OBSTACLES
« Congruit* et veritati ridere quia « iaetans ; de œmulis suis ridere quia « secura est... Ceterum ubicumque « dignus risus, officium est. »
{TertuU. adv. Valent.)
Ïotre-Seîgneur Jésus-Christ nous parle ainsi dans Évangile : « Aucun prophète n'est sans honneur, epté dans sa patrie et dans sa maison. » Le Sauveur homnies pensait alors à Lui-même, en qui toutes ses subsistent et à qui nous sommes tous naturelleat et surnaturellement configurés. Il pensait en même ips à nous et, principalement, à ceux d'entre nous, fies ou prévaricateurs, qui devaient un jour se consur devant les peuples comme de douloureux flambeaux tenir les âmes des hommes dans leurs mains. Cette "Ole du Maître, sortie comme un gémissement des en- Ules de TAgneau divin, si nettement paraphrasée ente par les crachats du corps de garde et par les clous Calvaire, a reçu dans tous les siècles, son parfait ^mplissement et n*a jamais cessé de peser (comme e menace des derniers supplices) sur Timperceptible
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troupeau des âmes naturellement royales. Les saints, los héros, les gens de génie* tout ce qui domine dans riiumanité, souffre terriblement et, parce que la Parole de Dieu doit toujours avoir sa vertu, même lorsqu'elle tombe sur des fronts maudits, on a vu Jusqu'aux ennt mis de Jésus-Christ, lorsqu'ils avaient de la gruidenr humaine, triompher partout, excepté dans leur pairie, conformément à ce qui est écrit.
Christophe Colomb, cet < homme de Dieu antique >. selon le mot de saint Augustin parlant de salot Irénée(l);cc Messager de la plus immense NouTelle que le monde ait entendue depuis la descente de^ langues de feu sur les Douze premiers Évoques de b chrétienté ; ce Navigateur quasi épiscopal lui-même, choisi de Dieu pour évangéliser, à lui seul, un mondf aussi vaste que celui dont les compagnons du Rédempteur s'étaient partagé la conquête ; cette blanche el frémissante Colombe portant le Christ pouvait-elle échapper à la loi mystérieuse qui condamne toupies aînés de ce monde à être crucifiés dans leur patrie? Assurément non. La contradiction humaine, ce eanctère distinctif, essentiel, de tout ce qui est divin, cette probation terrible des serviteurs de Dieu^ dont il est si fortement parlé dans l*Écriture, s*éleva tout de suitecomme les eaux des Océans, contre celui-là, d^"^ U pairie qu'il avait adoptée et qui devint par lui ^ (loniiuatrice des nations. J*ai dit précédemment ce quf fui cette tempête de Fingratitude de tout un peuple. B cependant c^t effroyable péché avait alors son excuse. son affreuse excuse, dans l'intérêt bestial d'une cupi-
« 1. Antiquum hominem Dei. » — S. August, Contra Jvlianw^
tl<> lui avoir flnnn^ le Jour. L'ima^natim et li M'i<>pul!t»iil A chercher liei^ places publïqacs ot le 11 Itmc (irKtH'il d'un peuple ail jamais pu « Ip» nfrrt > uiifl nii»si glorieuse effile, et renti (lf> tniii led cœnrM pnÉiiqu«a s'njoute k te i mincp pnlvrrti de loiile la terre pour honoper aamt ft winvleiil i'hpiireujie pilé qui a èlé jugée dipue ttah^ If r h JAws-OUrisl son deiuième Précurseur !
Eh bien, non ! Gênes a honte de Christophe Colomb I Je ne parle pas de Gènes laïque et politique, qui, à vrai (lire, ne brûle pas pour le Héros, mais qui, du moins, tolère qu'on l'admire. Je parle de Gênes ecclésiastique et dévote. On ne le croira jamais et pourtant il en est ainsi.
Si on ne savait rien de Thistoire et qu'on voulût s'en instruire à rarchevéché de Gènes, on apprendrait que la ville de marbre n'a pas sujet d'être extrêmement fière d'avoir donné le jour à Christophe Colomb. Ce monstre de gloire ne fait pas précisément horreur au clergé ligurien ; il lui fait honte j je le répète, et c'est avec la plus étrange de toutes les pudeurs qu'il s'efforce, autant qu'il peut, d'humilier en lui l'orgueil national.
