CHAPITRE II. LE PROVINCIAL
saints que Dieu met à la tête de leurs semblables, lèvent comme le P. de Ponlevoy leurs yeux vers le souverain roi du monde, et les reportant ensuite sur eux-mêmes, s'humilient de leur faiblesse et de leur incapacité.
Le nouveau Provincial connaissait parfaitement les devoirs que les Constitutions de saint Ignace lui imposaient , et cette connaissance redoublait ses craintes. Imiter dans le gouvernement la charité et la mansuétude de N. S., commander plus par l'exemple que par les paroles, continuer les œuvres de ses prédécesseurs, sans vouloir facilement innover d'après des idées préconçues; les affermir sur la base solide de la foi et de la charité; s'occuper activement des détails même économiques de toutes les maisons qui lui sont confiées ; les visiter avec soin ; connaître les aptitudes de tous les religieux de la Province pour les appliquer aux emplois convenables; admettre dans la Compagnie les novices doués des qualités requises; s'il le faut, renvoj^er les religieux qui n'ont pas fait leurs derniers vœux et ne méritent pas d'être compagnons de Jésus; fonder avec sagesse et confiance en Dieu des œuvres et des maisons importantes; encourager et soutenir efficacement nos frères dans leurs peines, les étrangers dans leur exil ou leurs voyages, les prisonniers dans leurs cachots, les missionnaires dans leurs conquêtes ou leurs
revers; diriger de haut et de près sans s'immiscei dans les menus détails; unir les supérieurs aux inférieurs, en soutenant l'autorité des uns, et donnant aux autres un libre accès; tempérer la fermeté du chef par la douceur du père; aller droit au but avec loyauté et courage; en un mot diriger toutes les âmes dans la voie de la perfection qui leur est propre; et au milieu de toutes ces occupations et de toutes ces œuvres diverses, rester avant tout un homme d'oraison. Voilà, d'après saint Ignace, les devoirs d'un Provincial. Mais un Provincial des jésuites à Paris a une responsabilité et des occupations plus grandes que tout autre. Il habite une capitale où tant d'affaires aboutissent, où tant de notabilités affluent, où la Compagnie a plusieurs maisons et les représentants de plusieurs autres provinces. Sa cellule est donc constamment assiégée, et les devoirs que lui impose cette situation exceptionnelle ne diminuent guère le poids des graves obligations'dont nous venons de parler.
Le P. de Ponlevoy n'était pas immédiatement prêt à les remphr toutes. Depuis dix-huit ans il avait quitté les collèges. Plus mêlé au mouvement des œuvres qu'à la direction des études, il connaissait assez peu les religieux de sa province; enfin le maniement des affaires ne lui était pas toujours familier.
Mais il suppléait à cette inexpérience, résultat