CHAPITRE II. LE PROVINCIAL. 40I
Une fois entré, le P. de Ponlevoy suivait le jeune religieux avec tendresse et fermeté. Si, éprouvé par une maladie cruelle, le novice était envoyé dans sa famille, pour y réparer des forces épuisées, avec quelle charité il écrivait alors à l'enfant et le consolait au milieu de ses souffrances !
a Cher enfant, il fait beau maintenant; il fait donc beau pour vous, et je veux espérer que vous allez remonter la pente tout doucement, appuyé sur le bras de votre frère et le cœur de votre mère. Que la paix soit avec vous! Je ne vous abandonne pas. Mon bon ange vous tient compagnie, et votre souvenir reste avec nous. >>
Et si ce pauvre poitrinaire, après avoir langui sur la terf e était emporté au ciel : « Bonne mère de mon cher Alexis, écrivait-il, oh! non, ne craignez pas la rupture de mes rapports. Le petit Frère qui était notre bien a disparu, mais il n'a point passé de nos cœurs, et il reste toujours dans le ciel tout à vous et tout à nous, en commun. Sans doute le temps va vite et emporte tout, mais il nous emporte du côté de notre petit Alexis, et au lieu de nous éloigner, nous nous rapprochons les uns des autres en nous rapprochant de lui. »
Le P. de Ponlevoy tenait parole et la famille du novice devenait en quelque sorte la sienne'; nous en pourrions donner plus d'un exemple.
La charité qu'il témoignait aux benjamins de la Compagnie, il retendait à tous ses frères plus avancés dans la vie religieuse. Mais il en réservait le témoignage à ceux qui avaient le plus besoin de ses consolations et de ses conseils.
Parmi ces derniers, il entretenait une correspondance plus suivie, d'après nos règles, avec les supérieurs de maisons de sa province. Que de trésors nous pourrions livrer au public si la discrétion ne nous imposait silence !
Cependant nous pourrons glaner ça et là quelques pensées éparses dans des lettres qui nous ont été confiées. Quand le supérieur venait de recevoir le status de sa maison, il l'exhortait à s'en contenter. « Un Provincial, disait-il, n'est pas libre de créer les hommes et les positions. Il faut qu'il remplisse les places vacantes, en employant ceux que la Providence lui a envoyés. » Il disait encore : « Ne soyez pas trop inquiet, trop exigeant pour votre personnel. Dans votre maison c'est comme dans toutes les autres. Qu'y faire? Quand nous avons fait notre possible, il faut bien espérer que le bon Dieu fera le reste a Fac quod potes, et contentus eris^. »
11 se montrait plein de bienveillance pour les supérieurs. Il les dirigeait de ses avis, les consolait dans leurs peines, les soutenait dans leurs