Johnslon'e Commercial Chart of Ihe Wofld
Saint Père et du Sacré Collège étalant acquises à Colomb.
«Jamais affaire plus grave, plus délicate, commandant plus de lenteur ne put être soumise au Pontificat; et pourtant, comme • le remarque judicieusement Humboldt, «jamais négociation avec la cour de Rome n'avait été tenninée avec une rapidité plus grande ». Ce qui surprend ce savant universel, ce sont ces deux Bulles, « littéralement ^ mêmes dans la première moitié », rendues * dans l'intervalle de vingt-quatre heures (1) ».
« Sa surprise montre combien l'illustre protestant est
étranger au caractère de Colomb. C'est précisément cette
<listinction des deux Bulles quand une seule aurait suffi,
qui prouve restim.e de la Papauté pour le Révélateur du
Globe, et quelle importance elle attachait à son œuvre.
Dans la première Bulle, celle du 3 mai, qui est dite Bulle de
Concession, le Saint Siège accorde à l'Espagne les terres
découvertes, avec les mêmes privilèges et droits que les
Papes ont accordés en 1438 et 1439, aux rois de Portugal.
Ceci est la donation faite à l'Espagne sur la demande de
ses souverains. Mais, le lendemain, 4 mai, en procédant à
la séparation de ces deux héritages, pour marque d'honneur,
*fln de mieux solenniser cette opération unique, sans
précédent, sans analogue, le Souverain Pontife consacre par
ïue Bulle particulière la délimitation qu'il vient de fixer,
^'après sa pleine confiance en Colomb. Circonstance
^actéristique do la pensée gui fit séparer en deux Bulles
^Ue donation : le Pape, en parlant de Colomb, dans la
^ulle de Concession, le 3 mai, s'était borné à le nommer
^^ cher fils, sans le qualifier plus explicitement. Mais, dès
^6 tendemain, dans sa Bulle de Répartition, comme s il eût
^^ti le devoir de donner un témoignage solennel d'estime
^ ^® Messager de la Bonne Nouvelle, le chef de l'Église
'• Humboldt, litstotrede lagéogr, du Nouv, Cont., t. III, p. 54*
cariiotorise officiellement le Héros qui vient d'agn inonde. Il ne se borne pas à rappeler son fils bien Dilcctum filium; il le reconnaît pleinement digne ( mission : Viruin utique dignum; certifie qu'il est très mandable à divers titres : et plurbnum eomniené et déclare qu'il était destine pour une si grande œu' tnulo neyocio apium. •
« Cette Bulle de Répartition porte é\idemnient le tère d'une bénédiction et d'une récompense divine. '
« Deux ftiois avant le départ de Colomb pour son voyage, le Portugal avait adressé à la Castille une pr tjon contre les Bulles des 3 et i mai iiOS qui, disait-i talent atteinte aux droits dont sa couronne avait été dominent investie.
« La Cour de Castille, craignant de voir s'altérer le iu»s relations existantes avec son allif*, voulut exa altentivement sa réclamation. Le 30 juillet 140i, isal)ell< ire a don (i ut lierre de Tolède, cousin du Roi, profes^ 1 université de Salamanque, de lui adresser sans ret ^(''n"()vie, les maîtres en astronomie et en géographiti juf^tîTait los plus capables, pour conférer avec des p (luelle livail assemblés. Le grand cardinal d'Espagne. vil lo i^Oaoût suivant au savant lapidaire de Burtros J Kericr, rpi^il traitait d'ami, d'arriver en toute liàte ave cartes et s<îs instruments de mathémati(jues pour um rilication de mesure. Ce lapidaire, homme de foi sin naturaliste, voyageur, géographe, fut donc invité à do son avis sur la contestation élevée entre les deux Kfat?.
* Cependant le Pcirtugal, tout en s'adressant îi la Cay Taisait agir activement auprès des membres influents d Cour ])onti(lealo. Les dernières ressources de sou art d inali(]ue lurent mises en jeu pour obtenir du Saiiit-S sous un(î l'orme quelconque, Tinfirmation ou le relraii
Bulles accordées à l'Espagne. Mais, aux observations motivées par les cosmographes portugais, aux instances et aux sollicitations du roi Joam II, le Pape répondit purement et simplement qu'il avait d'avance prévenu toute contestation, en tirant une ligne de démarcation d'un pôle à l'autre, et que sa donation était irrévocable. La cour d'Rspagne ayant de son côté dénoncé au Saint-Siège la réclamation du I*ortugal, le Pape lui fit identiquement la même réponse.
