‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 175 sur 252 · CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL

, attitude, le mot du bon Maître : œ Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. »

Il aimait à voir les enfants de nos collèges, à leur adresser la parole dans leurs congrégations et leurs conférences de Saint- Vincent de Paul; à parcourir leurs classes, à récompenser les plus laborieux, à encourager leurs jeux par sa présence, à présider leurs solennités littéraires.

Quand il avait ainsi visité les professeurs et les élèves, le P. de Ponlevoy participait à quelques-uns de leurs délassements réglementaires. Ces promenades hebdomadaires contribuaient à lui rendre un peu de santé. Il rajeunissait au milieu des bois ou au bord de la mer. Jamais il n'était si heureux que lorsqu'il respirait Tair de sa chère Bretagne. IJ faut voir avec quelle jeunesse et quelle fraîcheur de style il s'en expliqïiait, lors de son arrivée au collège de Vannes, dans une lettre à madame Whateljj'en mai i865.

ce Une fois la semaine, nous allons tous, qui en barque, qui en voiture et qui à pied, passer la journée à la maison de campagne du collège, dédiée à saint Joseph, sur le bord du Morbihan. Là, les enfants se baignent sur la plage, et nous autres, nous allons nous asseoir sur quelques rochers de granit, au milieu des herbes marines.,. Dites-moi, cette grande nature, primitive et sauvage çà et là, ne vaut-elle pas bien celle du parc de Neuilly?... Dans tout ce pays, l'on ne parle

que le breton, cette ancienne langue des Celtes; c'est à peu près l'idiome dont on se sert dans le pays de Galles, en Angleterre. Mais j'ai l'honneur de n'en pas savoir un seul mot. Les nôtres prêchent et parlent toutefois dans cette langue, qui doit venir tout droit de Babel. »

Arrivé à Brest, il écrivait :

a Je touche ici aux colonnes d'Hercule : au delà il n'y a plus de terre qu'en Amérique. De nos fenêtres, nous embrassons toute la grande rade, avec les vaisseaux de guerre à l'ancre, et les chaloupes qui vont 'et viennent. (Je ne sais pas encore me lasser de voir, et de voir encore le superbe Océan.) Hier, vous m'eussiez vu sur une de ces chaloupes à dix-huit ou vingt rames, allant aborder à un de ces grands vaisseaux qui sert d'école pour les mousses. Là, après avoir dîné avec le capitaine et l'aumônier, nous avons, avec un extrême intérêt, tout inspecté et assisté aux manœuvres ou exercices de ces mille enfants et plus, répartis par bandes sur divers points du navire, les uns faisant de l'escrime, les autres de la gymnastique, ceux-ci chantant en chœur, ceux-là essayant le fameux sifflet pour les signaux; d'autres jetant la sonde ou montant aux mâts, ou maniant la rame, ou récitant le catéchisme, etc. Tout ce petit monde est bien portant, bien tenu et avec un air honnête qui fait plaisir.

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