‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 25 sur 85 · p. Charlevoix, Hitt. de Saint-Domingtte · texte numérisé non relu

p. Charlevoix, Hitt. de Saint-Domingtte

nature quelque manœuvre satanique.il ne pouvait conjurer les puissances de Tair d'après les rites de TÉglise, craignant d'usurper sur le sacerdoce ; mais il se rappela qu'il était chef d*une expédition chrétienne, que son but était saint, et voulut, à sa manière, sommer Tesprit de ténèbres de lui livrer passage. Il fit soudain allumer dans les fanaux des cierges bénits, arborer Tétendard royal de Texpédition; ceignit son épée par-dessus le cordon* de saint François; prit en ses mains le livre des Évangiles; et, debout en face de la trombe qui s'approchait, lui notlûa la sublime afflrmation qui ouvre le récit du disciple bien-aimé de Jésus, saint Jean, le fils adoptif de la Vierge.

< S'efforçant de dominer de sa voix le bruit de la tempête, le Messager du Salut déclara au typhon qu'au commencement était le Verbe ; que le Verbe était en Dieu et que le Verbe était Dieu. Que toutes choses ont été faites par lui et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui ; qu'en lui était la vie, et que la vie était la lumière des hommes ; que la lumière luit dans les ténèbres et que les ténèbres ne l'ont point comprise ; que le monde qui a été fait par lui ne l'a pas connu ; qu'il est venu dans son propre bien et que les siens ne l'ont pas reçu ; mais qu'il a donné à ceux qui croient en son nom et ne sont nés ni du sang, ni de la chair, ni de la volonté de rbomme, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu; et que le Verbe s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous.

« Alors, de par ce Verbe divin, notre Rédempteur, dont la parole calmait les vents et apaisait les flots, Christophe Colomb commande impérieusement à la trombe d'épargner ceux qui, faits enfants de Dieu, s'en

f». IV. ak. m-

Le 10 septembre 1877, un événement extraordinaire qui émut un instant la curiosité humaine dans les deux hémisphères, se produisait en Amérique. Les restes mortels de Christophe Colomb, qu'on supposait enfermés depuis 1796, dans la cathédrale de la Havane, furent retrouvés tout à coup dans celle de Saint-Domingue. Une tradition constante, relative à la présence des reliques du grand Amiral, subsistait depuis quatrevingts ans dans cette terre qu'il avait si chèrement aimée et que, suivant son fier langage, il avait, « par la volonté de Dieu, acquise à l'Espagne en suant le sang ». D'anciens habitants de Saint-Domingue se refusaient à croire que le désir, formellement exprimé dans son testament, d'être inhumé dans ce lieu, eût été déçu comme l'avaient été, de son vivant, tous les iiutres désirs de cette colombe amoureuse qui ne trouva pas, sur notre fange, une seule place où reposer ses faibles pieds trempés d'éther et qui finit par s'échapper toute saignante dans le ciel !

Mais, du côté de l'Espagne, la surprise et l'incrédulité

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ne furent pas raédiocres. Lorsqu'on exécution dune clauso du traité de paix conclu à BAle, le 22 juillet 1795. l'Espagne dut céder à la France le territoire qu'elle possédait dans lUe espagnole, le chef d'escadre, au moinenl d'abanduiuier Saint-Domingue, avait ressenti le patriotique désir de ne point laisser aui nouveaux possesseurs du sol, les cendres de Christophe Colomb.

On M' t se trouver sous le sanc-

tuaire, du En conséquence, on avait

recueilli, f pompeusement à l'Ile de

Cuba, une le trouvée dans un caveau

sans armo t d'aucune sorte. Puis, le

temps, il s t une nouvelle poussière

de tous les c témoins de cette spolia-

tion, le fai tillon s'était parfaîtemenl

contenté de ï reliques du bienraiteur

de l'Espagne.

Au snrplus, qu'en aurait-il fait"? L'Espagne s'est montrée si ingrate et si noire pour le grand homme qui lui donnait, au Nom de Jésus-ChrisI, la moitié de la planète, qu'il est bien permis de penser que le profond abûssemenl de ce peuple si héroïque et si dur a été le cbâtimenl du crime effroyable de l'avoir fait mourir de douleur. .

