‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. PREMIERES ETUDES. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. PREMIERES ETUDES. l

Le grand séminaire, actuellement démoli, était d'un lugubre aspect. Armand s'y trouva d'abord mal à l'aise, et ne comprit guère les goûts sérieux et les aspirations religieuses des élèves au milieu desquels on le condamnait à vivre. Il travailla pourtant avec succès, et remporta le premier prix de philosophie.

S'il faut l'en croire, il ne mit pas à la poursuite de la vertu, le même zèle qu'il avait déployé pour l'acquisition de la science. « Depuis les vacances de Pâques, dit-il, jusqu'à la fin de l'année, ma conduite ne fut pas seulement médiocre, mais détestable. Embarrassé dans les liens de la vanité et de l'irrégularité, je fus livré à l'esprit de ce monde. Je ne rêvais qu'au monde et à ses bagatelles. »

Il est utile, dans la vie des saints personnages, de ne pas considérer seulement leurs actions héroïques, mais aussi leurs faiblesses. Il semble quelquefois, en lisant certains hagiographes, que leur héros soit un ange tombé du ciel. Comme le fait très-bien remarquer l'auteur d'une biographie récente, « dans ces panégyriques, on raconte la vertu pratiquée et on supprime l'effort ^ » De là un découragement profond pour le lecteur qui se voit si éloigné de ces modèles sans tache ; et l'on vient même à mettre en doute la véracité

I. Vie de la Révérende mère Marie-Anne, de la Fruglaye, de la Congrégation de Notre-Dame.

du narrateur. Mais si, au contraire, l'ange nous apparaît avec sa figure humaine, on croit à la réalité de l'héroïsme, parce que l'on constate la réalité des misères ; et l'on répète avec saint Augustin : « Pourquoi ne pourrais-je pas ce qu'ont pu ceux-ci et ceux-là? »

Nous touchons ici à ce que le P. de Ponlevoy appelle l'époque de ses égarements. Il serait donc vraiment utile pour son histoire et encourageant pour notre faiblesse, d'avoir sur ces quelques jours une révélation circolistanciée. Elle nous aiderait à mesurer la grandeur de Dieu et les mérites de son serviteur. Or il se trouve qu'il a laissé, par mégarde ou par humilité, dans ses papiers de famille un petit journal de ses actions écrit à cette même époque. Nous en détacherons quelque chose pour la consolation des âmes qui se sanctifient avec peine, et le salut des jeunes gens rêveurs et ennuyés.

L'ennui est, en effet, la note dominante de ce Mémorial d'un nouveau genre. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, si l'on songe que ce séminariste de circonstance se sentait hors de son élément.

<c Vendredi, ^3 avril. — Un mortel ennui m'accable et me rend incapable de travailler. Je passe ma journée assis sur ma table, les bras croisés. »

Dimanche aS. — Même ennui, même tristesse, même désœuvrement. »

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