CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL
de son genre de vie, par deux qualités éminentes : il était modeste et intelligent. Il put s'initier aux détails qui lui échappaient encore, par l'humilité qui demande le conseil et la sagacité qui le comprend. En recourant aux lumières des autres, il y joignait les siennes, et quand il prenait un parti, il considérait plus la valeur des raisons c|ue le nombre des suffrages. Grâce à cette prudence et aux autres qualités dont il était doué, il fut véritablement, selon la pensée du P. Général, un provincial modèle. Nous empruntons à l'un de ceux qui l'ont mieux et plus longtemps connu ce jugement d'ensemble sur le gouvernement du P. de Ponlevoy.
ce II a exercé longtemps les fonctions de supérieur dans sa Compagnie. Toujours et partout il a déployé les qualités qui constituent un administrateur intelligent et prudent. Ses vues étaient larges, et sa manière de gouverner unissait la douceur à la fermeté. Ce que dans le maniement des hommes et des affaires on appelle diplomatie, finesse, petits expédients, petits moyens et petits ressorts, répugnait à sa nature vraie et loyale. Rien n'était petit dans cet homme. Jamais il ne craignait d'être deviné, parce que jamais il ne voulut que le bien. Ses démarches supportaient toutes les lumières du grand jour, parce que ses intentions étaient droites et charitables. A la maison de la rue de Sèvres, dont il a été le supé-
rieur pendant treize ans; au noviciat d'Angers dont il a été le recteur pendant un an; à la tête de sa province qu'il dirigea pendant neuf années consécutives, il a fait aimer son gouvernement. Il possédait la confiance de ses subordonnés, parce qu'ils chérissaient en lui un père aimable et vénéraient en lui un modèle accompli de toutes les vertus religieuses. »
Nous parlerons d'abord de son gouvernement intérieur.
Le premier devoir du Provincial envers les siens est de les visiter pour les mieux connaître, les avertir, les encourager et les appliquer ensuite aux fonctions qu'il leur destine.
Le P. de Ponlevoy commençait vers la fin de décembre ses tournées d'usage. Le voyage se faisait pieusement, utilement, pauvrement. Le temps était rempli par des exercices de piété dont il s'acquittait presque toujours à l'heure' de la communauté, et par la lecture de quelque article de Revue ou de quelque livre écrit surtout dans une langue étrangère. Il possédait fort bien la plupart des idiomes modernes, et il apprit l'allemand en omnibus et en chemin de fer. Une récréation suivait un repas fort modeste. Du pain et un œuf faisaient presque exclusivement les frais de son dîner. Cette frugale réfection lui suffisait pour la journée. Une leçon qu'il avait reçue autrefois dans un buff'et lui avait donné l'idée de faire comme