‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 148 sur 252 · I. Lig. Theol Mor., L. VI, Tract. IV, Cap. i. Dub. II · texte numérisé non relu

I. Lig. Theol Mor., L. VI, Tract. IV, Cap. i. Dub. II

Seigneur disait à sainte Thérèse : a Personne ne se perd sans le savoir certainement. »

Le P. de Ponlevoy parlait de même : a Comment auriez- vous avalé un éléphant sans le savoir, vous qui avez peur d'un moucheron? »

Que faire alors, quand ces inquiétudes de conscience nous éprouvent? « Allez en avant, écrivait le Père, droit au bon Dieu et ne regardez pas tant derrière vous, comme cette pauvre femme d'autrefois qui pour sa peine ne bougea plus de sa place, mais fut bel et bien convertie en statue de sel. Il ne faut pas pleurer d'avoir pleuré, parce que c'est un cercle vicieux. Il faut plutôt rire et ne pas pleurer une autre fois. »

Mais, aux yeux de Dieu, ce que nous appelons faute légère est un péché réel qui doit être expié. Le directeur éclairé, tout en fortifiant l'âme contre de vains scrupules, l'aidait à se purifier des moindres souillures.

oc Vous gagnerez au centuple si vous passez d'un pas ferme et d'un front haut au travers de votre essaim de mouches et allant tout droit avec une confiante humilité. Pour réparation ou pour préparation, au lieu de vous agiter et démener avec tant de fatigue jusqu'à épuisement, donnez plutôt un coup de brosse pour secouer la poussière; un acte de contrition, de charité, un sacrifice, un peu d'eau bénite fait Taff'aire. »

La confession de tous les huit ou quinze jours

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sans scrupules et sans retours éternels sur le passé, la communion fréquente et réglée, lui paraissaient aussi un moyen excellent pour ramener la paix.

K Je vous ai permis et conseillé cette fréquence de communion, parce que vous avez de bons désirs d'une part, et de l'autre une grande faiblesse, d'ailleurs une grande docilité. Allez en avant et portez légèrement l'absolution pendant quinze jours au moins et, pendant ce temps, communiez c[uand faire se peut,* sans crainte de toutes les mouches qui volent à travers votre chemin. »

« Oui, vraiment, disait-il à une autre pénitente, passez à cette fréquentation, quoi qu'il en soit des préventions d'enfance, des habitudes de jeunesse, de l'opinion enfin. Ainsi aurez-vous plus de clarté, plus de surnaturel dans votre esprit, plus de nouveauté et d'allégresse dans votre cœur, plus de grâce pour votre âme. »

Quelquefois toutes ces recommandations n'aboutissent pas, et les âmes continuent à se torturer elles-mêaies. Le patient directeur permettait alors un aveu, pourvu qu'on n y revînt plus : « Je vous laisse écrire comme bon vous semble, cela me paraît pour vous comme une petite soupape de sûreté. Dès que vous m'avez dit une chose, il est convenu qu'elle est comme sortie de chez vous pour passer chez moi. Elle ne pèse

plus sur vous par conséquent, puisqu'elle repose sur moi. »

Malgré ces aveux et ces confessions réglées, les consciences timorées se retrouvent toujours ellesmêmes. La vue de leurs misères présentes leur est une seconde source de trouble. Le disciple de saint Ignace donnait alors le conseil du saint évêque de Genève, celui de se supporter et d'être doux envers soi-même. « Rendez-vous indépendante de tout, excepté de Dieu ; soyez la première à rire de ce qui vous fâche, et faitesvous contente quand vous ne l'êtes pas. Passez doucement et utilement vos loisirs, cheminez, même chevauchez si faire se peut. Un nuage a passé; c'est cela, et ce n'est que cela, ce n'est ni le premier ni le dernier. Il est de la nature de notre ciel d'être alternativement sombre et serein. Connaissez-vous, supportez-vous et surmontez-vous. »

Il répétait souvent ce conseil et presque dans les mêmes termes ; « Supportons-nous, et pour cela appuyons-nous, et avec cela surmontonsnous. Je ne fais que tourner dans ce petit cercle qui n'est pas vicieux du tout. C'est toujours revenir à mon cher refrain : patience, confiance et courage. »

Quelle douce charité respire dans ces conseils! a Si nous gardons la paix, la vue dé nos misères peut nous être utile. Elles nous formeront à la

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grande école de l'humilité. — Nos misères sont, après les miséricordes de Dieu, le meilleur des liens entre Notre-Seigneur et nous. Il a un peu besoin de nos misères, comme nous avons besoin de ses miséricordes. Que deviendraient donc celles-ci sans celles-là? »

Mais quelquefois le contraire arrive, la conscience de notre faiblesse, au lieu de nous humilier et de nous jeter dans les bras de Dieu, nous exaspère et nous révolte. Le trouble est alors l'enfant de l'orgueil. Le P. de Ponlevoy avait bien pénétré ces replis de l'àme.

ce Voyez comme monsieur Tamour-propre est bien le père des tristes susceptibilités et impatiences ! Quand il n'a pas son compte, il boude; laissez-le bouder tout seul, il aura la double peine de se fâcher et de se défàcher, et vous, ne prenez pas fait et cause pour lui.

ce Mon enfant, soyez humble et par ce seul fait vous serez douce. Ne cherchez pas avons contenter vous-même d'abord, mais Dieu avant tout, puis votre mari, et votre bonheur viendra tout seul par dessus le marché! »

Cette pensée est encore mieux rendue ailleurs :

ce Le genre chagrin en dévotion est un métier de gagne-petit qui ne va ni haut ni loin, parce qu'il suppose peu de courage et beaucoup d'amourpropre. Cherchez Dieu où il est, dans la paix, par l'humilité. »

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Mais il est une autre cause de découragement aussi générale et non moins funeste. Aux remords excessifs c|u'inspire le souvenir du passé, aux tristesses causées par nos misères actuelles, se joignent souvent les terreurs de l'avenir.

