CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL. 4o
nécessités, les encourageait à être les pères de leurs communautés.
Il voulait que les religieux d'une maison se groupassent autour du chef, et que celui-ci fût le père de la famille spirituelle. Le supérieur, à son tour, devait préférer à toute œuvre l'avancement spirituel de ceux qui lui étaient confiés : « Qu'un recteur de collège s'occupe d'abord de ses religieux et ne fasse de bien aux enfants qu'après avoir satisfait à ce premier devoir. Les enfants et les parents doivent passer avant les personnes du dehors; en sorte que les supérieurs soient toujours d'un facile accès pour tous ceux qui sont immédiatement soumis à leur gouvernement. »
Dans leurs rapports avec tous, religieux ou étrangers, il demandait une modeste franchise. K Selon mon petit jugement, la simplicité est la meilleure des finesses, et la droiture la meilleure des prudences. Ainsi, pas de vanterie ni de réclame, mais aussi pas de cachotterie ni de mystère. »
Il tenait à la règle et à l'uniformité dans nos collèges, surtout quand il s'agissait d'exceptions favorables.
ec Vous ne pouvez vous prévaloir de la faveur accordée à telle maison. Autrement l'on ne pourrait plus donner une grâce dans un seul collège, sans raccorder ipso facto à tous les autres. Nous
Ao/i LIVRE III. — LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX.
tomberions dans l'inconvénient des privilèges accordés aux ordres mendiants. »
A propos du pèlerinage d'un de nos pensionnats, il écrivait avec une finesse charmante au supérieur de cette maison :
ce Des parents vont vous demander d'emmener leurs enfants en pèlerinage. Mais si l'on permet ù un seul, il faudra permettre à tous, et tout le collège s'en ira en procession. Certains ont fait vœu de conduire leurs enfants, mais c'est un vœu dont vous pouvez dispenser.' »
Tout en tenant à la règle et à une grande similitude dans les usages de sa province, il n'était pas ennemi des essais individuels, surtout quand il s'agissait de diminuer l'éclat, la dépense, ou des récompenses inutiles :
ce Ménagez, réservez, disait-il, vivez au jour le jour; si le moins suffit, le plus est de trop. Il ne s'agit pas de pousser au-delà des limites la question de l'uniformité entre les collèges. » Sans être ennemi des fêtes si propres à élever l'esprit et le cœur et à rompre la monotonie, il n'aimait pas les représentations fastueuses : « Allons dans notre petite voie sans tambours ni trompettes, et vive la liberté de faire du bien avec la modestie pour ne pas faire de bruit. »
On lui demandait la permission de ne donner qu'un prix d'examen à chaque semestre, malgré l'usage qui s'est introduit d'en distribuer plu-