I. Annot. XIV
pas la souffrance, c'est téméraire; et d'ailleurs toute votre voie est dans le suscipe ; n'allez pas au delà, recevez aimablement la croix si elle se présente; ne la demandez pas. » — « Cependant, mon père, quel est le sens des prières liturgiques, du Stabat par exemple ? N'est-ce pas l'hymne d'un cœur qui a soif de s'immoler avec Marie ? » — ce Pour vous, sans rien spécifier, contentezvous, mon enfant, de dire à Notre-Seigneur : rendez-moi semblable à vous. » Cette pénitente le fit et bientôt elle obtint ce que Dieu voulait, l'amour de la souffrance et là connaissance de sa faiblesse.
Les religieuses du Sacré-Cœur qui s'adressaient au P. de Ponlevoy étaient persuadées qu'il lisait dans leur âme et qu'il avait, pour les conduire, des vues surnaturelles.
ce Après m'avoir entendue, nous écrit l'une d'elles, mon directeur répondait quelquefois par un mot bref qui semblait n'avoir aucun rapport avec ce que je lui avais dit, et pourtant je m'apercevais bientôt que ce mot, lancé comme au hasard, répondait exactement à un besoin de mon âme ou â une disposition qui ne se manifestait que plus tard. »
Malgré son dévouement au Sacré-Cœ.ur, il ne faudrait pas croire qu'il bornât à cette communauté les efforts de son zèle. Il n'est presque aucune maison religieuse à Paris où il ne se soit fait
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entendre. Je dirai quelques mots de celles où il se rendait le plus souvent.
De ce nombre étaient les dames de la Visitation. 11 leur exposait les Exercices de saint Ignace avec la langue si douce de saint François de Sales et la parole virile de sainte Chantai. Son extérieur modeste attirait tous les cœurs. On l'observait avec soin pour s'édifier et s'élever à Dieu. La Sœur qui remplissait depuis de longues années l'office de tourière au monastère de la rue d'Enfer et qui avait le droit et le devoir d'être mieux instruite qu'aucune autre, parlait avec effusion de la bonté, de l'humilité du vénéré Père. « Quand il arrivait à la sacristie, il se mettait à genoux dans un petit coin, disait son chapelet et demeurait tout entier à sa prière et caché en Dieu. » Puis il prêchait comme on sait. En sortant, il demandait des nouvelles des malades, ou leur laissait des lettres comme celles-ci : « Il faut convenir que nous nous tenons de près dans le Seigneur. Vous avez le Cœur de Jésus, et nous avons son nom; au fond, n'est-ce pas la même chose? Le nom exprime ce que le cœur veut; le nom est arboré sur une croix, le cœur percé d'une lance. » — ce Ma bonne mère Marie-Pauline, écrivait-il un autre jour, est donc éprouvée toujours. Notre- Seigneur l'a-t-il choisie pour être une victime? Sans doute, il en faut aujourd'hui, et à ce titre, à ses yeux, elle serait véritablement une martyre.
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Paisse cette pensée la fortifier dans ses douleurs, en attendant le jour des consolations ! »
Le Carmel, comme la Visitation, avait de grands attraits pour le cœur du P. de Ponlevo3^ Il y donnait des retraites de huit jours. Et cette fois, c'était sainte Thérèse qui unissait sa voix à celle de saint Ignace : sainte Thérèse et saint Ignace, enfants tous deux de la catholique Espagne, apôtres voués à la conquête des âmes, maîtres savants dans ces voies spirituelles ; c[ui ont vécu presque en même temps, ont obtenu ensemble les honneurs de la canonisation, et ont fondé deux ordres dont la vie est différente, mais dont le but est identicjue : sanctifier les autres en se sanctifiant soi-même.
