‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 192 sur 252 · CHAPITRE III. — LES MISSIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES MISSIONS

cer dans l'intérieur. Le P. Provincial se préoccupait sérieusement de ce projet. Plusieurs missionnaires lui en avaient écrit. Mais, comme toujours, il voulait réfléchir avec maturité avant de prendre une décision. Il attendait de Dieu et des hommes une vive lumière. La lumière vint en 1870.

A l'ouest de Chang-hai, au dessus des grands fleuves qui arrosent le Kiang-nan, le pays s'élève et s'embellit. Un missionnaire, malgré la dyssenterie qui le dévorait, s'était aventuré dans cette région ; il était accompagné d'un Frère coadjuteur. Quand ils arrivèrent à la préfecture nommée Ning-ko-fou, ils ne purent se loger nulle part, et trouvèrent à peine de quoi se nourrir. Us allèrent aux environs, à Siu-tsen, et à force de chercher, ils purent s'abriter dans une maison qu'ils transformèrent immédiatement en église avec le consentement des habitants.

Cependant, cha ssée par la guerre, une multitude de chrétiens quittait la province du Hou-pé pour entrer dans le Kiang-nan. Apprenant qu'il y avait une église aux environs de Ning-ko-fou, ils vinrent s'y traîner, dit la relation du missionnaire, a horribles à voir, déguenillés, couverts de lèpre et de vermine, mourant de faim, cadavres ambulants. » Plusieurs succombaient en arrivant. Le premier soin du Père, toujours malade lui-même, fut d'administrer les moribonds, de procurer aux plus nécessiteux quelques vêtements

^ili LIVRE III. — lb: gouvernement religieux.

et un peu de riz. Pendant ce temps, le bien se faisait.

- Un certain nombre de païens des quatre préfectures du Ou-ho, Tai-pin-fou, Ning-ko-fou et Kouang-to-cheou, touchés de cette charité, demandaient à être instruits de la religion. Le missionnaire à bout de forces et de ressources cria au secours. Il se traîna lui-même jusqu'à Nankin et Chang-hai. Ce fut en vain.

Mgr Languillat, qui allait partir pour le concile du Vatican en septembre 1869, le bénit et lui promit une somme de quinze cents piastres pour aclieter une maison dans chacune des -quatre grandes préfectures.

« Mais hélas! ajoute le Père, j'étais miné par la fièvre; et l'on songeait plutôt à m'acheter un cercueil. » Les supérieurs, craignant de le voir succomber s'il revenait à sa chère mission, voulaient qu^il restât à Nankin pour se rétablir. Il fit tant d'instances qu'il obtint de retourner à Nin-po. Quelle fut sa douleur, quand il apprit à son arrivée, que, pendant son absence, vingtcinq chrétiens étaient morts sans sacrements !

Il les aurait suivis dans la tombe, si le Frère chargé de sa santé ne lui eût ordonné de revenir à Nankin. Le Père fit untriduum à saint Ignace, distribua aux plus nécessiteux ce qui lui restait d'argent, et se fit porter à la capitale. Il demanda alors à grands cris aux supérieurs de secourir et

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