Notre-Seigneur au jardin des Olives, après avoir encouragé ses apôtres, et leur avoir interdit le trouble, a permis cependant que son cœur fût éprouvé par des angoisses de ce genre : cœpit pavere. Je ne parle ici que des âmes pieuses. Une inquiétude vague s'empare de nous. Nous ne savons si nous marchons dans la voie. Comparant l'idéal avec la triste réalité, nous nous demandons si vraiment nous ne sommes pas dans l'illusion. Sainte Thérèse peint admirablement ces tortures de l'agonie, qu'elle appelle un purgatoire, où, au milieu des ténèbres, l'âme cherche son Dieu.

La pratique de l'abandon total entre les mains de la Providence est le grand moyen suggéré sous mille formes par le P. de Ponlevoy pour dissiper ces craintes. Cette recommandation est surtout utile aux personnes qui, voulant mieux vivre, veulent vivre ailleurs, et croient ne pouvoir changer de caractère qu'en changeant de milieu.

« Combien est vraie pour vous cette si bonne parole du Roi-Prophète, le Seigneur me dirige, et rien ne me manquera. Allez dans votre chère voie sans trop savoir par où vous passez, pourvu

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que vous arriviez ; et qu'importe le chemin ! Si le Seigneur vous mène, il ne peut vous mener qu'au terme. J'en ai la plus intime conviction, il vous faut marcher dans la pure foi et la totale abnégation de vous-même, simple et paisible, bien que courageuse et dévouée... »

œ J'aurai à peu près tout dit, écrivait-il à une autre personne fort intérieure, quand je vous aurai dit : Abandonnez-vous à la Providence, et livrez-vous à la grâce. Toutes les voies ont leurs épines. Le mieux, n'est-ce pas avec ces épines de se faire une couronne? »

Et encore : « Soyez contente de Dieu et confiante en Dieu, et, pour mieux vous sauver, perdez-vous dans la Providence. »

Ou bien : « Donnez à Dieu tout ce qu'il vous demande, et recevez tout ce qu'il vous donne. »

Quelquefois la préoccupation de l'avenir vient des événements extérieurs qui menacent. A la crainte d'un malheur, de la maladie ou de la mort; à la vue des persécutions de l'Église ou de la patrie, l'àme se sent froissée et se replie sur elle-même. Alors, pourretrouver la paix, il faut se jeter une fois de plus dans les bras de la bonté divine. A l'approche du choléra, le P. de Ponlevoy écrivait : « Je vous le demande, ne ,yous troublez point et ne vous affectez même pas... Ne voyez point en noir ; ce monde n'est point gracieux et nos temps ne sont pas sûrs; mais le ciel

est toujours beau et Dieu toujours très-bon. Le choléra est là-bas; si le vent le pousse, il pourra bien nous venir, et nous sommet caducs et mortels. Cependant pas un cheveu ne bougera de notre tête sans le congé formel de notre Père céleste... Donc à sa Providence! Laissez-la faire et laissons-nous faire. »

Il écrivait en 1869, à la veille des événements graves qui se préparaient pour notre pauvre France : « Oui, vraiment, le temps est noir et orageux partout, sur la France, sur l'Italie, sur le monde. Tout ce qu'il y a de mieux en ce moment, c'est cette toute petite parole de Notre- Seigneur, in me crédite, croyez en moi. Quoi de plus bref! quoi de plus complet! En vérité, voilà toute ma science, toute ma confiance. Je ne crois en personne, mais je crois en lui; je ne crois à rien, excepté à cela. »

Ce conseil qui paraît si simple ne suffirait pas cependant, si par paix on entendait Tapaisement général de toutes les puissances. Mais il faut savoir distinguer ce qui appartient à la volonté pure et ce qui tient à l'organisme. Le trouble de la partie inférieure n'empêche pas la véritable paix de l'âme. Voilà ce qu'explique le P. de Ponlevoy dans un langage exquis, et ce qui peut servir pour remédier à la triple cause que nous venons de signaler.

a Gardez cette paix d'en haut et du dedans,

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qui garde elle-même votre cœur. Souvenez- vous seulement du petit mot que l'apôtre ajoute à sa phrase : La paix de Dieu qui surpasse tout sentiment, pax Dei quœ exsuperat omnem sensum ^ Donc, malgré la paix, il y aura en bas des troubles de tout genre, tantôt venant du dehors, tantôt même venant de notre propre fonds, et pourtant, malgré cela, il y aura la paix en haut. Dans ce cas, qui n'est point rare en ce monde, voici comment on s'y prend : on déguerpit de la cave et même du rez-de-chaussée, du terre-àterre, en un mot, et on va demeurer au premier; au besoin, on se sauve, avec la paix, jusque dans le grenier, et là, faute de mieux, on se met àfairev de la patience. »

Faire de la patience! se faire patient, que c'est aisé à dire et difficile à faire! Mais le P. de Ponlevoy n'était pas de ceux qui « disent et ne font pas. » Il avait l'expérience du conseil qu'il donnait, et il savait qu'on fait de la patience quand on connaît et qu'on aime la croix. Aussi revient-il souvent dans ses lettres sur ce point fondamental du christianisme pratique.

ce Croyez-le d'une foi ferme, dit-il, envers et contre tout sentiment; en ce monde rien, rien ne ne vous unit plus à Notre -Seigneur que ce qui vous détache plus de vous-même, la souffrance

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