Le P. de Ponlevoy n'avait garde d'oublier ces traditions communes. Il aimait à réunir ces deux noms dans ses instructions ou dans ses lettres aux Carmélites.
ce Lisez sainte Thérèse et saint Ignace, écrivaitil, et vous verrez que l'amour des souffrances et des humiliations, c'est l'abnégation et l'épreuve, en un mot, c'est la croix. Il ne s'agit pas de la sentir, mais de l'avoir; et on l'a quand on veut, quand on s'abandonne, cjuand on se dévoue et qu'on s'immole. — Le bon abbé X. a fait merveille chez vous. Je ne m'en étonne pas; il aime Notre-Seigneur, et il a fréquenté sainte Thérèse et saint Ignace. »
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Le P. de Ponlevoy était allé en Espagne dans l'été de 1861, et put y faire un double pèlerinage à Loyola et à Manrèse. Revenu de ce voyage, plein de consolations pour son cœur : « Eh bien ! ma chère Sœur, disait-il, maintenant que j'ai fait mon pèlerinage dans le pays de votre sainte Mère et de mon bienheureux Père, je puis dire que j'ai fait mon tour du monde. » Et faisant allusion à un souvenir de ce voyage, il en prenait l'occasion d'une petite leçon morale en harmonie avec les enseignements de sainte Thérèse et de saint Ignace : ce Non, je n'aime pas que vous vous écrasiez de reproches et de sottises; il y a dans ce fait du dépit qui ne mène à rien. Croyez- vous encourager votre équipage en l'accablant de coups de bâton, comme j'ai vu faire aux pauvres mulets en Espagne? Us ont failli nous faire verser; voilà tout. »
Ces conseils de calme et de support personnel sont utiles aux religieuses, et aux Carmélites surtout.
A l'exemple de leur sainte Mère, elles voudraient gravir, et très-vite ,1a montagne de la perfection. Mais plus elles s'élèvent, plus la perfection grandit à leurs yeux ; et elles se découragent en se voyant encore si bas et si loin. Il faut donc leur recommander de se hâter avec lenteur et patience.
a Vous êtes trop empressée, trop agitée, Marthe, Marthe. Tenez-vous donc tranquille, souffrante et
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contente sous la main de Dieu, aux pieds du Maître, sur le cœur de l'Époux, auprès de la crèche, encore plus près de la croix, à la porte de la prison. »
Au Carmel, on aime la croix, et on la porte généreusement et joyeusement. Mais il est bon d'insister auprès des âmes les plus dévouées. La croix est parfois ou parait si dure! Le P. de Ponlevoy écrivait, en 1862, aune Carmélite qui venait de faire une retraite : « Si vous recevez pour cadeau l'amour du sacrifice, saint Jean de la Croix vous en fera son compliment, et moi, je ne vous souhaite pas d'autres étrennes. Tout est bien là en effet... et surtout il faut se souvenir que ce n'est pas à nous à choisir notre croix, mais seulement à la recevoir des mains de Notre-Seigneur telle qu'il la veut. »
Les croix les plus pénibles pour ces âmes qui tendent à la sainteté viennent de la vue de leurs fautes journellement constatées. Quelle conduite tenir alors? S'armer d'un humble courage : « Sachez-le bien, ma Sœur, une semaine où, en bataillant beaucoup, yous avez été souvent égratignée, vaut infiniment mieux pour le progrès spirituel qu'une semaine où vous n'avez pas reçu un coup d'épingle, parce que vous n'avez pas donné un coup d'épée. Après cela, oui, mon enfant, faites de l'humilité du matin au soir, et du soir au matin, mais de la bonne, de l'humilité confiante,
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contente et courageuse, l'humilité de la petite servante, qui dit le grand fiât. »
Le P. de Ponlevoy aimait tous les Carmels et y trouvait toujours un accueil religieusement sympathique. Mais il avait conservé pour ceux de Tours et du Mans une reconnaissance particulière. Quand il fonda dans cette ville un collège de la Compagnie, cette communauté avait pourvu largement aux premiers besoins. Il en garda un souvenir durable; et pour témoigner sa gratitude à ce monastère, il s'était engagé à y faire une exhortation toutes les fois qu'il passerait quelques jours dans cette ville. Il n'y manqua jamais.
Comme il était heureux de parler aux Carmels de Paris ! On se rappelle encore, à la rue d'Enfer, un sermon prêché en i85i sur l'amour de sainte Thérèse pour Jésus, et de Jésus pour sainte Thérèse. Il s'était engagé à prêcher la retraite au Carmel de la rue de Messine, l'année même de sa mort :
a Ma révérende Mère, écrivait-il à la Mère prieure le 8 mai 1874, le bon Père Provincial n'a pas osé vous donner une assurance. On se dit, sans doute : que serai-je alors et où serai-je, et serai-je encore? Cependant il est probable que la chère retraite sera possible, et dans ce cas il est certain que je la donnerai ; parce que pour le Carmel je veux tout ce que je puis. »
Il le voulait, mais Dieu en avait disposé autre-
ment, et la mort vint Je surprendre quelques jours avant la retraite promise.
