CHAPITRE III. — LES FONDATIONS
Mgr Fillion ne se découragea point. Un motif nouveau se présentait. Il espérait que les difficultés pécuniaires pourraient disparaître, en partie du moins. 11 résuma toutes ces raisons dans une fort belle lettre au T. R. P. Général, c[ui montre à la fois et son intelligence du bien, et son cœur de père.
Le Mans, 28 Novembre 1868.
ce Mon Très-Révérend Père,
cf Pardonnez-moi de revenir à la charge pour une affaire qui parait jugée définitivement, mais sur laquelle je nepuis prendre mon parti. J'avoue que je n'ai jamais pu renoncer à toute espérance. Quand je prie, l'histoire de la Chananéenne me revient toujours à la pensée.
«Notre-SeigneurJésus-Christ l'avait repoussée absolument, et cependant, il lui accorda la faveur qu'elle sollicitait. Il ne s'agit pas pour moi de la santé d'un de nos enfants ; il s'agit du salut éternel d'un grand nombre qui, sans vous, seront élevés dans l'indifférence et l'incrédulité universitaire, et iront grossir le nombre des libres-penseurs; avec vos Pères, au contraire, ils deviendront de fervents chrétiens, et plus tard des élus qui formeront votre couronne.
a A cette pensée, j'espère et je me dis : « Si l'on
n'accorde pas cette grâce à nos mérites, on finira par céder à nos importunités.
« Je n'aurais pourtant pas osé les renouveler si vite, mon Révérend Père, si la Providence ne s'était chargée de faire disparaître une partie des obstacles, et de préparer des circonstances beaucoup plus favorables que celles qui se présentaient d'abord. J'ai trouvé une famille noble, riche, amie de la Compagnie, disposée à acheter la propriété et à la céder à vos Pères au prix d'une modeste location. Mais on met pour condition formelle que les Pères Jésuites promettront de venir. On ne ferait pas pour d'autres un pareil sacrifice.
ec Considérez, je vous en conjure, mon Très- Réverend Père, la situation dans laquelle je me trouve. Si vous dites : Oui, Sainte -Croix sera acheté immédiatement, et un bien immense assuré à mon diocèse et aux diocèses voisins; car un réseau de cinq lignes de chemins de fer qui se croisent au Mans, font de cette ville un point central. Je demanderai à Dieu qu'il me laisse le temps d'y voir vos Pères bien établis et de les aider de tout mon pouvoir; puis je dirai volontiers : Nunc diinittis.,, Viderunt oculi mei salutare tuum^.
ce Si au contraire vous dites non, les promesses qui m'ont été faites, seront non avenues; je verrai vendre, par morceaux, la magnifique pro-