« Le Portugal, néanmoins, ne se tint pas pour battu ; il revint à importuner le Saint-Siège, faisant valoir sa primaxité dans les découvertes maritimes, ses intentions pieuses et diverses considérations tirées des sciences géograpMciues. Tout fut inutile: le Pape resta inébranlable. Le Sairit-Siége reposait avec une telle sécurité dans la délimitation fixée d'après les données de Christophe Colomb, qu'il •renvoya les ambassadeurs ordinaires et les envoyés extraordinaires des deux couronnes aux Bulles des 3 et i mai
* Une circonstance de ce débat négligée jusqu'à présent P^ les historiens et qui, pourtant, fait ressortir tout natu- ''^^ement le caractère providentiel de la Ligne de Démarca- "OU papale, doit trouver ici sa place.
* U paraît que la reine de Castille elle-même, entrevoyant
"^jà la possibilité du mariage de l'infante, sa fille aînée,
*Vec l'héritier présomptif de Joam II, pour éviter toute
^•^Se de division avec son puissant voisin à qui Tatta-
"^^ent d'autres liens de parenté, n'était nullement éloignée ^ Consentir à ce que le Saint Père revisât sa Bulle de Réparti- ■^^^ et la modifiât dans un sens plus avantageux au Portu-
-^- Isabelle trouvait tout simple que, sur sa propre de-
^^ïxde, le Saint-Siège restreignît un privilège uniquement
^^ordé en sa faveur. Elle y comptait si bien qu'en écrivant
^liristophe Colomb, le 5 septembre 1493, elle parlait d'un ^^ndement à la Bulle comme d'une chose déjà obtenue.
294 l'F. RévÉLATEUR DU GLOBE
La rcino de Castillo Joignait ses instances î\ celles âe Joam II. Los deux parties, intéressées ^tant ainsi darcorî s'attendaient à voir rectifier la prétendue erreur de >. Bulle.
« Mais, lorsque dans sa Bulle de H«^partitîon, le Saint Père déclarait avoir fait sa Donation par l'impulsion swntv née do sa libéralité propre, sans ég-ard pour aucimo iû^tanco et ajrissant en vertu do sa plénitude nposloVuiue.il attestait une vérité non moins formelle qu'imposante. Aush respectant lui-inéino cette Donation incomparable, attribu-^ en dehors do tout mobile humain, et à laquelle il sernbfti*. le prernior, rec(mnaître le caractère d'une bénédiction iivinc, 11' Souverain Pontife demeura immuable dans>i i^ termination. Il écarta les sollicitations lomécs et les ni'V> flcatiniis projioséos par l'Espagne, ainsi qu'il avait écarj* H opiniAtrrs réclamations et les supplications obséqirii'Ujo du PortiiL'al. Sa décision resta aussi inflexible qiùm lit^freî céleste.
* L»> Siitit Vi'i'o avait prononcé en sn qualité de « litf '-' rKirlise: sa parole déjà subsistait dans 1p temps. iiTHU-'îl»le connue l'acconipli et Tindéfectiblo. Tout ceci es* •'■:r.::' et niervj'illeiix. V.n telle occuronco. le plus grand s:ïi:î* ■■• plus irraud frénic sassociant n'eussent pu mieuî '•^'■ (lu'Alexandre VI. Cependant, afin de mettre un tenrn^ à-v? plaintes, et pour constater rimmutabiiité de sa résolu:! i le ï\ipe rl(»nno,le 20 septembre, une lUille par larpielh'. u-cî en confirmant sa Douation aux rois d'Espagne, il l'éter/.au lieu de la restreindre. Cette Bulle prit son titre de*'.objot et fut ai)pelée en diplomatique : la Bulle d'Extenv:- Buiff fit' f\rfr)tsiim.
« Dès lors, le débat resta entre les deux couronnes.