Parmi les communautés nouvelles qui se sont fondées pendant le séjour du P. de Ponlevoj à Paris, j'en citerai une qui l'attirait plus souvent.
A la vue du nombre des âmes qui gémissent dans les flammes du purgatoire, sans pouvoir mériter leur délivrance, une association généreuse s'est formée dans le but de souffrir et de prier pour elles.
Ces charitables victimes, en ouvrant ainsi le ciel à leurs frères les trépassés, se sanctifient par le sacrifice et méritent d'être payées de retour. Mais l'association des Auxiliatrices du Purgatoire fait encore davantage : elle agit, elle marche à la conquête des âmes.
Le P. de Ponlevoy avait vu ses débuts humbles et miraculeux, a Je ne fais que passer par Paris, écrivait-il en 1862, venant de l'ouest et allant vers le midi; mais j'ai le temps de dire les meilleures choses sur cette nouvelle famille religieuse.
« Je la connais bien, très-bien; l'esprit en est excellent, les œuvres utiles et nombreuses. »
Parmi les œuvres indiquées, outre celle de la prière pour les âmes des défunts, il fallait compter dès cette époque les écoles professionnelles ou déjeunes apprenties se forment à l'état qu'elles veulent embrasser.
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Cinq ans plus tard, le P. de Ponlevoy et Mgr Languillat, vicaire apostolique du Kiang- Nang, devaient en fonder une nouvelle.
V^oici comment le fait se passa ^.
Quelques jours avant son départ pour la Chine, Mgr Languillat vint célébrer le saint sacrifice de la messe dans la chapelle des Auxiliatrices, et demanda à Notre-Seigneur, par l'entremise des âmes du Purgatoire, de lui donner la lumière qu'il cherchait au sujet de la congrégation religieuse destinée, dans le plan divin, à se charger de la direction des vierges chinoises et des orphelinats confiés à sa sollicitude pastorale.
Durant la messe, Mgr Languillat eut intérieurement l'impression que la société religieuse, au miheu de laquelle il se trouvait,, était celle qui, dans la pensée de Dieu, devait être sa coopératrice dans la grande œuvre des missions. Aussi, après sa messe, dit-il en souriant à la Mère de la Providence : « Je crois que je suis venu chercher des Auxiliatrices chez les Auxiliatrices. — Comment cela, monseigneur? répondit-elle toute surprise. — Quoi donc, ajouta Sa Grandeur, ne serez-vous Auxiliatrices que dans un petit coin du monde? — Non, monseigneur, dit vivement la Mère de la Providence, nous sommes Auxiliatrices dans tout l'univers. »
I. Notice sur la Révérende Mère Marie de la Providence (page i6i). Paris, Lecoffre, 1872.
3o6 LIVRE II. — APOSTOLAT.
Pendant cette matinée, le R. P. de Ponlevoy, alors Provincial de France, duquel dépendent les missions de la Chine, et qui ignorait complètement la visite de Mgr Languillat à la Communauté, eut, ainsi que Sa Grandeur, l'impression cjue les Auxiliatrices étaient appelées de Dieu à la direction des orphelinats chinois ; aussi, à peine l'évêque missionnaire fut-il de retour à la résidence, que le Révérend Père lui fit part de la pensée qui le préoccupait.
Cette coïncidence toute providentielle les frappa vivement l'un et l'autre et leur parut comme un signe de la volonté de Dieu, Avant la fin du jour ils retournèrent ensemble rue Barouillère.