Et cependant, lorsque le bruit se répandit en Burop^ de la découverte certaine des resles d9 Coloinb, le goL^-' vemement espagnol, jaloux et humilié, mit en cHiTf^ toutes ses ressources télégraphiques et diplomatiqu^^^ pour le démentir partout sans examen. « Après avoir -^ longtemps fait le silence sur ce Héros, — dit le Com"^* Roselly de Lorgnes dans une récente brochure, /es/]

Cercueils de Christophe Colomb (1), dont je donne ici l'aperçu, — TEspagne s'efforçait maintenant de procréer l'erreur sur ses reliques, en persuadant au monde entier qu'elles denjeurent réellement en sa possession à Cuba, protégées par sa glorieuse bannière, >

L'Espagne n'a jamais pu pardonner à Christophe Colomb de l'avoir faite, pendant deux siècles, la plus puissante nation de l'univers. En voilà bientôt quatre qu'elle le méconnaît et le déshonore 1 Toute le canaille péninsulaire, monarques en tète, s'est ruée sur ce sublime Malheureux qui la fait mugir conome les taureaux de ses Arènes, en étendant vers elle ses nobles mains enchaînées. Elle semble lui dire, à la manière des Juifs blasphémant le Sauveur crucifié : c Que ne te délivres-tu toimême, toi qui prétendais délivrer les autres en faisant l'aumône aux peuples et aux rois ? Nous croirons volontiers que tu es l'Envoyé de Dieu, si tu t'élances de ce cachot de mensonges où nous avons muré ta mémoire-I »

Mais la victime; qui était morte^et dont les pieds d'une dizaine de générations à tète dure avaient refoulé le cadavre dans les ténèbres abolissantes de Toubli, est enfin ressuscitée et c'est l'Église qui nous la montre toute ndsselante de gloire. Christophe Colomb, cet homme d'incomparable exception, a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il partagea plus qu'aucun autre les souffrances, le privilège réservé de tratneis comme Lui-même, tout un peuple stigmatisé de sa mort^ dans le sillon lumineux de son immortalité.

1. Ce curieux opuscule est une feuille détachée de V Histoire potthume de Christophe Colomb^ ouvrage que j'annonçais dans ma première partie comme devant paraître prochainement et dont le public ne connaît encore que ce seul extrait.

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Pourquoi donc, alors, revendiquer à si grands frais la pauvre poignée de poussière d*un homme de rien, d'un batelier, d un pilote, d*un rêveur inutile décédé depuis quatre siècles ? Pourquoi ce grand souci national à Tocsion d'un ingrat étranger qui, après avoir accru la domination de TEspagne de deux cents millions de sujeL^ Indiens, dont il était le 'père spirituel, refusa Taumâoe de quelques écus, en échange de rÉvangilo qu*il voulait leur enseigner et mourut impuissant, au pied de la Croix, des éclaboussures sanglantes de leur supplice-

La réponse est trop facile, hélas I Si, véritablement, il pouvait être prouvé que les restes de l'Amiral sont i la Havane, ils continueraient d'y être honorés conune les débris inconnus qu'on y tranporta en 1795, l'ont été jusqu'à cette heure : c'est-à-dire que, malgré la place qu'ils sont supposés occuper dans le chœur de la calhédralo, au-dessous d'un buste assez mesquin, persoune ne pourrait dire où ils se trouvent réellement. En 1834. il se disait à la Havane que peu d'années auparavant. Ie> restes de Colomb avaient été transportés au cimetière général où aucun monument ne signale leur présence à la curiosité du visiteur. Ces honneurs-là sufilsent à \i piété llliaUî de la catholique Espagne et elle prétend qu ils nous doivent sufQre aussi, à nous autres qui Qf sqnimcs pas Espagnols et, en même temps, à tout^l* terril L'Espagne est très persuadée que Christophe CC" lomb lui appartient; dès lors, elle est seule juge de la pincée de gloire qu'elle consent à lui départir et elk s'arrange pour draper sa vieille injustice dans le manteau administratif d'une rhétorique de reconnaissance.