♦ L'ol)stination du Portugal et la condescendance Je 1I> pagne, qui tenait fi no pas s'aliéner un nllié que de c-::veaux liens du sang allaient en rapprocher davant^--
firent que, d'un commun accord, après avoir usé toutes les finesses diplomatiques, on décida par un traité signé le 7 juin liOi, dansla ville deTordésillas, de s en tenir à la délimitation que fixerait une Commission savante, composée en nombre égal de Castillans et de Portugais, laquelle était chargée de corriger les prétendues erreurs de la Bulle. Cependant, comme si, maintenant, elle eût pressenti le danger de toucher à la décision pontificale, Isabelle ne se détermina que tardivement, le 5 juin, deux jours seulement avant la signature du traité, à nommer ses fondés de pouvoir ; tandis que, dès le 8 mars, le roi de Portugal avait désigné los siens. La reine nomma pour la Castille : l'Intendant géncTal de la couronne, Henrique Henriquez; le commandeur de Léon, don Guttierre de Cardenas, et le docteur Maldonado Je Talavera, l'ancien vice-président do la savante Junte à Salamanque. Le roi Joam II avait nommé
pour le l'orlugal : don Ruy de Souza, seigneur de Sâgres et do Bcrcngucl, son fils, don Joam de Souza et le licencié Arias de Almanada (1).
« Quoi fut le résultat de la condescendance de la Castille envers l'ambition ombrageuse du Portugal et qu'advint-il du changement apporté à la décision du Saint-Siège?
« Ceci mérite d'ôtro constaté.
« Quand il sanctionnait, au palais de Saint Pierre, le calcul opéré par Christophe Colomb dans sa cellule de la Rabida ; quand il faisait la répartition de l'inconnu et du futur attingent, en fixant pour ligne de Démarcation le tracé qu'avait indiqué le Révélateur du Nouveau Monde, le Souverain Pontife, sans le dire, donnait magnifiquement à l'Espagne la moitié do ce Globe, le nouveau continent dans Tintégrité de son étendue I
1. Capitulacion de la partioiondel mar Océano, entre los oato^ licos Reyes D. Fernando y dona Ysabel^y D. Juan Rey de Por^ tugal. — ColeccioD diplomatica, docum. LXXV.
296 I.B RFA'ÉLATELR DL' GLOBE
« Ne pouvant croire à cette incomparable immensité de munificence, rapetissant dans son esprit la donation du Saint-Siège, consentant à l'amoindrir encore plutôt que de mécontenter un voisin dont on souhaitait Talliance, la Castille s'inspira de la pensée du Portugal ; s'aveuglant et méconnaissant le caractère apostolique et providentiel du privilège dont elle était saisie, elle permit à ses Commissaires de redresser par leurs calculs lès erreurs supposées de la Bulle. Les savants Portugais avec un orgueil, et les Castillans, avec une sottise exemplaires, sans plus tenir compte du tracé pontifical que s il n'eût point existé, ne daignant pas même le nommer ou y faire allusion, convinrent de tirer une autre ligne droite (2), allant du pôle arctique au pôle antarctique et passant à 370 lieues au couchant des îles du Cap Vert (3). C'était reculer de 270 lieues la ligne fixée par le Saint Père.
« Or, dans ce reculement de 270 lieues, la projection de la ligne nouvelle au lieu d'arriver au Pôle Sud, comme la Démarciition papale, sans couper aucune terre, allait rencontrer le cap Saint-Augustin et toute la partie du nouveau continent qui s'avance à l'Kst dans l'Atlaniique.
€ Donc :
« Pour avoir méconnu l'apostolat de Christophe Colomh, douté delà science inspirée du Saint-Siège, s'être crue plus équitable ([uo le Souverain Pontife envers les droits du Portugal et avoir osé corriger la Huile, l'Espagne perdit son privilrp' exchisif sur le Nouveau Monde; et le vaste oinpire du Brésil fui acquis au Portugal.
« Los historiographes royaux d'Lspagne ont été surpris, de la grandeur de la dotation que Ini avait octroyée le Saint
2. Ilerrcra, Ilist. (/en. des Ind. oerid. dôc. I^ liv. II cliap. \.
3. " La cual raya <> liiiea «'• ^^efial se haya de dar y de dei-ecl»a, «• com<» diclio es, ;i tre.M.-it'nias bett'iita I<'guas de hus i.^las de (\i!..> • Vertle, etc. » — Colecdu/i d/ploh) .
