‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 21 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — PREMIERES ETUDES. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — PREMIERES ETUDES. l

« Mardi 27. — On a donné ce matin les places au réfectoire. Le résultat a été heureux pour moi ; car j'ai changé une mauvaise place contre une bonne, où je suis à couvert des œillades fou^ droyantes de M. X. »

On voit qu'il était surveillé d'une manière spéciale, en raison de sa position exceptionnelle.

Quelque temps après : « Au lieu d'aller en classe ce matin, nous avons assisté au service de M. Texier. Je ne me suis pas plaint du changement. C'est dommage, en conscience, d'être renfermé entre quatre murailles par un si beau temps. Les chaînes, seraient-elles d'or, seraient toujours pesantes, et le plus beau palais, s'il sert de prison, est un séjour d'ennui. Que dire de notre triste domicile? Pour me distraire un peu de mes rêveries, je m'étudie à faire enrager le long du jour mon cher contubernal. On me dira que c'est une méchanceté noire que de s'amuser aux dépens du prochain. Eh! mon Dieu, que voulez-vous que j'y fasse? D'ailleurs, je connais le compère à qui j'ai affaire : c'est un gars dont le caractère est à toute épreuve. »

Cet aveu renferme, on le voit, plus de malice que de méchanceté. Nous ne le donnons pas cependant comme un modèle ; et la bonhomie du grand gars n'excuse pas les espiègleries du contubernal, comme il s'appelle.

ce Mardi 4 mai. — Voilà un jour que je puis

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ranger parmi ceux qu'on appelle néfastes. J'y ai été saturé d'ennui. Encore si j'avais reçu quelques nouvelles de Vitré, comme je m'y attendais un peu, c'eût été un baume salutaire versé dans les cuisantes blessures que l'ennui m'a faites. Eh bien ! je suis content :

Mon malheur passe mon espérance.

Et je te loue, ô cieL de ta persévérance! »

Les causes de cet ennui qui s'exhale en plaintes tragiques, étaient l'éloignement de la maison paternelle, le travail et le casernement. Aussi, quand il reçoit des nouvelles de Vitré, quand il peut respirer le grand air et quitter la classe, il renaît à la vie.

« Tout à l'heure, comme je me livrais à mes rêveries accoutumées, le son d'une guitare est parvenu à mon oreille émerveillée. Jamais, non jamais, je n'avais entendu tirer de cet instrument des sons aussi nets, aussi moelleux. Je viens aussi d'éprouver un plaisir d'un genre différent. Ce sont des nouvelles de Vitré. Voilà un jour de bonheur; cela ne durera pas. »

Non, cela ne durait pas ; venaient les répétitions de philosophie, de chant, etc.

a Lundi. — Tous ces jours- ci, le temps est délicieux. Cela ne nous a pas empêchés d'aller en classe cette après-midi, à mon grand regret, et

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