CHAPITRE PREMIER. LE SUPERIEUR
quelle cette charité n'est qu'un dévouement fastueux ou une bonté sans courage. La mortification des passions, l'extérieur modeste, la circonspec-; tion des paroles suppose, pour n'être pas une odieuse hypocrisie, la défiance du premier mouvement et une vigilance intérieure s'appuyant sur la connaissance de nos faiblesses. Le supérieur ne saura mêler à temps la sévérité à la douceur, que lorsqu'il ne verra dans celui qu'il reprend ni un ami trop intime qu'il n'oserait froisser, ni un caractère antipathique qu'il aimerait à exercer, mais une âme de frère, rachetée du sang de Jésus-Christ qui lui est peut-être bien supérieure devant Dieu. Enfin comment aura-t-il cette force nécessaire pour supporter les défauts des autres, pour ne pas craindre les contradictions, et au besoin mourir sur la brèche, s'il ne s'expose pas au mépris avec bonheur, et s'il ne dit pas avec saint Paul : « Quand je suis faible, je suis fort *? » Dans le journal de ses retraites annuelles, le P. Olivaint, supérieur lui-même avant d'être martyr, se montrait profondément pénétré de la nécessité de l'humilité. « Les exemples de Jésus, écrit-il, montrent quelle humilité doit avoir un supérieur : tristesse patiente de Jésus ; Jésus aux pieds des apôtres et même aux pieds de Judas, quelle leçon! « Je ne suis pas venu pour être