Père et déploré cette faiblesse de la Commission qui, sous prétexte de perfectionnement géographique, consentit î\ ce déplacement de ligne. La plus récente histoire d'Espagne (1) publiée en France reconnaît aussi que pour ne pas s'en être uniquement rapportée au Saint Père, la Castille perdit la magnifique possession du Brésil.
« Les Commissaires pleinement satisfaits de leur science, passant sous un silence dédaigneux la Démarcation papale, avaient tiré leurs mesures avec ime étroitesse de vues et une sécheresse de mathématicien. Néanmoins, leurs prétentieux calculs ne reposaient sur aucune donnée cosmographique; tandis, au contraire, que la ligne tracée par le Soixverain Pontife précisait un emplacement des plus importants sur la surface du Globe, le plus digne de nos études et de nos investigations . Involontairement frappé do cette merveilleuse précision du Saint-Siège, le gi*aud Humboldt a signalé comme un contraste, l'insignifiance des mesures fixées par la Commission savante qui prétendait faire un partage plus ingénieux ou plus exact que celui dWlexandre VI. L'illustre protestant dit en parlant des niovens cherchés alors pour déterminer sur terre et sur mer une ligne de Démarcation imaginaire : « L'état de la science etrimperfectiondetous les instruments qui servaient s^ mer à mesurer le temps ou l'espace ne permettaient 1^8 encore, en 1493, la solution pratique d'un problème 3US si compliqué. Dans cet état de choses, le pape Alexan- ^^ "Vl, en sarrogeant le droit de partager un hémisphère entx"^ deux puissants empires, rendit, sans le savoir, des serv-ices signalés à l'astronomie nautique et à la théorie P"5^sique du magnétisme terrestre (2). »
^o$seuw-Saînt-Hilaire, Histoire d'Espagne, t. VI, p. 116. Humboldt, Cosmos, Essai d'une descrip. phys. du Monde t. Il
« Remarquant aussi le dédaigneux silence de k Comn> sion au sujet do la Ligne de Démarcation pontifirs^. Iluniholdt dit plus loin : «Les lignes de ni>marca'jcc* papalos niéritaiont d'ôtro mentionnées exactement, parr* qu'elles ont eu imo grande influence sur les effort? tea:ê pour perfectionner Tastronomie nautique et les iii»rtbi>Je? do longitude (1). »
* Les ennemis do l'Église, les détracteurs de U Paincy. tout eu lui contestant lo droit do cette étonnante D^nd a sont ol)ligés do confesser la sagesse de son «»pt'-r.iii':. ".i grandeur de la rrnumt'ration accordée au zèle Ciilli. "iiiufi^ rKspagne. Montesquieu lui-môme, appréciant nu f'iiiii drcision pontiilcale, parle do « la célèbre Linné de l"'':iit'cation ♦, et suivant son expression de niapis'.r.il, îr-rv; qu'îiinsi le pape Alexandre VI « jugea un grand iiir.c»> -• Après avoir d'abord essayé détaxer d'imprudence h ['li:-talion décrétée parle Souverain Pontife, Wjshiiiirt'.u: !:•-•' est forcé de riMulre enfin hommage « à la lierne dr nt'nHr"=^ tion d'un ptMe î\ r.iutre, si saeement tracée par >i ''attelé (:^) ».
♦ r>e quelque? croyance (pi'on soit, à quel.]Ut' :'■::!'. > vu«» qu'on se place, un fait reste acquis pour ton- .::::^-' déJ)at : le Saint-Sièire montra plus de conliance en • •-que la cour de rastille. Le Uévélateur du Ololje lut iJi-c jui:»' i)ar ri^:.irliso que par le gouvernement auquel il >- '■ " vouait. r:t, parce ([u'ellc osa mettre en doute l'inf-iili:--' îiposlolique, parce qu'elle préféra la prudence de l'ii' :.i ■"• sa pn'tendue science à Tautorité souveraine qu'elle s^^-* d'abord invoqm'e, l'Kspagno réduisit elle-nuMUO rin.r.unr.