CHAPITRE II. — RELATIONS DE FAMILLE. l
au onzième anniversaire de mon entrée au service. Quelle joie de penser que mon Roi toutpuissant ne doit point mourir! Demandons l'un pour l'autre de lui être fidèles jusqu'à la mort. Cette vilaine volonté de l'homme avec ses inconstances fait peur. Quand sera-t-elle perdue dans la volonté divine?... Allons, le moins mal possible, par la voie du paisible abandon, de la joyeuse humilité, du courage patient. y>
Pendant les cinq années suivantes, la sœur Régis fut la victime de la soufî'rance et de l'amour de Dieu. Son frère l'encourageait par ses lettres, vrai monument de charité fraternelle. Vers la fin de 1840, on crut que l'heure de la délivrance allait sonner.
Au commencement de sa station d'avent, le P. de Ponlevoy envoya à cette sainte àme ses dernières consolations.
a Ah! sœur bien-aimée et bien-aimante, est-ce que ton heure serait déjà venue? Mon saint frère Régis t'appellerait déjà à Notre-Seigneur? Après la croix, si tôt le Ciel ! Ah ! pauvre amie, que ne puis-je te soulager, te veiller, t'assister jusqu'à la, fin ! Que ton ange gardien me remplace ! Que Marie, notre mère, te garde et t'accueille dans ses bras ! Regarde ton crucifix et le paradis. »
Il lui promettait ses prières pour le jour de l'Immaculée-Conception à Notre-Dame-des-Victoires, et réclamait les siennes avec une profonde
î84 LIVRE II. — APOSTOLAT.
humilité : « Demande en proportion de mes besoins, de mes dangers et de mes misères. Tu ne te doutes pas de tout cela, mais tu le sauras et tu le verras mieux d'en haut, et tu auras de la compassion pour moi. Demande seulement que je vive et que je meure en la compagnie de Jésus; je n'ai rien à désirer au delà. »
La mort tarda encore à frapper sa chère sœur. Peut-être les prières promises à Notre- Damedes-Victoires purent-elles arrêter le moment fatal, a Le dernier jour du mois, écrit son père, elle m'envoyait ses vœux pour la nouvelle année; et depuis elle m'a fait passer un petit paquet contenant une image pour chacun, avec ces mots tracés sur l'enveloppe, d'une main défaillante : Souvenir donné de la porte du ciel à mon bon père et à mes bien-aimés frères et sœurs, et signé. Il y a quelques jours, le médecin, trompé par un mieux subit, ayant témoigné l'espoir d'une plus longue prolongation, elle répondit que c'était une mauvaise nouvelle. Enfin, le 14 janvier i85o, l'ange a pris son vol vers le ciel, où sa place semblait si clairement marquée, et où elle avait hâte d'arriver. Je dois bénir Dieu, écrivait en finissant l'héroïque père, de m'a voir donné une telle fille, et je dois encore, quoique mon cœur en murmure, le bénir lorsqu'il me la reprend. »
La réponse du fils portait la même empreinte de foi et de résignation : « Comme vous, je ne