‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 24 sur 85 · Voir l'appendice A et la page 47 du présent ouvrage · texte numérisé non relu

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aae caUcomb*^. L^àme^ profond» aeroet p«rtîeiiLière^ ment frapçH^er^ «le l'Idendté âa âentûneoi retigieux: entre IBomme de U Décoarerte et le grand Pstpe 4e i'lmmat:iil*^e G>nceptioa. Rien a'eât plus touclunt fïomaie rien n e^t pliisréTéUtear de U sainleté dâs ¥iies fie f3iri7ïtr>phe O>loinb que cette perpétoelle préocrapation de U çloire de Marie oMiçiie sans pécbé. Il s^emble qoe cet ApAtre ait tooId préparer FérangélL^ation des peuples noaTeaax par le même procédé divin qui servit à préparer pendant quatre mille ans. la liéderoption du genre homain. Christo]^ Colomb parsema la gloire de Marie sur la mer des Antilles^ en imposant son Nom à la plus grande partie des Iles qu'il découvrait, mais, c*est {Hincipalement sons le vocable de Marie Immaculée qu'il youIuI offrir au del les glorieuses prémices de sa Mission. Le soo?enir de la Mère du S;iuTeur précède toutes ses entreprises et l'accompagne dans tous ses travaux (1}.

Pendant sa première navigation, chaque soir il fait chanter sur ses trois navires l'hymne de la Vierge. La merveilleuse tendresse de cette dévotion répand sur toute cette existence fracassée et gigantesque la suave douceur d'une poésie céleste. La Vierge sans tache le conduit presque visiblement de sa main lumineuse à travers tous les écueils de TOcéan et du Monde. Dan^s les nuits sereinfîs de l'Atlantique, sous la bénigne clarl-

1. La première terre découverte fut appelée par Colomb : Saii^^- Sauveur^ en U'imoi^iiage de sa mîâsion.

Mais la soconde reçjit lo nom deSainle-yffirie'de-la'Concept£<^'^ Touchante fid(';lit/^ du Tertiaire fransciscain à la plus glorieuse ^*^ tradiiiouM de son ordr^'. On sait combien, des rori{4;ine, ri)rdr^ ^'^" raj)hifiuo ap[)uyale dogme non encore défini de l'Immaculée C^ <^*^' c(M»ti(>n.

des constellations australes, l'azur profond de ce firmament nouveau pouvait paraître au Contemplateur du Verbe comme le manteau étoile de la Reine des cieux étendu pour le protéger sur l'immensité des flots, et, dans les angoisses de la tribulation suprême, c'est Elle encore qui descendait pour fortifier son serviteur, non plus dans le bleu constellé de Sa Gloire, mais dans le sombre vêtement de la Mère Douloureuse, avec le cadavre d un Dieu sur Ses genoux et les Sept Épées plantées dans le cœur. Mais c'est Elle, toujours, dans le calme ou dans la tempête, et la plus belle grandeur, après tout, de Tlnventeur du Nouveau Monde, du candide Précurseur de TOblation Perpétuelle, c'est d'avoir accompli dans sa plénitude, après quatorze cent cinquante-neuf ans révolus, la Troisième Parole de Notre- Seigneur Jésus-Christ mourant sur la Croix, sous les yeux de Sa Mère, pour le salut du monde entier.

« Va devant toi I et si la terre que tu cherches n'a pas été créée encore, Dieu fera jaillir pour toi des mondes du néant afin de justifier ton audace I » C'est Schiller, le froid poète Schiller qui parle ainsi à Christophe Colomb, dans une poésie du mouvement lyrique le plus emporté et le plus grandiose. Si Tauteur de Guillaume Tell, qui croyait faiblement en Dieu et plus faiblement encore en ses saints, a pu entrevoir dans le crépuscule boréal de son imagination de poète dramatique, le caractère unique de Christophe Colomb et son rôle spécial de Mandataire divin, comment les catholiques pourraient-ils s'excuser de le méconnaître ou de le dédaigner ? L'apologiste chrétien qui a écrit son histoire, tellement à fond et d'une manière tellement définitive que je ne sais vraiment pas ce qu'on y pourrait ajouter et que je me désespère à chercher quelque chose qu'il n^ait pas dit, afin d'être original, en le disant moi-môme, à propos de son livre, — le Comte Roselly de Lorgnes s'est donné la peine d'expliquer les raisons pour lesquelles, après si longtemps, Christophe Colomb n'est pas encore compris.