Mais si, au contraire, les ossements de ce nouveau Paul d'une gentilité inconnue jusqu'à lui sont encore i

Saint-Domingue, comme il est certainement prouvé ; si cette découverte miraculeusement correspondante au mouvement actuel de Topinion catholique sur Colomb, hâte l'heure désirable de sa Béatification, il est assez facile de prévoir Timmense vénération du monde chrétien pour les reliques d*un saint dont Texceptionnelle majesté lui sera enfin démontrée. Alors il se pourrait bien que la cathédrale de Saint Domingue devînt, en réalité, la Jérusalem Américaine, comme le lui ont railleusemënt prophétisé des académiciens espagnols, salariés pour être les ennemis d*un cercueil et qui ne croyaient pas si bien dire. En ce jour, Thumiliation et la honte de TEspagne seront à leur comble et c*est ce danger qu'elle s'efforce de conjurer par tous les moyens possibles et a quelque prix que ce soitl

En attendant ce suprême châtiment national, la présente brochure sur les Deux Cercueils, qui ne visé que des faits récents, donne singulièrement la mesure d'une haine dont je ne crois pas qu'il y ait d'exemple et qui, par sa persistance de quatre siècles^ prend le caractère surnaturel d'une malédiction divine. Il faut lire la polémique si précise et, parfois, si spirituellement coupante du Comte Roselly de Loi^es, pour avoir l'idée de ce repli obstiné, de cette obduration invincible, de ce front de taureau du vieux préjugé Castillan, réfractaire à toute évidence, aussitôt qu'il s'agit de ne pas fouler aux pieds Christophe Colomb. Le Cabinet espagnol, fortement ému de l'événement de Saint-Domingue et considé' :rant qu'il se devait à lui-même d'obéir à l'hostile tradition, au lieu d'envoyer à Saint-Domingue et à Cuba une commission d'érudits et d'archéologues, chargea l'Académie royale d'histoire de juger du fond de son fauteuil.

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à Madrid, ce qui venait de se passer aux Antilles. Les académiciens qui seront toujours de très dociles sujets, à quelque nation qu'il» appartiennent^ se gardèrent bien de contrarier le Pouvoir^ qui leur avùt d'avance, par une circulaire, traôé leurs concIusioDi!. Le Comte Roselly de Lorgues lacère et fripe terriblement en quelques pages, le travail de ces messieurs. Il nen laisse subsister que la honte qui n*est peut-être pas ob bien lourd surcroît pour leurs épaules.

Les circonstances de la découverte des restes sont infiniment simples. Dans le cours des travaux de réparation de la cathédrale de Saint-Domingue^ ringéniear chargé de les diriger découvrit dans la partie souterraine du sanctuaire, du côtéde TÉvangile, un colhre de métalsor lequel on put lire cette inscription abrégée : D. de la A. ?•' A*« c'est-à-dire : Découvreur de V Amérique Premkr Amiral; et sur les côtés : C. C. A., c*est-à-dire Chn<tophe Colomb Amiral,

La caisse ayant été ouverte, on aperçut des op>emcnts humains. A la partie intérieure du couvercle on lut ces mots en caractères gothiques allemands :

ILL" y Es** VoNRA D" Gristoval Colon.

A Texception d'un petit nombre d*os passablement conservés^ tout était en poussière. Ce dut étreun^ étrange émotion. Pour une âme un peu profonde, te restes d'un inconnu sont déjà singulièrement sugge^^ tifs de mélancolie quand on les voit très anciens, émieltés aux angles des siècles et que, toute forme s'éUEi abolie, la simagrée terrible du squelette, elle-même. 3 disparu. Qu'est-ce donc quand on connaît le passé ^

