CHAPITRE PREMIER. — PREMIERES ÉTUDES
en moi l'amour de la vertu, mais l'horreur du mépris. Tant la miséricorde de Dieu était grande ! Il se servait d'un vice pour me retirer d'un autre. »
Ces aveux, tout exagérés qu'ils sont, n'accusent pas de grandes fautes, mais seulement les défauts ordinaires au jeune âge. On y voit de plus éclater l'humilité du saint religieux, et la bonté infinie de Dieu qui veillait sur ce vase d'élection et le préparait de loin à ses desseins.
Les jugements de ses camarades étaient plus bienveillants. Un de ses anciens amis écrivait à M. de Lantivy : « Plusieurs séminaristes qui le connaissaient dès son bas âge se posèrent un jour cette question : « Armand a-t-il jamais commis un péché mortel daAs sa vie? » Il faut avouer que la question était quelque peu audacieuse. ^laisla réponse fut plus charitable. On tomba d'accord qu'il n'en avait jamais commis.
Pourtant il n'était pas sans défauts. D'un naturel violent et emporté, dès l'âge de six ans, il se roulait à terre quand il ne pouvait obtenir ce qu'il avait demandé. Mais son père le corrigeait avec calme et fermeté, et lui apprenait à se vaincre. M. Jausions coopérait à cette œuvre, et développait dans cette jeune âme, les germes d'une piété vive et précoce.
Sa sœur ainée, mademoiselle Joséphine de Ponlevoy, rapporte que l'amour de Dieu et de la
très-sainte Vierge, en même temps qu'un respect profondément affectueux pour ses parents, lui inspiraient dès lors de généreux sacrifices. Elle nous en a conservé un trait simple mais expressif. Quelque vulgaire qu'il paraisse, on nous pardonnera de le citer, parce qu'il retrace une scène de caractère. Armand éprouvait une répulsion instinctive contre les mets apprêtés à l'oignon. Or un matin, avant de partir pour le collège, on lui servit une soupe ainsi assaisonnée. L'enfant prenait son modeste repas debout près du foyer. Une de ses sœurs le vit recueillir avec soin les plus petites parcelles d'oignon dans sa cuiller. Déjà il les portait à sa bouche. Soit espièglerie, soit bienveillance, elle lui poussa le bras et les morceaux tombèrent dans la cendre. Avec une gravité silencieuse-, Armand les ramassa soigneusement et les avala d'un trait.
Mais quand il s'agissait de l'honneur de Dieu, son tempérament bouillant se donnait libre carrière. Un jour, dans le collège de Vitré, un censeur ou maître d'étude attaquait publiquement la religion et les mœurs. Le jeune Armand, à peine âgé de dix ou onze ans, nous raconte le P. Houette, de l'Oratoire de Rennes, se dirige vers lui et d'un ton ferme et courroucé : « Monsieur, lui dit-il, vous attaquez la religion ; vous m'en rendrez compte. » Les effets, on doit le