CHAPITRE V. DIRECTION. a
jetait dans ses bras et l'on causait. Il écoutait affable et grave, quelques instants. Rien qu'en lui parlant, on subissait déjà le charme d'une vertu cachée qui seaiblait s'échapper de lui. Il disait quelques mots calmes, profonds et doux, doux surtout, et l'on s'en allait les yeux pleins de larmes, le cœur plus ferme. Nous connaissons des âmes qui, près de faiblir, ont repris, après une de ces visites, un courage qu'elles n'ont plus perdu. »
La lettre d'un prêtre distingué, écrite en i86/, au P. de Ponlevoy, nous fait connaître, en fort bon langage, l'estime que les membres du clergé faisaient de sa direction.
'c Jeudi, j'allais voir le P. de Ravignan. Il était bon et indulgent pour moi, et je sortais de chez lui avec un peu de cette grande paix de Dieu qu'il savait donner et qu'il méritait aux autres par ses victoires intérieures. C'est une grâce très-rare et très-à rechercher pour les prêtres qui vivent dans le monde, que l'approche des âmes plus recueillies et plus fortes que la leur. Dieu se sert de ces rencontres pour déverser des uns aux autres le surplus de ses dons. Pardonnez-moi si quelquefois et dans des heures plus douloureuses de fatigue intérieure et de pauvreté spirituelle, je vais vous demander un quart d'heure de con-versation sur les choses de Dieu; je vous assure que vous n'avez pas affaire à un ingrat, et que la
reconnaissance pour les bienfaits spirituels est une de celles que je trouve les plus faciles et les plus douces. »
Parmi les pénitents qui -s'adressaient au P. de Ponlevo}^ se trouvaient les noms les plus honorables de la société. Des personnes bien connues à Londres, à Vienne, en Pologne, en Russie, en Italie, en Belgique, en Amérique; des ministres, des princes de l'Église, des députés, des auteurs de grand mérite, des ambassadeurs, des généraux, les dames du plus haut rang, des catholiques de toute nuance et de tout parti, recouraient à ses conseils. Pour ne trahir aucun secret, je ne citerai qu'un petit nombre d'illustres morts. S. E. le cardinal Morlot, archevêque de Paris, vint longtemps avec une pieuse simplicité et une régularité touchante, se confesser au P. de Ponlevoy; et quand ses occupations lui faisaient manquer l'heure convenue, de petits billets remis en temps opportun avertissaient du changement.
Après la mort du P. de Ravignan, M. Biot, membre de l'Académie Française, de l'Académie des sciences et membre libre de l'Académie des inscriptions, avait pris le P. de Ponlevo}^ pour directeur. Vers la fin de sa vie, à l'âge de quatrevingt-c{uatre ans, ne pouvant pas facilement le visiter, il priait son bon Père de venir le confesser.
Le célèbre Ddnoso Cortès avait recours au mi-