humain remonte et parcourt intuitivement Timmense procession des faits importants, par-dessus toutes les séries intermédiaires des agitations de Thistoire, — ceux-lày sans doute, je Tai dit, remarqueront les saisissantes relations spirituelles qui rattachent Tune à Fautre, à quatre siècles de distance, les deux personnalités exceptionnelles de Christophe Colomb, démonstrateur de rinfaillibilité papale et de Pie IX, promulgateur de ce grand privilège. A ce point de vue, le fait de la Ligne de Démarcation proposée par Colomb et approuvée spontanément par le Saint-Siège, d'après son seul avis, en Tabsence de tout contrôle scientifique et de tout critérium humain ; ce fait unique, remis en pleine lumière pour la première fois, est, incontestablement, Tun des événements les plus prophétiquement considérables de Thistoire du monde (1).

Le livre étonnant sur lequel sont appuyées ces réflexions est rempli de semblables aperçus qui éclairent le Passé, comme des flèches de lumière dardées dans

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