CHAPITRE V. CONVERSIONS
l'on vient de lire. Le Père le raconta dans une ^et.raite donnée au Carmel en 1860.
a Je fus une fois appelé auprès d'un mourant. Il me reçoit avec un regard foudroyant, ne veut nullement entendre parler de confession, me répond avec un accent d'ironie amère. — J'insiste. Il finit par me dire ; « Est-ce que vous n'entendez pas le français? Voulez-vous vous en aller? » Là-dessus je me retire ; mais au moment où je sortais vaincu et désolé, la petite-fille du malade qui venait de faire sa première communion, accourt et me dit : « Oh! mon Père, attendez ; je m'en vais faire une petite prière à la Sainte Vierge, et puis il y a dans le journal une histoire qui parle d'elle, En lisant le journal à bon papa, je tomberai là-dessus et la Sainte Vierge touchera son cœur. » La petite fille suit ponctuellement ce petit programme. Après sa prière, elle commence la lecture, et arrive comme par hasard à l'histoire en question. Le vieillard écoute. Au bout d'un instant, il lui fait signe d'interrompre... Elle reprend après quelques minutes. — « Arrête, arrête », s'écrie le malade... Puis tout d'un coup : « Est-ce que le bon Père est encore ici? » J'étais dans la chambre voisine. J'entre bien vite. La porte du cœur était ouverte par la prière d'une petite enfant. »
Que de conversions nous pourrions citer, si la modestie du P. de Ponlevoy n'avait pas caché
ses pêches miraculeuses! Je me suis adressé pour les connaître à son compagnon de trente ans, au P. Lefèvre. « Je les ignore, me répondit-il. Il était trop humble. Jamais il ne parlait du bien qu'il faisait. »
Ces fruits extraordinaires durent être fort abondants si l'on en juge par son ministère habituel. Il était obligé de le restreindre pour pouvoir y suffire.
ce La veille des fêtes, écrit un de ses pénitents, on rencontrait à la porte de la cellule du P. de Ponlevoy, assis autour d'une vaste chambre, sur des chaises de paille, attendant leur tour, les hommes des opinions et des conditions les plus diverses. Chacun savait qu'il avait dans le Père un ami tel, qu'il pouvait se croire privilégié dans son affection. Mais jamais cet empire que le P. de Ponlevoy exerçait ne lui suggéra une pensée de fierté, et il avait porté jusqu'à la perfection de la sainteté la douceur dans l'humilité. On entrait, on avait l'esprit tout couvert d'ombres, on ne savait où se prendre, tout manquait ; on portait chez lui la confidence d'une espérance brisée, d'une illusion déçue, d'une confiance trahie. Dans la grande et simple cellule du premier étage, devant la table de noyer et le petit bureau chargé de livres on trouvait le P. de Ponlevoy, debout, les bras ouverts, le sourire sur les lèvres, la tendresse dans les yeux. On se