CHAP. IV. — PROTESTANTS
homme vénérable, dit-elle, dont la sainteté éclatait sur toute sa personne, je me sentis comme en présence de Notre-Seigneur. La terre tremblait sous moi. J'ai dû me soutenir contre un meuble pour ne pas succomber d'émotion.
a Que vous dirai-je des grâces qui suivirent ce premier entretien? En peu de temps, il reçut mon abjuration, me baptisa, me fit faire ma première communion, me prépara par la pénitence à entrer dans la vie religieuse. »
Après un voyage en Suède, où sa vie fut en péril, elle fit vœu d'entrer dans un ordre trèsmortifié. Le Père de Ponlevoy examina sa vocation, et lui permit d'aller à la Trappe, d'où elle nous a écrit le récit de sa conversion.
Le changement de religion n'amenait pas toujours des résultats aussi extraordinaires, mais il déterminait fort souvent une transformation complète.
En 1861, le Père de Ponlevoy reçut au Sacré- Cœur l'abjuration d'une jeune Irlandaise protestante, type charmant de la terre des Saints, àme généreuse et virile autant que délicate et poétique. Elle entra alors au pensionnat et continua à se faire diriger par celui qui lui avait ouvert les portes de l'Église catholique, ce Oh ! mon Père, lui écrivit-elle un jour, il me faut être une sainte ; faites de moi une sainte, le voulez- vous ?» Le Père de Ponlevoy n'eut pas de peine à le vouloir; il coo-
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péra activement à la perfection d'une âme que Dieu pressait de se sanctifier, pour la couronner plus tôt. Elle mourut à dix-huit ans et son directeur put dire d'elle après sa mort : « Henriette était vraiment une héroïne chrétienne. »
Mais pour donner une idée de son zèle et de sa méthode, je m'étendrai plus longuement sur la conversion de deux protestantes. C'est à l'année 1862 qu'elles se rapportent.
Mademoiselle Emilie Whately ne connaissait l'Egilise romaine que par ses préjugés de secte. Pour l'aider à les réformer, une de ses amies, fervente catholique, mademoiselle D., voulut un jour lui faire voir une procession du Saint-Sacrement. Elle rinvita même à chanter YO salutaris avant la bénédiction du Saint-Sacrement que le vénérable curé de Meudon allait donner du haut de l'un des reposoirs. Mademoiselle Whatelj était ce jour-là en proie à une profonde tristesse, elle venait d'être cruellement atteinte dans ses espérances et son. amitié la plus chère : « cette fête, écrit-elle, se changeait pour moi en supplice... L'éclat du soleil blessait ma douleur, qui aurait voulu se voiler de l'ombre d'un tombeau, je chantai cet O salutaris d'une voix émue et vibrante, c'était un cri d'appel jeté à une puissance inconnue, car je ne croyais pas à la présence réelle. Après la bénédiction, la foule nous séparant de Tautel, nous approchions difficilement, au mo-