CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL. /jll
quoi! ils ne veulent plus être compagnons de Jésus, parce que Jésus est en croix! Mais je me demande, mon Père , comment ces pauvres Frères en sont venus là et ont ainsi perdu tout sens religieux? Ah! c'est que malgré tant de grâces, tant de moyens, d'exemples, d'avis, ils ont certainement négligé, abandonné la piété et tous ses exercices, la vertu et tous ses actes, et alors ils sont déchus peu à peu de leur vocation, et, depuis longtemps déjà, ils n'étaient Frères que de nom. Je n*ai point à dire du mal d'eux, mais au point où en étaient les choses, je crois que leur sortie afflige sans doute, mais n'étonne pas et soulage plutôt. Que tous nos chers Frères se consolent en Notre Seigneur au lieu d'être ébranlés, qu'ils soient affermis; qu'ils profitent pour leur compte même du scandale des autres; qu'ils dédommagent la Compagnie, et surtout Notre-Seigneur par un redoublement de fidélité et de constance.
a Et tous, dans le cénacle, persévérons dans la prière en union avec Marie, mère de Jésus. »
Quant à ceux qui restaient fidèles jusqu'au bout, le P. de Ponlevoy, lui aussi, leur demeurait constamment fidèle. Plus ils s'approchaient du terme, plus les témoignages de sa charité redoublaient. Quand il ne pouvait visiter par luimême le religieux mourant, il le consolait par ses lettres. Citons l'un de ces adieux. Il est
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adressé au P. Stanislas Fréchon*. Après avoir consacré sa vie au travail et ses derniers jours à l'instruction des novices, ce généreux athlète se trouvait au seuil de l'éternité, en août 1872. Quelques jours avant sa mort, il écrivit d'Angers au P. de Ponlevoy :
oc Depuis que je suis revenu ici, les choses se sont bien précipitées. Les remèdes d'Angers n'ont pas eu plus d'efficacité que ceux de Laval, et n'ont pas eu d'autre effet que d'amener une nouvelle source de dépérissement. « Magister adest et vocat te^. » Je lui demande d'être digne de lui dire : Veni, Domine Jesu, veni^. Ce n'est pas que ce sacrifice ne me coûte un peu à cause du travail. Mais je dis que s'il faut travailler pour les âmes, il faut aussi souffrir et mourir pour elles.
1. Le Père Stanislas Fréchon, né à Dieppe le 11 janvier 1820, et mort à Angers le 3o août 1872, était entré au noviciat de Saint- Acheul le i3 août iSSg. Le cours de ses études de rhétorique et de philosophie étant terminé, il se livra pendant cinq ans à l'enseignement des humanités dans le collège de Brugelette, avec un vrai talent et un dévouement peut-être excessif. Ses quatre années de théologie, son troisième an de probation, six années de professorat ébranlèrent sa santé déjà fort affaiblie. Après un repos insuffisant quoique prolongé, il fut chargé du noviciat d'Angers. Il y succomba au milieu des novices qu'il avait tendrement aimés et constamment édifiés, victime de son amour pour le travail et pour le bien des âmes.