On nous a parlé dans notre enfance de ces villes de la Grèce qui se disputaient l'honneur d'avoir vu naître le grand Homère* Dans les siècles chrétiens, des peuples se sont précipités les uns sur les autres pour quelques ossements de martyrs que tout le monde croyait avoir le droit de revendiquer. A ce point de vue, l'hagiographie catholique est l'histoire, sans cesse renouvelée, des
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Mères rivales. Le grand roi Salomon sur son troue (rivoire y perdrait sa sagesse. Aussitôt qu'il s'agit d'or: saint, le délire de Témulation est universel et le lieu de sa naissance devient une terre aussi sacrée qu»» riloreb pour les générations aux pieds nus qui TOnoent, en tremblant , s'y prosterner- Le culte des saints est tellement au fond du catholicisme qu'on a ti^ujours cru, parmi les peuples chrétiens, que la prospérité de? États en dépendait comme la lumière dépend du flanibeau et comme un homme dépend de son âme.
Pour celte raison, et pour d'autres plus profoudes encore, toutes les fois que la sainteté d'une créature humaine a éclaté quelque part, d'innombrables main> suppliantes se sont aussitôt tendues vers le Saint-Sito apostolique, seul capable d'en connaître, pour qu'ui décret solennel légitimât la vénération des multitudes, et permît à l'enthousiasme populaire de s'écraser sur son tombeau. Je ne crois pas que dans les di\-hù:i i'ents ans d'histoire qui nous séparent des Laneueu^ sacrées de Notre-Seigneur Jésus-Ghrist on puisse dier un seul exemple de Tinditlérence unanime de ii»uiur. peuple catholique à l'égard de la sainteté éclataïue. maiiifoslo, incontestable ou même simplement probsblo, (Tuii de ses lils. L'énoncé pur et simple d'une lelk ldé(^ serait, à lui seul, une surabondante démonstralio: de la plus épaisse inintelligence historique.
Le démon, il est vrai, nous donne, à toute page de? annales de TKglise, le spectacle édifiant de la plu? farieuse hostilité contre la mémoire des Saints, dansl<^ pays chrétiens où se sont déchaînées l'hérésie formels ou rimbécillité orthodoxe plus redoutable encore. Mair pour ce qui r'>t de rindifférence, point de nomellr
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Quand on est croyant, même à la façon du Diable qui ne peut s'empôcher de Tôtre dans son enfer, quoiqu'il en frémisse de rage (1), il n'est pas possible d'être indifférent pour les Saints, parce qu'ils sont les membres vivants de Jésus-Ghrist, et qu'en cette qualité ils appellent invinciblement ou le Thabor ou le Calvaire. Même dans cette noble ville de Gênes qui nous intéresse en ce moment, cette monstrueuse sorte d'indifférence n'exista jamais. Il y a une quarantaine d'années, la grandeur religieuse de Colomb y était parfaitement inconnue. Les Génois étaient à peu près sûrs qu'il avait découvert l'Amérique, et ils le tenaient sans doute pour un assez intéressant navigateur, dont ils ne sentaient pas autrement le besoin de s'enorgueillir. D'ailleurs, le lieu de sa naissance n'était pas absolument certain et on pouvait contester encore qu'il eût été, à une époque quelconque de sa vie, citoyen génois. Mais si, au contraire, la sainteté héroïque de cet enrichisseur de l'Espagne eût été connue et démontrée, comme elle Test aujourd'hui, on doit équitablement conjecturer que les Génois se fussent immédiatement passionnés pour ou contre lui, malgré l'incertitude apparente de son origine. Au surplus , ce qui se passe en ce moment me dispense de prolonger cette digression.
Voici les faits.
Le Pape Pie IX entrevoit par une intuition supérieure la Sainteté ignorée et méconnue, pendant près de quatre siècles, de Christophe Colomb. Aussi, à peine remis des agitations révolutionnaires du commencement de son Pontificat, il charge le Comte Roselly de Lorgnes