cette cendre^ que ce passé est très grand et que cette balayure de l'Éternité a un Nom que Thabitude de le prononcer a fini par rendre magique comme une for^ mole éTocatoire? Ces détritus de Varbre pensant qui doii reverdir un jour» retiennent, malgré tout^ une si étonnante empreinte de la vie, ils profèrent à leur manière, une si formidable affirmation de leur essence, qu'on n'a jamais pu s'empêcher d'écrire sur les sépulcres des paroles d'immortalité. Humbles ou fastueuses, ces ins* criptions- veulent toujours dire que le décédé a été ceci ou cela plus qu'autre chose^ qu'il est nécessaire que l'infini le sache et s'en contente et que c'est sur cette sentence lapidaire des honunes qu'il faut absolument que Dieu le rejuge à son tour. Mais, si les hommes jugent comme ils veulent^ Dieu seul juge comme il peut et nul ne sait exactement ce que Dieu peut!...

La relation d'un pareil événement était nécessaire ici.

Les chrétiens qui croient avec fermeté au Dieu vivant

<et à sa Providence, ont généralement regardé ce fait

comme une sanction divine du magnanime projet de

Pie IX. La certitude du lieu de sépulture de l'Amiral

et l'authenticité de ses reliques font disparaître une

des objections les plus graves à l'introduction de sa

Cause. En même temps, cette découverte de la tombe

inconnue du plus grand des hommes éclaire un peu

plus, au profit de l'histoire, le rôle exceptionnellement

sacrifié de ce Postulant toujours malheureux, qui ne

Iianûssait pas avoir obtenu même une sépulture selon

soji coMir et qui vient à peine de commencer authenti-

quement le noviciat de son propre tombeau.

La destinée terrestre de Christophe Colomb fut mar^ quée de ce double caractère : l'acceptation et l'abandon

à Dieu. En effet, jamais Dieu n'exigea autant d uo mortel en vue de desseins plus cachés et, jamais, depuL^ rétablissement de la loi de gr&ce, son action efficiente ne fut plus sensible. Au témoignage du protestant Washington Irving, € Colomb se regardait comme placé sous la garde immédiate de la Providence dans son entreprise ». Lui-même déclarait que « Notre Rédempteur lui disposa le chemin ». A son premier; voyagi', il prend directement, comme sll Favait déjà parcourue lu route la plus sûre et la plus commode pour arriver aux Antilles. C'est celle que suivent même aujourdliui te navires à voiles. Trois cent quatre-vingts ans d'expérience n'ont pas permis aux navigateurs d*en découvrir une meilleure. Le grand Humboldt a constaté ce fait.

Tout, dans cette vie, porte Tempreinte de cette espèce de nécessité mystérieuse qui faisait parler les prophètes et qui plie, au temps marqué, les hommes et les choses à Taccomplissement de leurs prophéties. Jusqu à (;e jour, Christophe Colomb, envisagé seulement commo inventeur, pouvait déjà paraître très grand à quelques unes de ces rares intelligences qui connaissent exactement la mesure humaine; mais, lorsque TÉglise lui aura donné le nimbe des Saints, le monde le verra tout à coup tel qu'il est et sera infiniment étonné de ceit.' vision. En ce jour, la Mère des &mes manifestera d'uDV manière inaccoutumée sa puissance en restituant 1'! majesté lésée du Porte-Christ et la Barque de Pienv sera le vaisseau très sûr de la dernière pérégrination terrestre de ce < Messager des nouveaux ci eux».

Jusque-là, nous n'avons que son histoire, mais ei est-il une plus cruelle, plus douloureuse, plus dése^. pérément lamentable? L'injustice a beau être tout bu-

maine, on ne Tabsorbe pas impunément à des doses aussi exorbitantes. La conscience pousse des cris terribles et pleure vers Dieu. Aucun homme généreux ne pourra jamais lire les actes de ce mart}T sans être suffoqué de pitié et c'est avec raison qu'il disait à la Terre de pleurer sur lui. Pour faire équilibre à la surnaturelle iniquité dont Christophe Colomb fut la victime, il n*y a que le contrepoids d'une surnaturelle réparation et c'est l'Église seule qui peut laver l'opprobre de la société chrétienne en accordant, à cet Atné des membres souirrants de Jésus-Christ, la couronne d'immortelle gloire !

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