CHAPITRE V. — CONVERSIONS
tomba malade. Le P. de Ponlevoy avertit le P. de Montézon, son confesseur, de la nouvelle stratégie à employer.
Le P. de Montézon vint voir la malade avec une charité qui ravissait M. X... Celui-ci reconduisait le confesseur dans le jardin, et lui parlait quelquefois de piété. Aussitôt le P. de Montézon s'arrêtait, fixait les yeux sur une plate-bande et disait à son interlocuteur : « Oh! voyez, monsieur, quelle belle fleur! »
Ce petit manège dura plusieurs semaines. Mais à la dernière heure, la malade obtint de son gendre la promesse qu'il se confesserait au plus tôt. M. X... tint parole et alla trouver le P. de Montézon auquel il fit l'aveu de ses fautes. Il voulut que le jour même le P. de Ponlevoy en fût averti.
Celui-ci lui adressa immédiatement cette réponse :
ce Monsieur et excellent ami.
ce Madame T... me faisait hier une communication de votre part qui m'a rempli de joie. Je veux vous exprimer cette joie, et je ne puis le faire assez.
ce Que le bon Dieu soit béni! Vous savez combien j'ai désiré cette heure : peut-être même l'ai-jo retardée en voulant la hâter. Pourtant, après une tentative dont vous vous souvenez
28o LIVRE II. APOSTOLAT.
probablement, je compris qu'il fallait laisser faire le bon Dieu et vous laisser venir tout seul, et je résolus de captiver mon désir dans le silence.
a Vous me dites alors 'positivement que vous ne preniez point en mauvaise part ma démarche prématurée, parce que vous saviez au fond en apprécier le motif. Le fait est que j'en voulais à votre âme, mais je ne lui voulais que du bien. Combien plus excusez- vous aujourd'hui mon indiscrétion, puisque vous me donnez raison. »
Quelquefois l'attaque du P. de Ponlevoy était tellement vive qu'elle semblait non-seulement devoir différer la conversion, mais la rendre impossible. Sans doute, alors il fallait tirer un grand pécheur de sa léthargie et laisser à d'autres Je soin d'achever l'œuvre commencée. — L'histoire d'une Samaritaine en est un exemple.
Cette femme était une grande criminelle, a Elle me fait horreur, » disait le P. de Ponlevoy. Par charité cependant il avait consenti à faire placer sa fille âgée de quinze ans dans un couvent. Quand pour la première fois, la mère se présenta devant lui, il la reçut avec froideur. Celle-ci se plaignit de la conduite de sa fille â son égard et du peu d'amour qu'elle lui témoignait. « Et vous, reprit le Père, comment êtes-vous avec Notre- Seigneur? — a Je m'accuse, balbutia-t-elle toute tremblante. » « Si votre cœur était à Dieu, reprit l'apôtre indigné, le cœur de votre fille serait à