CHAPITRE PREMIER. — PREMIERES ETUDES. II
ma troisième et ma seconde. J'étais constamment malade. Dieu, pour me corriger et me vaincre, me brisa en m'envoyant pendant dixhuit mois une fièvre quarte et une ophthalmie.
ce De fait, mon caractère fut assoupli. Je commençai à fréquenter les bons, ce brave Maignan en particulier et René de Montbourcher, Je devins plus pieux; et, convalescent en 1829, je lis ma rhétorique avec émulation, goût et succès.
Le professeur de cette classe s'appelait M. Gendron. Maître intelligent et ferme, il était difficile à satisfaire. Un élève avait-il très-bien réussi, il se contentait de dire : «Ce n'est pas trop mal. » On doit supposer qu'il adressa plus d'une fois à son écolier ce compliment peu exagéré. Armand était le plus fort de sa classe ; il oublie de nous apprendre dans son Mémorial qu'il mérita toutes les couronnes à la fin de l'année; et nous avons pu voir, dans sa petite bibliothèque de famille, ses premiers prix d'honneur, d'excellence, de discours français et de version latine.
A cette époque de sa vie, il était fort lié avec les jeunes de Montbourcher, Maignan et Ménager. Nous n'avons pas retrouvé la trace du premier. Il voulait se faire prêtre et en fut empêché par sa famille. Le second entra chez les Eudistes, le troisième exerce le saint ministère à Rennes. Tous trois contribuèrent par leurs bons conseils à la sanctification de leur jeune ami. Il y avait
alors au petit séminaire, comme partout, un d e ces fanfarons qui, sans être mauvais, se permettent des conversations frondeuses et libres. Il voulait séduire notre jeune rhétoricien et l'attirer au parti des écoliers turbulents. Aveuglé par sa bonté et sa franchise naturelles, celui-ci ne soupçonnait pas le piège. Maignan s'en aperçut à temps, et le détourna de cette fréquentation qui semblait innocente, mais qui allait devenir dangereuse. Armand brisa donc avec ce funeste compagnon, et demeura dans la société de ses vrais amis. Ils faisaient ensemble, les jours de sortie, quelques promenades à cheval, se voyaient tous les jours et causaient de leurs projets à venir.
ce Le bon Armand, écrit M. Ménager, avait alors une idée très-arrêtée : il voulait entrer dans la magistrature. Il devait donc terminer ses études aa collège royal de Rennes. Mais la réputation de ce collège était fort suspecte aux yeux de M. de Ponlevoy. Il fut donc décidé que son fils nous suivrait au grand séminaire pour y faire sa philosophie. » Il y avait là, à vrai dire, une anomalie qui nous paraît assez étrange, mais dont on rencontre encore quelques exemples à cette époque. D'ailleurs, sans embrasser une vocation ecclésiastique, notre futur avocat allait avoir, dans la société des jeunes lévites, une assurance pour sa foi et un appui pour sa vertu.