‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 137 sur 252 · CHAPITRE V. — DIRECTION. -j.S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DIRECTION. -j.S

nistère du P. de Ponlevoy. Il voulut même faire les Exercices spirituels sous sa direction. Malgré ses travaux personnels et les affaires de l'ambassade d'Espagne, il avait pu consacrer deux heures par jour aux méditations de saint Ignace. Mais arrêté tout d'un coup par un surcroît de besogne, « Mon bon Père, écrit-il à son directeur, voilà que votre fils en Notre-Seigneur s'est vu forcé non-seulement de suspendre ses exercices, mais encore de renoncer à vous voir. Une affaire près ■ santé m'a pris les deux heures que je consacrais au bon Dieu. Il faut espérer que Notre-Seigneur ne m'en voudra pas pour cela, ni vous non plus, qui êtes pour moi l'expression de sa volonté. Je pense que mon travail extraordinaire finira à la fin du mois. J'aurai le bonheur de vous revoir alors, et de recommencer avec une nouvelle ardeur mes Exercices En attendant, je vous prie de me bénir et de prier le bon Dieu pour moi.

ce Le marquis de Valdegamas. »

Parmi les âmes léguées au Père de Ponlevoy par le Père de Ravignan, nous ferons une mention spéciale de l'illustre Berrj^er, qui pendant douze ans ne mancjua jamais d'aller trouver son confesseur et d'accomplir son devoir pascal.

Mais en octobre 18G9, époque de sa dernière maladie, ce fut le Père de Ponlevoy qui le visita.

Laissons la parole à celui-ci; nous ne voudrions pas usurper le rôle de narrateur qui lui appartieni deux fois.

a Je lui proposai, dit-il, dès ma première entrevue, de se confesser, afin d'avoir plus de paix et de force, avec plus de grâce. Il le fit à l'mstant, et après m'avoir embrassé, il voulut encore baiser la main de celui qui venait de le bénir. Il me dit aussi en m'indiquant du geste le portrait bien connu placé en face de son lit : « Le Père de Ravignan est là. » Comme je revenais presque tous les jours, le malade me dit une fois : a Vraiment, je reconnais que la maladie ellemême est un don de Dieu, parce qu'elle rapproche les cœurs et surtout parce qu'elle nous rapproche de Dieu. » Entre toutes les prières, sa prédilection était pour le Salve Regina^ et chaque jour après un grand signe de croix, il le récitait avec tous les assistants. Cette prière commune dans laquelle nos voix accompagnaient celle du malade, détermina une fois une scène des plus touchantes. Une personne amie, mais éloignée de la religion, tout à coup se déclare vaincue sur place. Il y eut alors des larmes de joie, et le malade tout heureux lui adressa cette charmante parole de félicitation : « En vérité il ne vous manquait que cela. »

a Cependant la maladie suivait son cours, et il était déjà question d'une issue fatale et peut-être

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procliaine. Il fallait donc recourir aux grands moyens.

« Le 16 novembre était une date funèbre. A pareil jour, M. Berryer avait perdu sa femme, et ne manquait jamais de faire célébrer un service annuel, en mémoire de tous les siens déposés dans le caveau de famille. Il tenait à payer lui-même de sa présence la pieuse dette de son cœur de fils et d'époux. Il était tout naturel de prendre acte de cette circonstance, et, dès qu'il lui fut proposé, au nom de tous ces chers souvenirs, de recevoir les deux grands sacrements des malades, l'onction sacrée pour les derniers combats et le viatique divin pour le suprême passage, sans hésiter un seul instant, il accepta avec reconnaissance. Il avait exprimé le vœu d'être administré par son confesseur lui-même. Toutefois il désira remettre la cérémonie au lendemain matin, afin d'avoir tout le temps de s'y préparer.

« Le 17 novembre, entre 9 et 10 heures, M. Berryer voulut se confesser une dernière fois. Il tenait à le faire en toute conscience et vraiment à souhait. Sur sa recomm'andation expresse, toutes les portes de la chambre furent exactement fermées, et alors dans la plénitude de ses facultés, avec toute la netteté de ses souvenirs et la franchise de sa religion, d'une voix ferme, pleine et sonore, il prononce ces désaveux suprêmes cjui

replongent dans l'éternel oubli toutes les défaillances temporaires.

ce Puis le prêtre tenant entre ses doigts la divine hostie lui adresse ces quelques paroles : u Mon bien cher ami, je vous présente et je vous laisse le Dieu de votre première communion. Le reconnaissez- vous ? »

ce A cette question, le malade, souriant sans rien dire, fit un grand signe de tête, ce Oui, c'est bien lui, toujours le même, toujours constant, quand même nous ne sommes pas fidèles. C'est lui qui pardonne et qui bénit; c'est lui qui reste seul quand tout passe, et qui nous prend et nous recueille, quand nous nous en allons nousmêmes. — ce Seigneur Jésus, celui que vous aimez, celui qui a toujours cru en vous, qui souvent a si bien parlé de vous, est malade. Rendezlui donc la joie et la vigueur de la santé; en attendant, donnez-lui la patience et la douceur dans la maladie ; et enfin, au nom de Marie votre mère et la sienne, réservez-lui un jour le bonheur qui n'est point de ce monde, et cette gloire qui n'est plus du temps. »

ce La sainte cérémonie venait d'être terminée. Avec une parfaite présence d'esprit, M. Berrj^er passa une partie de cette journée et même de la nuit, à mettre toutes ses affaires en règle; il déclara nettement sa résolution d'aller se guérir ou mourir dans sa maison de campagne.

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