‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 131 sur 252 · CHAPITRE V. CONVERSIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. CONVERSIONS

C'est ce titre que prit le Père dans une lettre qu'il lui écrivit à la fin du mois de juillet i86'3 :

a Monsieur et bien digne ami,

ce Vous m'avez donné le droit de vous appeler de ce nom par le seul fait de votre si bonne hospitalité; et j'aime à user de tous mes droits... si seulement j'avais pu vous consoler tous, et vous rendre, à vous, l'espérance avec la foi ! Du moins nous nous sommes rencontrés et si je ne me trompe, nous nous sommes entendus... »

Cette lettre n'eut pas l'effet désiré. Mais elle augmenta l'affection de M. R. pour le P. de Ponlevoy, qu'il continuait à appeler un excellent ami.

Celui-ci ne désespérait point pourtant : « J'ai parlé, disait-il à madame R. ; il m'a écouté, et il m'a lu; il faut bien laisser le reste à Dieu et au temps. J'en ai la conviction; Dieu finira par prendre cette âme. Mais en attendant elle est insaisissable, si ce n'est du côté du cœur. Ah ! si seulement elle s'ouvrait à la prière ! La lumière serait bientôt faite... »

Xes événements donnèrent cependant un cruel démenti au saint religieux. En vain multiplia-til ses, démarches; en vain la pieuse mère et M. Charles joignirent-ils leurs efforts et leurs prières. Tout fut inutile. De longues années se passèrent sans amener le moindre changement.

L'année 1874 arriva; le P. de Ponlevoy mourut. M. R. fut vivement affecté de cette mort, mais ne se rendit pas. Il avait cependant soixante-dixneuf ans. Quelque temps après, il tomba malade. Safemme et son fils l'entouraient de leurs soins. Il les accueillit avec bonté, mais il voulait mourir dans son incrédulité. Enfin il ne lui restait plus que deux heures à vivre. Il ignorait la gravité de son état. M. Charles avait amené un prêtre dans la chambre voisine. Une inspiration lui traversa l'esprit, ce Mon père, dit-il, dans votre état, une parole amie et sacerdotale pourrait vous consoler. Si M. de Ponlevoy, que vous aimiez tant, était là, vous le recevriez sans doute, n'est-ce pas? — Oui, certainement, reprit le malade. — Ecoutez, continua M. Charles; les croyances religieuses de M. de Ponlevoy sont celles d'un grand nombre d'esprits d'élite; vous en conviendrez? — Oui, répondit le père. — Si elles étaient fausses, seriez-vous mécontent de vous tromper en si bonne compagnie? Mais si elles sont vraies, quel malheur, de compromettre ainsi votre salut! En admettant qu'il y ait neuf chances contre et une pour, comment, lorsque l'enjeu est si grave, pouvez-vous, tout près de l'éternité, risquer, pour une question d'amour-propre, l'avenir de votre âme? » — « Tu as raison, reprit M. R. ; j'aurais accepté ces consolations de la bouche de M. de Ponlevoy. » — « Et bien! ajouta son fils.

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