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Voici en trois mots ces raisons qui ne furent pas plus bétes, en somme, que les premières raisons venues qui peuvent servir à déshonorer un bienfaiteur. \\c:-

Il n'y a que deux façons de se comporter avec un homme à qui Ion doit tout. Il faut lui appartenir oU Téliminer. Or, on n'élimine jamais que ce qu'on rem-^ pl&ce. Quand on eut bien compris Timmensité des ser*^ vices rendus par Colomb, on fut épouvanté du fardea'^L-A de la reconnaissance et on se hâta de le remplacer, 0^-^^ mît des créatures à la place de ce Créateur. Ensuite, oi somma les Puissances ténébreuses de noyer cette gloin aveuglante sous un déluge d'obscurité et, par-dessus:^ cette obscurité, le silence le plus obéissant fut placé sentinelle. La peur d'être reconnaissant devint si grandf^^^ qu elle égala les plus affolées et les plus gigantesques^ ^ épouvantes de Thomme ; elle fit trembler sur leur trôn< les tout-puissants Rois d'Espagne qui ne pardonnèrenr jamais au Serviteur de Dieu de les avoir faits si magnifiques et qui ne prirent jamais assez de pré3aution2? contre sa mémoire.

La noble victime ayant succombé, lesignobles chiens du pillage et de l'aventure se précipitèrent à la curée-^ En sens inverse de la Croisade sainte rêvée par Christophe Colomb, l'Espagne entière s'arracha de son propre sol et se jeta sur le Nouveau Monde, comme en un^^ Croisade satanîque capable de venger l'enfer de toute: les autres croisudes des siècles passés. Une cupidité monstrueuse remplaça l'enthousiasme religieux temps chevaleresques. Ces innombrables peuples di nouveau Continent que Christophe Colomb avait enfan tés à l'Église avec de si grandes douleurs, on en fit ui '"* bétail immense pour le travail et pour l'extermination —

L'Évangile ne leur fut pas annoncé et ils disparurent peu à peu de la terre en maudissant le Dieu, inconnu de ces sanguinaires étrangers. Il faut remonter dans l'antiquité jusqu'à la guerre des Mercenaires pour trouver une histoire aussi cruelle et aussi lamentable. Quant à l'inventeur du nouveau monde, il s'appela désormais Amerigo Vespucci, et ce fut ce très mince aventurier qui recueillit, dans toutes les langues, par une substitution sans exemple, la plus grande gloire de l'univers. Christophe Colomb s'enfonça de plus en plus dans l'universel oubli, à tel point que c'est une espèce de miracle que nous sachions aujourd'hui son nom et son histoire.

Après plus de trois siècles, cette histoire ressuscite enfin. La Papauté, qui n'oublie jamais la vraie Gloire, s'est souvenue de cette gloire vierge qu'aucurte louange terrestre n'avait profanée. Et maintenant, elle va grandir de tous les obstacles et de tous les délais humains qui s'opposèrent à elle pendant une si longue suite de mauvais rois et de mauvais peuples ; et demain, peut-être, elle remplira tout Tunivers.

Beaucoup de chrétiens, de ceux-là qui ne sont pas très sûrs de la sagesse de l'Église, vont sans doute se demander pourquoi il importe tant que Christophe Colomb soit honoré à la manière des saints et quelle nécessité si pressante pourrait avoir l'Église de placer ce navigateur sur ses autels. Il se rencontre beaucoup de ces étranges chrétiens que la béatification ou la canonisation d'un saint remplit de trouble et de mécontentement. Ils blâment l'Église d'être si peu prudente et de ménager si peu ses ennemis. En vérité, j'ai souvent entendu ces choses et j'ai vu ces âmes profondément scandalisées. De pareils chrétiens ne savent pas quel Esprit les pousse. Ils

170 Le RÉVËLATBL-E UU OLOBS

igQoreiil que tout est rien et que rien n'est rien, esceplé Ja GLOIRE de Dieu 1 que toutes les choses humaines et angélîque* furent établies à cett« unique fln ot que, si l'Église Romaine, notre Mère à tous, pouvait voir un .^im jour, parmi 1rs hommes, une si prodigieuse dilatation j^b de l'Amour qu'elle n'eût plus rien a faire que des con&- --

latations do miracles rst des canonisations, l'avidité dé —

vorante de la Gloire de Dieu ne serait pas encore assou -^-

vie.