Le R. P. Provincial, dès le début de l'entretien, demanda à la Mère de la Providence si la perspective d'une fondation en Chine ne lui paraissait pas impossible : « Impossible, mon Révérend Père dit-elle, ah! il me semble que ce mot n'est pas chrétien; je dois avouer pourtant que je n'ai point encore réfléchi sur un pareil sujet. Notre petite communauté est si nouvelle et à peine établie en France, comment aurais-je déjà pensé à la Chine? — Mais si le bon Dieu veut bien manifester sa volonté? dit le Père. » — « Ah ! s'il m'était clairement démontré que tel est l'ordre de Dieu, je dirais aussitôt : Ecce aucilla Domini, »
Le P. Provincial raconte alors à la Mère de
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la Providence comment la pensée de faire appel aux Auxiliatrices s'était présentée simultanément à son esprit et à celui de Mgr Languillat. Il ajouta que tout lui semblait providentiel dans ce projet, et témoigna le désir de voir la Communauté réunie.
Le Révérend Père, après avoir adressé aux religieuses quelques mots, touchant la mission de la Chine, et prié Sa Grandeur de réciter un Ave Maria dans la langue du pays, demanda s'il n'y en avait pas quelques-unes qui eussent le désir des Missions. La Mère de la Providence ajouta aussitôt : « Mes enfants, que celles d'entre vous qui désireraient partir pour la Chine se lèvent. » La plupart se levèrent spontanément. Le P. Provincial et Mgr Languillat se retirèrent en remerciant Dieu de la céleste étincelle de dévouement apostolique qu'il avait allumée dans ces cœurs.
A dater de ce jour, les Auxiliatrices du Purgatoire devinrent des apôtres dans les Missions.
Le P. de Ponlevoy prêchait volontiers des retraites aux prêtres et aux frères des Écoles chrétiennes. Nous aurons occasion d'en parler plus loin. L'œuvre des Communautés lui donna l'occasion de déployer un genre d'éloquence apostolique où il égala et surpassa même le P. de Ravignan; éloquence plus intime, moins éclatante que la grande prédication; plus fructueuse peutêtre, en tout cas plus consolante, parce que dans
cette communication familière, les âmes d'élite se connaissent mieux et s'unissent davantage.
C'est ici le lieu d'étudier cette éloquence, l'un des traits marquants de sa physionomie apostolique.
On connaît le mot célèbre : Je crains Vhornnie dunseul livre. Je le crains, si je l'ai pour adversaire.Mais je l'aime, si je l'aipour ami etpour guide. Au lieu d'éparpiller ses forces sur une multitude d'ouvrages sans liaison entre eux et quelquefois sans valeur, l'homme d'un seul livre concentre sur un chef-d'œuvre ses lectures et ses réflexions. Et si le chef-d'œuvre est d'un ordre surnaturel et divin, s'il est à la fois court, universel et pratique, la lumière sera plus élevée, plus durable, plus utile et plus pure.
Tel est le livre des Exercices; le P. de Ponlevoy était l'homme de ce livre, l'homme des Exercices ; de là sa force.
Un usage quotidien lui avait fait" trouver mille goûts à cette manne spirituelle. Utilité et fécondité, tels sont donc les caractères de son éloquence intime.
Il a donné plusieurs années de suite les Exercices aux Enfants de Marie, dans la chapelle du Sacré-Cœur de/ Paris. Ces retraites sont toutes semblables et difi'érentes. Par exemple, quand il expliquait le péché, il exploitait avec un rare bonheur la mine si riche ouverte par notre Bien-
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heureux fondateur. Tantôt il commençait par constater le désordre de nos opérations par l'énumération des crimes, et les conséquences de ce désordre qu'il appelait « une existence nulle, une destinée manquée, une vie ennuyée, une mort alarmée. » Tantôt, recherchant les causes de ce désordre, il les trouvait : i° dans le défaut de penser, qui nous fait prendre des réalités pour des apparences, et des apparences pour des réalités; 1° dans le défaut de volonté présente et courageuse.
Il n'y a pas dans les Exercices de méditation spéciale sur la mort. Cependant le P. de Ponlevoy trouvait le moyen d'en composer une d'après ce petit livre. Trois mots de saint Ignace lui donnaient l'occasion de faire trois réflexions, ou même trois discours différents. La mort devenait alors ce la vengeresse de Dieu, la conseillère de l'homme et la libératrice de l'âme. »
Pour donner à ces entretiens une forme rajeunie, il groupait, en quelque sorte, toutes ses idées autour d'un tronc unique, dont chaque méditation était comme un rameau. Ainsi, l'une de ses retraites représentait Jésus-Christ comme fin et comme modèle. Une autre, ressortant presque tout entière de i'Ave Maria, montrait en Marie le type de la femme chrétienne, intérieure, forte, martyre et apôtre. Une série d'exercices rattachait au courapre, comme à l'idée do-
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minante, le progrès de la sanctification. On y rappelait tour à tour le courage dans le salut, les lâchetés du péché, les prétextes, les causes du découragement, l'a-propos, les moyens et les motifs du courage, la persévérance dans Je courage chrétien. Tel fut le sujet de sa dernière retraite aux Enfants de Marie.
