CHAPITRE II. RELATIONS DE FAMILLE
ce Voyez -moi à genoux auprès de vous, le jour et la nuit... Sans adieu, mon cher père.
« Votre fils à jamais reconnaissant et soumis en Notre-Seigneur,
» Armand, S. J. »
Quand cette lettre arriva à Vitré, M. de Ponlevoy venait de mourir.
Sa mort avait été aussi douce et aussi sainte que toute sa vie. Après avoir, avec une grande délicatesse, laissé à tous ses enfants un souvenir de lui, et pensé à la première communion de sa petite - fille, il reçut l'extrême- onction, voulut répondre avec force à toutes les prières, et le matin même de sa mort, put recevoir une dernière fois l'Ami des pécheurs, et le Juge miséricordieux des âmes justes. Pendant son agonie, il resta les yeux fixés vers le ciel, d'où il semblait attendre sa délivrance. « Depuis que je suis dans le saint ministère, disait son confesseur, je n'ai jamais vu de mort aussi édifiante. 5)
A cette nouvelle, le P. de Ponlevoy écrivit aux survivants de la famille, à sa sœur Joséphine tout d'abord. Elle l'avait bien mérité.
ce Ma chère Joséphine, c'est donc consommé. Je dois dire que je m'y attendais; les derniers symptômes étaient trop significatifs. Excellent père, vénéré et bien-aimé, qu'il repose donc en paix! Après une telle vie, une telle mort. N'ou-
blions jamais les vertus et les bontés de notre père, qui est maintenant au ciel; qu'il a donc bien mérité de nous! Nous ne reconnaîtrons jamais assez ce que nous devons à Dieu et à lui. »
Ces paroles renferment un éloge profondément vrai. La sainteté, l'union, le bonheur de cette famille étaient dus en grande partie à ce patriarche vénérable qui venait de s'éteindre avec un courage si religieux et une foi si ferme.
Le P. de Ponlevoy le comprit mieux encore que personne. Le souvenir de son père lui fut toujours présent au cœur; et nous lui avons souvent entendu dire, bien plus tard : « Quel père j'avais! »
Ils étaient dignes l'un de l'autre. Ils travaillèrent ensemble, l'un à faire de son fils un prêtre, l'autre à faire de son père un saint. M. de Ponlevoy dirigea, sans le vouloir, Armand vers saint Ignace ; et le fils reconnaissant rendit saint Ignace à son père, en lui apprenant à aimer et à pratiquer les Exercices spirituels. Leur séparation si longue, en les crucifiant, les purifiait tous deux; et le religieux, par ses conseils, son sacrifice et ses prières, compensait abondamment la perte causée par son absence.
Cette mission providentielle, le P. de Ponlevoy retendit à sa famille, avec toute l'ardeur de la charité et toute la tendresse du cœur. Nous avons vu comment il l'accomplit à l'égard de ses