Inûnimenl au-dessus çislation divine, plane^^^

éternellement la Gloire le du Législateur, canmr-iT

son Droit de Grâce C! blc aussi bien que son*'~^

glaive de Justice. Le l^an. lient fut dévoré par la^^ a

Gloire du Rédempteur l'hi^iographie calho ■*-

lîque nous apprend i désespérés pêcheur^^^""^

peuvent encore être < m appellent de la Jus — -s-

tice h la Gloire I Aussi, l'Esp u mal, qui est un for*""^ grand théologien, sait admirablcmenl ce qu'il fait quaniE:^ ^ il s'efforce de l'obscurcir dans nos âmes. Le culte des^s^ 'S Saints est surtout odieux à cet ennemi, parce que le^^-s Saints sont une chair mortelle transpercée de Gloire e*" ^' que, les honorer, c'est rendre à celte divine Gloire elle— ^Sméme la plus parfaite des adorations. En même temps -^i les Saints soutiennent le monde. Dieu n'a fait la ra( humaine que pour qu'elle lui donnât des Saints et quand cefle race n'en aura-plus à lui donner, l'univer. ne dissipera comme une pincée de poussière. Dans lsens théologique le plus transcendant et le plus les Saints coopèrent ainsi à l'Œuvre créatrice des Si: jours et à l'OEuvre réparatrice du Septième dont l'au rore ensanglanta le Calvaire et qui n'aura point de 5011 Us sont à la lois une oligarchie de Créateurs et une trioni

phante milice de Rédempteurs. Les générations gravitent autour d'eux, comme les nébuleuses autour des soleils.

Toutes les fois qu'un Saint a marché sur la terre^ on ne sait pas comment la chose s'est faite, mais toute une portion de l'humanité s'est remise à flamber et à resplendir. Il est donc extrêmement désirable que la Sainte Église multiplie le nombre de nos Ancêtres mystiques sur ses autels, car toute Gloire veut un culte, toute Beauté convoite Tamour, toute Grandeur appelle l'humiliation et nous avons un besoin infini de toutes ces

choses

Le Démon, qui a toujours honoré les Saints d'une haine spéciale et enragée, reçut le pouvoir d'exercer sur Christophe Colomb la plus terrible, la plus acharnée de toutes les persécutions. Dans cette histoire, scandaleusement illisible pour les incroyants, la guerre infernale fait équilibre par ses terreurs au grandiose inouï de la Découverte. Il est impossible d'entrer dans aucun détail. Il faut aller au livre lui-même. Mais je ne puis m'empêcher de croire que l'inconcevable persistance du malheur de Christophe Colomb et la surprenante exception de ces souffrances ne doivent paraître comme les corollaires et la contre-partie d'un ordre de réalités toutes divines et comme une présomption de sainteté, aux yeux de tout chrétien quelque peu au fait de l'ascèse diabolique dans la vie des Saints et renseigné sur la politique ordinaire de TEsprit du mal vis-à-vis de ces puissants ennemis de son empire. Le vainqueur de cet Océan inconnu, que l'épouvante des plus audacieux navigateurs avait nommé la mer ténébreuse, rencontra

sur ces rivages lointains qu*il brûlait d^évangéliser, le terrible Prince des vraies ténèbres qui souleva loute^ les forces de la nature et se gonfla contre lui de toute? ses fureurs^ pour lui fermer Taccès de ces régions immenses où il régnait sans partage depuis soixante^q siècles. Les combats des Saints contre les Puissance> des ténèbres sont déjà passablement saisissants pour rimagination, quand on en lit le détail dans leurs histoires. Mais, eniln^ même en tenant compte^ au point de vue de la Communion des Saints, de Ténorme importance catholique d'un saint Siméon Stylite ou d*un saiot Antoine, il n*y a là, toujours, que l'intérêt hagiographique d'un solitaire aux prises avec le Tentateur perpétuel des Serviteurs de Jésus-Christ. Ici, llntérèt est bien différent. Les rôles sont renversés. Ce n*est plus le lexttateur qui vient au saint pour l'abattre et pour en faire son esclave, c'est le saint qui fait invasion isoî son royaume et qui vient abolir son antique et incontestée domination.

La Découverte de l'Amérique est une véritable descente aux enfers.