Cette rétraite a laissé un souvenir plus durable. L'apôtre s'y montra tout entier. On se rappela surtout un discours sur la pusillanimité, qui se termina comme un orage.
ce Je me demande, dit l'orateur, comment on peut dire tout ce que l'on dit. On parle de tout, même des choses qui n'avaient- pas de nom, ni dans la langue chrétienne, ni dans la langue morale. Il en est de même des lectures. On expose d'autres âmes à se perdre, en laissant traîner des ouvrages qui ne devraient] amais entrer dans une maison chrétienne; on lit tout ce qui paraît et on dit pour excuse : Cela ne me fait rien ! »
Ici, le P. de Ponlevoy, s'efforçant de donner à sa voix plus d'ampleur et d'indignation, ajouta avec une colère vraiment éloquente : « Comment, mesdames, cela ne vous fait rien, et vous osez le dire? Mais cela prouverait que vous êtes blasées! Dans vos salons on voit étalés sur vos tables, tous les romans nouveaux, et vous ne craignez même pas d'y donner place à ce livre infâme c[ai a porté atteinte à la personne même de Notre-
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Seigneur Jésus-Christ! Et quoi donc! si une main maudite avait écrit contre l'honneur de votre père ou de votre mère, liriez-vous, conserveriezvous son œuvre? Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est donc plus votre Père? Il ne vous tient donc plus au cœur? » A ces derniers mots, bien des fronts se baissèrent; la douleur, l'indignation et le repentir arrachèrent des larmes salutaires.
Le trésor des Exercices de saint Ignace a un double prix. Il peut être exploité sans fin par un esprit fécond; il peut se joindre, sans les déprécier, à d'autres valeurs. Le P. de Ponlevoy ne connaissait pas moins le second mérite c[ue le premier. Il adaptait sans peine notre méthode à celles de toutes les communautés qu'il évangélisait. Tout en suivant les méditations de Manrèse, il se gardait bien d'imposer son S3^stème d'oraison; mais il unissait Tesprit des divers fondateurs à celui de notre Bienheureux Père. Ainsi, comme nous l'avons dit plus haut, les œuvres de sainte Thérèse, de saint François de Sales, de saint Augustin, du vénérable La Salle venaient corroborer dans les familles de ces chefs d'ordres les réflexions de saint Ignace.
Il en était de même quand il prêchait des retraites pastorales. Il s'est fait entendre dans un très-grand nombre de diocèses, et, avant tout, il engageait les prêtres à devenir des hommes d'oraison. Il leur apprenait la méthode de saint
Ignace, non pour la substituer à la leur, s'ils en étaient contents, mais pour leur montrer la richesse et la simplicité des industries enseignées par notre saint Fondateur.-
Nous n'avons que fort peu de souvenirs complets de ces retraites. Il n'a pas laissé un seul grand discours écrit d'un bout à l'autre. Autant que l'on peut en juger par les notes qui nous sont parvenues, outre les Exercices proprement dits qu'il donnait, il faisait une série de conférences sur les vertus et le ministère du prêtre, empreintes d'une foi profonde, pleines d'Écriture sainte et de sages conseils.
Ces notes sont fort substantielles. L'auditoire sacerdotal est éclairé, pratique, défiant de toute forme déclamatoire. Ce qu'il demande, c'est un enseignement doctrinal puisé dans l'Écriture et dans la tradition, et d'une application immédiate. Il ne repousse pas sans doute, une belle théorie brillamment exposée; mais, il veut, comme saint Ignace, des choses, non des mots, res, non verha; et il aime que cette théorie soit solidement appuyée et pratiquement féconde. Le P. de Ponlevoy connaissait bien cet auditoire, si l'on en juge par le grand nombre de retraites cju'on lui demandait, et les canevas très-riches qu'il nous a laissés. On en trouvera un remarquable exemple dans le second volume de cet ou-
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Mais ]e talent d'exploiter les Exercices éclate surtout dans les exhortations qu'il adressa aux religieux de la Compagnie de Jésus.
