CHAPITRE IV. PROTESTANTS. a
allez dire aux vôtres, à tous ceux qui vous aimeut et que vous aimez : a J'ai trouvé la foi, j'ai trouvé mon Dieu. Mon bonheur est au comble, et je ne puis plus l'augmenter désormais qu'en le partageant. »
Madame Whately, la mère de la néophyte, celle qu'atteignaient ces dernières paroles, malgré des traits communs, était fort différente de sa fille. Autant mademoiselle Emilie amiait les manifestations ardentes d'une vie active; autant sa mère avait de goût pour les exercices plus calmes de la vie intérieure. Dans les rapports de son âme avec Dieu, la première voulait tout sentir, la seconde tout comprendre. Si donc la conversion de Tune avait pu être instantanée, le retour de l'autre ne pouvait être que lent et progressif. Douée d'une âme très-élevée, d'une imagination riante et p.oétique, d'un cœur droit et généreux, madame Whately était sans doute plus capable que bien d'autres d'apprécier le langage du Père de Ponlevoy, et d'embrasser la foi catholique. Mais à l'âge de 79 ans, se survivant tout entière^ elle conservait avec une ténacité indomptable, ce qu'elle appelait la doctrine de ses pères. Elle avait cependant été touchée de cette cérémonie de l'abjuration. Elle avouait même daiis sa lettre de remercîment au Père : « que la religion catholique offre plus de consolations à un cœur souffrant, que la froide croyance du protestantisme. »
^àb LIVRE II. APOSTOLAT.
Le Père de Ponlevoy profita de ses aveux dans sa réponse du i3 décembre.
& Pourquoi, madame, ne pas faire vous-même, ce que vous êtes contente d'avoir permis à une autre vous-même? Vous me le dites si bien! La religion catholique offre bien plus de consolations à un cœur souffrant qu'on ne peut en trouver dans la froide croyance du protestantisme. Mais précisément pour que mademoiselle votre fille puisse être consolée à votre sujet, il faut que votre foi lui laisse la sainte espérance. Ne craignez pas d'ailleurs les difficultés du retour, je les prends toutes sur moi; ni les obligations nouvelles; mon Dieu ! tout se fera à votre mesure, le joug du Seigneur est doux et léger. »
L'affaire n'était pas aussi simple qu'elle le paraissait tout d'abord. Une fausse humilité, des préjugés de secte, des objections invétérées dictèrent la réponse :
a Vraiment, disait madame Whately, je prie pour obtenir la foi, votre foi; mais personne ne peut commander la ferveur religieuse. Peut-être si j'avais une prière qui me fût adaptée ! Puis-je vous demander cette faveur? » Elle terminait sa lettre en lui signalant quelques points de désaccord religieux.
A cette ouverture de cœur qui renfermait aussi une fin de non-recevoir, le Père de Ponlevoy répondit immédiatement : « Ne dites pas, pauvre