CHAPITRE V. CONVERSIONS
oc Cher ami, vous signez cette fois par ce titre nouveau pour vous : Votre tout dévoué fils en Jésus-Christ. Oh! je vous adopte de tout mon cœur, je vous chéris, je vous bénis sous ce titre très-chrétien. Savez-vous qu'en l'inscrivant seulement près de votre nom propre, vous avez fait le plus grand acte de foi? car vous avez fait preuve d'humilité et de confiance. Quand on incline là tête et quand on ouvre son âme au seul nom de Jésus-Christ, on croit déjà par le cœur (corde creditur) ; tout le reste viendra bientôt par surcroît; courage donc! Laissez les pourquoi et les comment curieux; à cet égard jamais vous n'aurez le dernier mot. Mais sachez les pourquoi et les comment utiles; pourquoi est-on sur la terre? Comment va-t-on au ciel? Aux questions de ce genre, nous autres nous avons de quoi répondre... »
Après bien des combats que je passe sous silence, les larmes de la- mère et l'anniversaire douloureux disposèrent peu à peu l'âme du fils à revenir à Dieu. Enfin, l'époque du mariage fut l'occasion décisive. Le P. de Ponlevoy la saisit, et fut heureux de rendre J'enfant à sa mère, le pécheur à son Dieu.
Restait à convertir le père. Cette œuvre était bien plus difficile.
Né sous l'ancienne république, M. R. n'avait un peu connu le christianisme que dans son en-
fance. Après sa première communion, il avait négligé ses pratiques religieuses, puis secoué le joug de la foi. Mais tourmenté par les remords, homme intelligent et studieux, il voulait chercher dans l'étude une justification de sa conduite. Il avait appris presque toute la Bible par cœur, et à chaque texte qu'on lui alléguait, il en opposait un autre qui lui paraissait une réponse péremptoire. D'ailleurs, dans toutes les discussions, il ne se rendait jamais qu'à l'évidence ou aux raisonnements scrupuleusement mathématiques.
Le P. de Ponlevoy pensa qu'un tel adversaire ne s'avouerait vaincu que s'il était touché au cœur. Il chercha donc une occasion de le voir, de lui parler avec sa douce autorité et son intelligente conviction.
L'occasion se présenta, lorsque se fit la translation du corps de Maurice à la sépulture de famille. La bénédiction de la tombe, un petit mot de circonstance consolerait la mère, et ramènerait le père, ou du moins l'acheminerait vers la vérité. Le succès fut réel, mais incomplet. Une discussion eut lieu, elle fut vive, savante, afTectueuse, mais sans fruit immédiat. Il en résulta pourtant un vrai bien pour l'âme de M. R. En sortant de cet entretien, il disait c[ue M. de Ponlevoy était le plus honnête homme cju'il connût et un excellent ami. ~