CHAPITRE II- — LE PROVINCIAL. 4o
sieurs : « Je vous laisse faire ce que vous faites, et ce qui vous semble bon à tous. L'uniformité elle-même in medio. Un peu de latitude à l'initiative individuelle, aux conditions locales, j)
Cette latitude dont il est parlé ici, il la donnait volontiers aux supérieurs, sachant que plus il accorderait de confiance, plus on lui en rendrait : a On m'adresse cette demande, pour laquelle je me récuse. Je n*ai garde de m'ingérer dans les affaires de mes chers recteurs; j'ai assez des miennes et je ne ferais que des bêtises. »
La réserve n'est pas l'abstention. Il surveillait de haut et voulait être averti des événements plus importants. Quant aux menus faits, il en abandonnait l'exécution et la responsabilité à qui de droit.
On lui écrivait un jour au sujet d'un plan qui avait été approuvé dans son ensemble, mais dont on voulait modifier quelques détails. « Vraiment je laisse carte blanche au P. architecte. Avec sa compétence personnelle, assisté de la consulte locale, il voit et sait mieux que nous à distance. >^
Parmi les affaires, encore plus pénibles que les plans « qu'il coûte moins de faire que d'exécuter, disait-il », les procès occupent le premier rang. 11 en avait une profonde aversion et trouvait, que même en les gagnant, on perdait toujours quelque chose.
Il écrivait à un supérieur : « Abhorrons tout
procès, subissons seulement la nécessité, et quand il y a absence de scandale et espérance de succès, basée sur un droit certain. »
Mais quand il le fallait, il ranimait le courage : a puisqu'on a laissé courir le procès, il faut bien nous-mêmes courir après. »
Quelque graves que fussent les soucis temporels, il tenait avant tout à ce que le supérieur d'un collège n'acceptât que des enfants dignes de notre éducation. Il aurait mieux aimé voir périr une maison que de la voir ébranlée par un scandale : ce Ne vous effrayez point, s'il y a encore quelque lacune dans votre chiffre. N'en soyons pas plus faciles pour admettre. Refaisons-nous d'abord ; unissons-nous d'abord; et tous, collatis animis et virihus^ remontons le niveau spirituel, moral, disciplinaire et économique ; et le crédit viendra de lui-même. »
S'il demandait qu'un bon supérieur s'occupât avec soin de ses enfants, il voulait aussi qu'il eût une sollicitude constante pour l'âme et la santé de ses frères : « Que le bon PèreX. se soigne donc pour se guérir. Mais qu'il se ménage aussi à l'ordinaire pour ne plus être malade ! En faisant moins, quelquefois on fait plus, et alors on fait mieux. »
ce Ah ! oui ! écrivait-il à un autre supérieur, étayez ce cher petit Père X., délicat et novice encore dans le métier, mais si digne de bien faire.