CHAPITRE II. LE PROVINCIAL
Le p. de Ponlevoy excellait dans cette recherche. Il y mettait le temps et la méthode que nous avons indiqués ailleurs; et quand, avec le secours de la prière dans le calme de la réflexion, il avait trouvé l'emploi convenable ou le religieux capable de le remplir, il disait enfin : « J'y suis. »
Toujours appuyé sur les principes surnaturels, il ne cherchait pas, dans ses choix, à éviter les conflits de caractère. Saint Ignace prescrit aux supérieurs majeurs de réunir dans une maison des hommes au naturel doux avec des religieux au tempérament fort, pour augmenter le mérite et la pureté de l'obéissance. Mais le P. de Ponlevoy voulait que cette diversité d'humeur ne tournât pas au détriment de la charité, sans laquelle aucune maison ne saurait subsister.
11 ne se hâtait pas non plus de déplacer ceux qui n'avaient pas montré, dans une fonction quelconque, le degré d'aptitude désiré. L'expérience lui montrait combien l'exercice de l'emploi, une prolongation de séjour, la connaissance réciproque, peuvent aider le talent naturel â se développer. Il savait aussi combien les enfants d'une classe ou d'une division sont attachés à leurs maîtres, et faisait, autant que possible, monter les surveillants ou les professeurs avec leurs élèves. Mais il encourageait la persistance des services ou des enseignements spéciaux, et voulait que le personnel administratif d'un collège
OU d'une résidence eût une certaine durée. Les professeurs de philosophie ou d'humanités, de sciences ou de classes élémentaires amassent péniblement des trésors théoriques et pratiques, que leurs successeurs improvisés ne peuvent acquérir en un instant.
Dans ce but, pour avoir de bons professeurs, il faut les préparer par de fortes études. Nos règles prescrivent aux régents une formation trèslongue : une ou deux années de rhétorique, deux ou trois années de philosophie. Et pendant ce temps, les missions, les prédications, de nouvelles fondations absorbent un personnel fort considérable. C'est ce qu'exposa fort bien le P. de Ponlevoy à la réunion des Pères profès de la congrégation provinciale en 1866. « Le bien est d'autant plus divin qu'il est plus général : que ce soit là notre principe, notre règle. Par suite, préférons le bien commun de la province au bien d'un collège, d'une maison ; le progrès de l'avenir à l'avantage du seul présent.
a Que ferons-nous donc, mes Révérends Pères? Après avoir pris conseil de quelques hom.mes très-graves et des plus expérimentés parmi nous, même à Rome, je me suis proposé de suivre, selon mon pouvoir, cette méthode que je vous propose aujourd'hui.
oc Tous les novices iront immédiatement au juvénat où, ordinairement, ils passeront deux