Là il se montrait incomparable, et de l'aveu de tous. Quand il prêchait à Brugelette, son auditoire était ravi; mais il ne s'adressait alors qu'à des enfants. Plus tard, quand il monta dans les grandes chaires, la force physique et le goût des vérités spéculatives lui manquaient, pour donner à son action et à ses idées le genre de mérite qu'on exige d'un orateur de cathédrale. S'il excellait à prêcher des retraites, l'auditoire était- il toujours au niveau du prédicateur? Sans doute, il n'était pas obligé de se faire plus petit que luimême dans les retraites pastorales; mais son humilité lui persuadait c|ue ses auditeurs étaient plus grands que lui. Dans les conférences qu'il adressait à ses frères, il parlait la même langue qu'eux, celle des Exercices, et dans un espace restreint où sa voix faible pouvait facilement se faire entendre. Il ne perdait donc aucun de ses avantages; et la supériorité de son talent, la sainteté de sa vie, le charme de sa parole, faisaient ressortir l'unité féconde qu'il trouvait dans- les enseignements de saint Ignace.
Voici ce qu'écrivait un de ses auditeurs les plus assidus, orateur lui-même :
ce Rien de plus intéressant qu'un entretien spirituel du P. de Ponlevoy, dans une réunion
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pea nombreuse. Tout y captivait l'auditeur : la doctrine solide et abondante, l'exposition trèslumineuse, le débit plein de naturel et d'un aimable abandon. L'entretien tout entier se gravait dans la mémoire avec une facilité merveilleuse. Parmi ses frères en religion, il était placé, pour l'art de faire des exhortations, au-dessus du P. de Ravignan. »
La science des Exercices, familière à ses auditeurs, était une des causes principales de ses grands succès. Il ramenait presque tous ses entretiens à ce fonds commun, et faisait ainsi un grand nombre de discours où il tirait du petit livre de saint Ignace des sujets ignorés jusquelà. C'est ainsi qu'on peut voir, d'après les plans qui nous'restent, seul vestige autorisé de sa parole, ce que les Exercices ont dit du respect, de la victoire, de la présence de Dieu, de l'émulation, de l'éducation, de l'autorité, de la pureté d'intention, de la générosité, de la modération, du sérieux, de l'avenir, sans compter des instructions sur le Saint-Esprit, le démon, saint Joseph, le bon Ange, les Saints, le Sacré-Cœur.
Sur ce dernier su^et, il était intarissable. Il est bien à regretter qu'il ne nous ait laissé comme souvenir c[ue dix ou douze ébauches à peine tracées.
Mais, dans leur concision et leurs abréviations mêmes, et malgré des antithèses un peu
CHAP. VI. — COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES. 3lS
trop multipliées, ces tables de matières sont pleines de lumière et d'amour. Nous en citerons un exemple.
ce Parlons du rôle de la mémoire dans le Sacré- Cœur et du rôle de la mémoire dans la spiritualité!
« i^ Du rôle de la mémoire dans le Sacré- Cœur.
a II faut c^ue ce rôle soit considérable, puisque la sainte Ecriture y revient sans cesse, et le fond de presque toutes les prières inspirées ou con~ sacrées, est un appel tantôt au souvenir de Dieu, mémento y Dom.ine *, et tantôt à son oubli, ne memineris ^.. et Dieu en effet promet tantôt l'un, tantôt l'autre.
ce Que conclure de là, sinon que la mémoire de Jésus est libre et volontaire? (il oublie ou il se souvient, quand il veut); — sinon que la mémoire de Jésus est toute dans le Sacré-Cœur? (il n'a vraiment que la mémoire du cœur au service de la volonté).
« Par exemple, le Sacré-Cœur a réellement mauvaise mémoire dès qu'il s'agit de lui-même. Il n'a pas du tout la mémoire des injures. Dès qu'il pardonne, il oublie. Une fois pourtant, même en pardonnant, il fait sentir à Pierre qu'il se sou-