A ce point de vue, Christophe Colomb doit être considéré comme le Patriarche des missionnaires à l'étranger Il faut remonter à travers les siècles, jusqu'à saint Thomas, pour trouver à peine un plus grand que lui et redescendre jusqu'à saint François-Xavier pour rencontrer son égal. Cette particularité dans le rôle entièrement surnaturel de Christophe Colomb est présentée par le Comt? Rosellydc Lorgues, pour la première fois, par l'eicelleote raison qu'il est le premier historien catholique de U Découverte, et elle ajoute à son livre, déjà si fortemen* coloré, les teintes à la fois sombres et ardentes deU

Mystique infernale qui en achèvent la beauté et en font le livre le plus exceptionnel de toute la littérature historique dans les temps modernes (1).

Je n'aime guère les citations et on ne m'accusera pas d'en avoir abusé. A. mon avis, les pages d'un beau livre ne doivent pas s'éparpiller comme les feuilles sybillines. La Critique porte des balances et non pas des ciseaux. Mais, je l'ai dit plus haut, je n'ai pas à faire ici la fonction de critique et j'en récuse le redoutable honneur. Voici donc, dans sa nudité originale, un passage merveilleusement assorti aux réflexions qui précèdent ; après quoi, j'achèverai comme je pourrai mon travail d'explanation hagiographique. Dieu veuille que ce fragment allume la curiosité des catholiques et leur fasse lire enfin, dans son intégralité, la miraculeuse histoire de Christophe Colomb.

« Le mardi, 13 décembre 1502, pendant que l'Amiral agonisait dans son lit de douleurs, une clameur déchirante, partie de l'une des caravelles, fut presque aussitôt répétée par les autres. Ce cri de désespoir retentit jusqu'à l'âme du moribond. Il frissonna et rouvrit les yeux.

« Quelque chose d'horrible se passait à portée du regard.

1. « La disgrâce n'émeut point Colomb à la façon ordinaire. Il ne considère pas son étonnante adversité comme un fait purement individuel, la conséquence d'une hostilité de personnes ou de coterie. 11 reconnaît dans ce qu'il éprouve la lutte du Monde contre l'esprit de foi. « Si c'est une nouveauté, dit-il, que de me plaindre du « monde, son habitude de maltraiter est fort ancienne. Il m'a livré « mille combats et j'ai résisté à tous jusqu'au moment où n'ont pu me « servir ni armes, ni conseils. C'est avec barbarie qu'il m'a coulé a « fond. »Con crueldad fne tiene echado al fondo, » — Hist. de Chr, Col., par le Comte RoseUyde Lorgues, liv. III, ch. vu.

174 LE rAvAlàtbur du olobe

< Sur un point de Tespace agité par un mouvement giratoire, la mer, se gonflant de tous les flots qu elle attirait à ce centre, se soulevait comme une seule montagne, tandis que de noirs nuages, descendant en cône reih versé, s'allongeaient vers le tourbillon marin qui séduisait palpitant à son approche, comme chercbanl i le joindre. Ces deux monstruosités de la mer et de ralmosphère s'unirent tout à coup par un effroyable embrasse ment et se confondirent en forme d'X tournoyante.

€ C'était, dit Thistoriende Saint-Domingue, «une deces « pompes[ou trombes marines que les gensde mer appel- « lent froncks, quel'on connaissait alors si peu et qui ooi € depuis submergé tant de navires (1^. > Un ftpre sifflement précédait Thaleine fatale qui poussait vers le^ caravelles cet épouvantail, alors sans nom dans nos langues. Ce genre de trombe est la plus affreuse manifestation de cette tempête infernale à qui FOrient donna le nom même de Tesprit du mal : Typhon, Malheur aai navires qui se rencontrent sur son passage I

< Au cri de détresse qui frappa son cœur, le ^(^ homme s'était ranimé. Devant l'imminence de la der truction, il se relève, reprend son ancienne vigueur ei sort de la cabine afin de mesurer d'abord le péril. Lui aussi aperçut la chose formidable qui approchait. U mer était soutirée vers le ciel. A ce phénomène inconnu. il ne vit point de remède : l'art était inutile^ la navigation impuissante; d'ailleurs, on ne pouvait plusgouTe^ ner.

€ Aussitôt Colomb, l'adorateur du Verbe, soupçonna dans cet effroyable déploiement des forces brutales del>

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