CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL
a Vous voyez, mon enfant, que je me suis permis hier un congé, je vous le dis parce que je sais que vous n'en serez pas scandalisé.
oc Dieu soit avec vous! »
Ces voyages nécessaires le faisaient vivre, en même temps que la vue de la grande nature rélevait à Dieu.
Ses visites préparaient les Status. On appelle ainsi, dans la Compagnie de Jésus, les dispositions par lesquelles le Provincial confie, chaque année, aux religieux de sa province les fonctions qu'ils doivent remplir. Rien n'est plus difficile que le travail d'un Status. Dans un gouvernement religieux, le Provincial doit placer tous ses enfants, leur confier la fonction qu'ils peuvent le mieux remplir pour la gloire de Dieu, l'utilité des âmes, l'éducation et l'instruction des élèves, l'honneur de la maison, et cela, sans pouvoir connaître toutes les aptitudes des sujets employés. A ces causes générales s'ajoutent dans la Compagnie des difficultés spéciales. D'une part, l'enseignement et la prédication réclament un nombre considérable de professeurs, de surveillants ou de prédicateurs. De l'autre, la durée de la formation religieuse étant de dix à douze ans, il faut pouvoir trouver le personnel suffisant, sans nuire aux études.
Enfin, les supérieurs doivent être changés souvent, comme nous l'avons déjà dit. Ces mu-
tations jointes aux mouvements qu'amènent les phases diverses de la formation religieuse, déterminent dans chaque maison une instabilité qui serait funeste si le Provincial n'y remédiait en créant la fixité dans la mobilité même.
Ces considérations feront mieux apprécier, surtout aux personnes du monde, les embarras de ces dispositions annuelles appelées Status, et que le P. de Ponlevoy rencontra neuf fois dans le cours de sa vie.
Ce travail lui coûta toujours beaucoup, surtout dans les commencements, lorsqu'il connaissait à peine les religieux de sa province. Tout d'abord, il se recueillait, consultait quand il le pouvait; puis, quand le choix était plus important, avait recours au Saint-Sacrifice. Mais il né s'arrêtait pas à la première combinaison qui se présentait à son esprit, quelque satisfaisante qu'elle lui parût. 11 savait que tous les hommes ont des aptitudes réelles qu'il faut découvrir, quand les circonstances ne les ont pas fait connaître.
Parce qu'un religieux aura moins réussi dans une étude ou un emploi quelconque, il ne faut pas conclure qu'il ne peut se livrer, même d'une manière remarquable, à un autre genre d'occupations. Les intelligences humaines, disait un ancien, sont aussi variées que les feuilles des arbres. La difficulté sera de trouver cette application proportionnelle aux facultés humaines.