CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL
se présentait pour entrer dans la Compagnie, le P. de Ponlevoy raccueillait alors avec bonté, et si les informations prises étaient satisfaisantes, il écrivait : « Ainsi donc, N. S. vous appelle et vous veut. Dès lors, je vous tends la main; Celui qui vous a appelé est fidèle, et c'est lui qui agira (I Thés. V, 24). Eh bien! courage, fidelis qui vocavitf ipse faciet. »
Suivaient alors des recommandations pleines de douceur et de fermeté pour correspondre à la grâce de Dieu : « Maintenant, mon fils, à vous, Dieu aidant, de mener cette affaire avec une suave énergie. Peut-être dès cette heure, feriezvous bien de prévenir et de préparer vos bons parents; cette première ouverture est plus facile par écrit. Mais il faut leur demander que le secret reste jusqu'à nouvel ordre entre Dieu et vous. Vous prendrez dans tous les cas vos vacances en famille, et si faire se peut, vers la fin de septembre ou la première quinzaine d'octobre, vous vous dirigeriez vers la maison d'Angers. »
Quand l'ouverture était faite, si les parents acceptaient la demande, et désiraient y réfléchir, il répondait au jeune postulant : a Je vous dirai bien nettement ce que vous avez à faire. Faites ce que vous pouvez, et demandez ce que vous ne pouvez pas; c'est le vieil adage chrétien qui va en tout temps et qui suffit à toutes choses. Avec cela, vous aurez grâce dans toute hypothèse, soit
pour partir, soit pour demeurer. Ai -je besoin d'ajouter que si on exige de vous un délai, il faut non-seulement vous soumettre, mais encore le faire de la meilleure grâce du monde? »
Il insistait sur ce dernier conseil, quand ce délai était résolu : « Il dépendra de vous d'abréger le temps d'épreuve. Donnez toute satisfaction par votre bon esprit et votre bonne conduite. Par votre piété et votre travail, montrezvous le meilleur des fils, et vous aurez donné la meilleure des démonstrations. Vos parents qui aiment Dieu et qui vous aiment, vous laisseront aller, dès qu'ils auront la conviction de la volonté de Dieu et l'assurance de votre bonheur. »
Dans tous les cas, il n'admettait pas les tierspartis qui souvent ne donnent satisfaction, ni à la rîature, ni à la grâce, et compromettent les intérêts qu'on voudrait ménager.
ce En thèse générale, je n'approuverais pas le tiers-parti d'une année de droit en expectative. Le délai du sacrifice le rend plus pénible et moins méritoire. J'aimerais presque mieux, tant c[u'à faire, le droit en entier qu'en partie seulement; une année, c'est quasi temps perdu, et la vie n'est pas si longue qu'il faille, sans bonne raison, en élaguer quelque chose. De plus, le noviciat est le milieu normal préparé par la Providence et l'Église, pour examiner et pour former les vocations. »