‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 185 sur 252 · CHAPITRE II. LE PROVINCIAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. LE PROVINCIAL

semble même que la bénédiction descende sur vos souffrances. »

Il joignait à ces consolations les soins les plus maternels. Il voulait même, s'il le fallait, que le supérieur s'absentât momentanément : « Partez, n'hésitez pas. Mais qui vous remplacera? Votre bon ange, et c'est assez. »

Une tentation très-forte envahit quelquefois l'âme.

On se regarde comme inutile et comme incapable.

Que la maladie vienne alors briser le corps, et l'âme aura besoin de consolations comme cellesci : ce Mon bon Père, ne soyez pas triste. Ces douleurs auront bientôt passé. En arrivant au collège, vous aviez apporté la confiance; en agissant, vous avez bientôt gagné l'estime, et voilà qu'en souffrant, vous avez enlevé tous les cœurs... Sursum Corda, »

Mais la plus rude épreuve des supérieurs est de voir les âmes qui leur sont confiées s'écarter du droit chemin. Si surtout elles viennent à perdre leur vocation, cette douleur ressemble à celle de Notre-Seigneur pensant au fils de perdition, qu'il daigne appeler son ami â l'heure même de la trahison, '"ette peine des supérieurs, le Père de Ponlevoj cherchait à l'adoucir tout en l'éprouvant lui-même.

Voie i une lettre écrite à un recteur de collège

AlO LIVRE III. — LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX

pendant la Commune, après que deux Frère? coadjuteurs eurent quitté la Compagnie. Nous la citerons tout entière.

En la lisant, l'on comprendra la charité du père pour ses enfants, et l'attachement du religieux à sa vocation.

« Mon Révérend et cher Père,

« A propos de ces deux défections presque simultanées, j'ai comme besoin de mettre mes sentiments et mes pensées en commun avec vous, et, par vous, avec nos autres frères qui persévèrent dans la fidélité auprès de la croix, fidélité qu'ils ont jurée devant l'autel. Je ne dis rien de la peine intime que ces deux transfuges nous ont faite, surtout dans un moment où nous en avons tant d'autres ; était-ce à des Frères de combler la mesure''' Mais ce qui me frappe, c'est, dans ces religieux dégénérés, l'effacement de la foi et l'abaissementducourage.D'unepart, ilsnecomprennent plus du tout, on dirait qu'ils ne l'ont jamais compris, tout ce qu'il y a de sacré, d'inviolable et d'irrévocable dans l'engagement qu'ils ont contracté. Ils ont tout l'air de penser qu'on peut donner sa parole à Dieu et la reprendre, quand et comme on veut. D'autre part, quel manque de cœur! Sans parler de l'ingratitude envers la Compagnie qui est cependant une si bonne mère,

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